






Après la pluie de la Toussaint, après le Mistral et ses bourrasques, le soleil
est revenu dans les Alpilles. Elan, porté par la lumière omniprésente.
Sur les chemins enluminés, un esprit-phénix tordant ses ailes en s'échappant de
son arbre, le bruissement des sequins d'or des peupliers, l'odeur de la
salsepareille projetant encore ses envoûtements ça et là et ses boules de
cristal rouge, le flamboiement des sumacs, des pistachiers, de la vigne, l'or
des acacias, la délicatesse des pudiques arbouses près de leurs clochinettes,
le plaqueminier portant à bout de bras ses fruits lourds tandis que tombent ses
feuilles, des buissons de moutarde noire aux fleurs jaunes, les restes calcinés
des herbes d'été, tiges noires en train de se recroqueviller, les promesses de
richesse de l'odeur d'humus dans l'ombre des chemins où je foule et flotte dans
une abondante moisson de feuilles.
Célébration de la lumière. Lumière qui se dessine aussi dans les ouvertures, là
où les arbres n'ont plus de feuilles, où le regard porte au loin enfin. Le
soleil dans sa course vers le Sud nous éclaire d'une lumière nouvelle, en
transparence.
J'avais oublié. Aujourd'hui 5 novembre, dernier jour de la lune d'octobre,
c'est Diwalï, le jour de la fête de la lumière en Inde. A cette occasion, les
hindous rénovent et décorent leurs maisons. Des petites lampes en argiles
appelées diyas sont allumées dans les temples et les maisons, toute la nuit. On
dessine également des rangoli (nord de l’Inde) ou kolam (Sud de l’Inde) sur le
sol, à l’entrée des maisons avec de la poudre de riz et du safran pour colorer
les formes et ainsi réserver un accueil chaleureux aux visiteurs et à la
famille. Des traces de pieds peuvent aussi être dessinées à l’intérieur de la
maison pour indiquer le chemin à la déesse Lakshmi qui est supposée pénétrer
dans les maisons propres et belles et bénir ceux qui y vivent. Les puja sont
célébrées le soir. Les chants, prières et offrandes à la déesse rythment la
célébration. Au sud de l’Inde, la coutume veut qu’avant le lever du soleil, les
aînés enduisent d’huile le sommet de la tête de leurs cadets, en commençant par
le plus jeune. Après le bain, on s’habille de neuf, on visite la famille et les
amis, on échange des cartes, on offre des cadeaux et des sucreries. Cette fête
commémore le retour du héros Rama du royaume de Lanka, où il a vaincu, avec
l'aide d'Hanuman, le démon Ravana, et repris sa chère Sita, enlevée par le
démon: son effigie immense est brûlée dans la joie dans les villages au son des
feux d'artifices (on en trouve une scène dans le film d'Ashutosh Gowariker
"Swades", et la préparation de cette fête au Gujarat dans le film de Sanjay
Leela Bhansali "Hum Dil De Chuke Sanam").
Les pâtisseries traditionnelles incluent la crème de yaourt (recette dans un
billet précédent), les beignets de pâte d'amande au safran (recette dans mon
livre), mais aussi les gulab jamun (recette dans un billet précédent), les
jalebi, les burfi, les mysore pak...Couleur, richesse. Celle de l'année à
venir, puisque ce jour marque la fin de l'année dans le calendrier de l'Inde du
Nord.
Rafraîchissement aussi, pour que le feu qui monte dans la nature ne fasse pas
s'échapper notre vie. Il me faut répéter que les rhumes, gastros, irritations
oculaires...du moment ne sont pas dûs à un "virus", "microbe",
refroidissement... mais bien à un excès de feu, ce qui paraît évident quand on
regarde autour de soi. Il est temps de manger les herbes qui restent ou
repoussent, les merveilleux fruits de l'automne en dehors des repas, des
légumes verts ou oranges comme ceux de la famille des cucurbitacées, des
desserts au lait, des aliments "guru" dont la qualité est d'ancrer dans la
chair les élans flamboyants de l'automne, de l'orge, des épinards...Le yoga des
yeux peut être particulièrement important à pratiquer en ce moment, ou tout
simplement la contemplation de la base d'une flamme de bougie (trataka),
jusqu'au larmoiement rafraîchissant. Temps du coeur aussi, où les émotions
retenues se déploient avec la chaleur intérieure, libérant leur force de
réjuvénation, dans le partage des richesses de l'année passée. Pour allumer la
lampe intérieure qui permettra de traverser l'hiver aride jusqu'à la
résurrection du printemps.
Happy Diwalï!
Tag - lumière
vendredi 5 novembre 2010
Diwalï 2010, la fête de la lumière
Par Florence le vendredi 5 novembre 2010, 13:00