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mardi 10 janvier 2012

Changement de régime avec le froid sec

Enfin un bon petit coup de froid sec, histoire d'avoir un hiver à un moment quand même! Ca fait monter la joie, la colère aussi parfois, ça rend tonique ou raidi par le froid, ça met de belles couleurs sur les joues, et de belles fleurs sur les arbres un peu plus tard dans l'année.
Le matin, au réveil, quand on est encore comme un pain chaud sortant du four, jaillir de son lit pour se mettre au ménage de la maison, partir faire un footing, monter et descendre les escaliers, histoire de bien installer la chaleur dans le corps, avant la douche. A moins que la maison ne soit surchauffée, ce qui affaiblit considérablement le feu digestif et la tonicité...
On peut aussi se frictionner vigoureusement ou se masser le corps à l'huile chaude avant de passer sous la douche, et enchaîner avec une marche rapide pour rejoindre le lieu de travail ou l'école. Ou les deux...
La raideur que le froid sec amène nourrit la tonicité du corps, en particulier lors des efforts physiques intenses et courts. C'est le moment des pratiques internes. Le massage, de même, va chercher dans les profondeurs du corps: à cette époque de l'année, c'est le massage par les pieds qui est privilégié en Inde. Si la raideur n'a pu nourrir la tonicité, une exposition temporaire à un lieu humide et chaud (le contraire de froid et sec) peut amener la détente nécessaire: hammam/sauna (suivant le climat) suivi de douche froide ou de friction avec de la neige quand il y en a; place confortable en cuisine où cuisent la soupe ou les beignets vapeur, ou la tisane...

Petits-déjeûners: porridge d'orge ou d'avoine au gingembre, compote de coings, infusion de sureau et bigarade; jus de pomme chaud aux épices, fondant au sésame, riz au lait; pomme au four, pain d'épices, chantilly au pastis, infusion d'orge à la réglisse.
Déjeûners: flageolets à la crème et au bleu, pain de seigle frais au beurre clarifié, salade de mâche, potée de carottes et chou; tarte sablée aux poireaux et à la béchamel d'amandes, soupe de potimarron, chutney de pommes aux épices; soupe de pois cassés au citron, beignets de pomme de terre farcis au fromage, pesto de cresson.
Goûters: pâte de fruits secs, fondant de lait (recette dans un billet précédent), chocolat/café viennois, tarte sablée, galette des rois, tarte tatin, pain d'épices.
Dîners: risotto d'orge, soupe de lentilles; khitcheri (recette dans le livre), chutney de pruneaux; bouillie de millet au beurre.

Manger des nourritures onctueuses, émollientes, subtiles, liquides, douces, stimulantes, à dominante douce, acide et salée. On peut privilégier les graisses d'origine animale, les fruits à coque, les bouillies de céréales, les poissons de mares et la viande d'animaux d'élevage ou vivant dans des terriers ("et jaillissant sur leur proie"), les herbes et les épices, le miel, l'eau chaude, l'alcool... et pour se soigner, les plantes de juillet-août: absinthe, angélique, anis, carvi, cumin, fenouil, hysope, thym, sarriette, mauve, guimauve, bourrache, bouillon-blanc, menthe, millepertuis...
Si le feu intérieur fait rage pour répondre au froid, si les souffles montent trop haut, créant des problèmes aux yeux, aux dents, à la gorge, au nez...et à l'humeur, une petite dose de nourritures "tamasiques" peut aider dans les cas extrêmes à redescendre et éventuellement restreindre les champs de perception: fromages secs ou à pâte cuite, charcuterie, ail, oignon, cacahuètes, pavot, muscade...

lundi 13 décembre 2010

sous le Mistral et le soleil

Tandis que le vent du Nord nous inonde de souffle et d'énergie pure et fraîche, avec le soleil retrouvé, dont les ors éclairent toujours plus bas les racines et les cachettes, il est possible que certains d'entre nous peinent à suivre la danse endiablée des températures: maux de têtes ou de cheveux, constipation, "rhume" dont les antibiotiques ne débarrassent pas, rougeur des yeux, difficultés au réveil...Les deux jours de soudaine douceur ont ajouté de l'irritation, et la colère résonne parfois dans les maisons.
sous-bois hivernal dans les Alpilleschênes sur le chemin du plateau de la Caume La mauve, si présente sur les chemins à cette époque reculée de l'année, l'annonçait bien.
Mauve donc, mâche, beignets de bourrache, orge grillée, pain grillé et toutes céréales rôties, soupe de carottes et céleri à la crème fraîche, gâteau de carottes au lait (recette dans mon livre), poêlée de poireaux, mais aussi endives braisées, topinambours sautés aux pommes, compote de pommes ou de coings, gruau d'orge au lait, réglisse, mélasse de grenade, kakis, crucifères...et véritable pain d'épice (miel et seigle, sans sucre ni gras), aliment remède par excellence de ces jours suivant la St Nicolas (6 décembre), jusqu'à ce que la course du soleil revienne vers le Nord.
On peut prendre une cuillerée d'huile d'amande douce ou d'olive au réveil.
Pour le nez irrité, deux ou trois gouttes d'huile d'amande au réveil. Et mâchonner quelques gommes à la réglisse, qui tirent la pituite du nez.
Pour fluidifier les secrétions, cataplasmes de miel et de feuille de chou écrasées au rouleau: sur le cou pour les angines, sur la poitrine et entre les omoplates pour les bronches, sur les poignets douloureux. Boissons et pâtisseries à base de l'un des quatre fruits pectoraux -jujubes, figues, raisins secs et dattes- seront également bienvenus: riz aux dattes, sirop de figue, dundee cake, panettone aux fruits confits, riz sucré au safran et aux raisins secs(recette dans mon livre), korma de fruits secs à la crème, cake aux fruits secs. Ou les utiliser comme sucrants dans les préparations... Les articulations douloureuses ou rigides pourront bénéficier de frictions d'huile de cade très diluée. Le maintien d'une certaine humidité dans l'atmosphère de la maison peut aussi être très important: casserole d'eau chaude, bain,
Un peu de poudre de fenugrec saupoudrée sur les plats chauds aide à garder l'ancrage et l'appétit. L'usage de la cardamome noire aussi. Un bon mélange pour les périodes de changement brutal: clou de girofle, cardamome noire, fenugrec, rôtis à sec et pilés. C'est le dhansak masala.
Le genévrier et l'angélique peuvent permettre de réveiller des fonctions étourdies par la brutalité des variations de temps. De même que les postures de yoga inversées, à pratiquer à jeûn, et toutes les pratiques d'énergie interne.
Il est particulièrement important, comme souvent en Provence, de surveiller que la transpiration continue de se faire. On peut la soutenir au besoin, si on ne pratique pas assez d'activité physique, par des tisanes de sureau, voire de lait et de sureau le soir. C'est la saison des préparations alcoolisées (faiblement) de plantes médicinales bues à jeûn le matin, équivalent de l'armagnac dans la soupe de mon grand-père, ou de la bière matinale de mon vieux maître de Taï Chi. Vous pouvez aussi utiliser une cuillerée de vin de noix, du pastis (du vrai, sucré à la réglisse, et aux nombreuses plantes macérées) dilué, du vin d'orange, de l'hydromel...
Puis, si le temps se maintient, tout sera permis comme il est d'usage en hiver.
Samedi, j'ai découvert le Diwali provençal: la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre normalement), qui donne lieu à la fête des lumières de Lyon et, à St Rémy de Provence, à un échange de cadeaux chez les commerçants ouverts exceptionnellement tard le soir, aux vitrines illuminées. Raviver la flamme de vie...

dimanche 7 novembre 2010

Un peu en retard...la Toussaint et le monde des morts, un autre aspect

Le temps change avec la lune,
et la nouvelle lune du matin du 6 novembre nous a laissé un nuage de brume matinale, bien familier de ce mois de Brumaire, et se mariant à l'esprit de Toussaint.
L'un de mes professeurs, Philippe Cougnot, avait attiré notre attention sur la coïncidence entre les passages de la Terre dans les queues de comète et les jeûnes rituels. En novembre, c'est de l'ammoniaque qui rentre dans l'atmosphère, provoquant ces brusques refroidissements caractéristiques, et raison aussi peut-être de la fête de la lumière, puisque les feux allumés en purifient l'air. Ce serait aussi la raison, le passage dans une queue de comète fortement chargée en ammoniaque, de la présence d'herbe dans l'estomac de certains mammouths retrouvés congelés.
Quoiqu'il en soit, il conviendrait de réduire sa consommation de produits animaux, viande rouge en particulier, pendant quelques temps. On peut avoir besoin de se baigner pour transpirer et chasser le froid humide et envahissant. Il n'est pas encore temps de faire d'intenses pratiques physiques, mais bientôt. Les postures de yoga commencent à se pratiquer debout. Le massage à l'huile le matin réchauffe le corps, ainsi que les frictions d'eau de Cologne ou de farine de pois chiches. Le feu de la cheminée comble le manque de lumière et de chaleur, l'odeur du bois brûlé exhalant un parfum soudain exquis. Sinon, bâton d'encens et flamme de la bougie. Premières décompositions de feuilles dehors, premiers pains levés dedans. Et à nouveau des soupes et des nourritures liquides en relation avec la présence de l'eau dehors. Chez nous, douceur de nuages de crème Chantilly pour répondre à la brume. Les sèves se concentrent avant le retrait vers les racines: extraits de réglisse et de genévrier.
Jeune cade préparant ses baies pour l'année prochainefeuilles mortes comme des restes de cotillonsfleur de ciste
Le romarin, le genévrier cade et le calament rayonnent sur les chemins: ce sont eux qui accompagneront nos plats ou nos vadrouilles avec bonheur pendant quelques temps. En Provence, dès le début de l'hiver, on donnait aux enfants pour le goûter des tartines de crème fraîche (ou de fromage blanc) et d'extrait de genévrier, qui avaient la réputation de leur donner l'esprit clair, de les protéger contre les maladies et le froid de l'hiver, et de renforcer leur corps.
Quelques exemples de menu:
-Petit-déjeûner: pain d'épeautre grillé, compote de coings au safran, ghee/ tarte sablée, crème chantilly (oui, j'adore ça quand il pleut!) aux fleurs de romarin, infusion au safran/ porridge, thé au lait sucré à la réglisse/pain d'épices, Fontainebleau, infusion de romarin...
-Croquettes de semoule d'orge au parmesan, soupe de panais et carottes au romarin et au genévrier, ghee / Poêlée d'épinards, risotto d'orge aux poireaux, tomates confites/patates douces rôties, pesto de persil ou de roquette, ghee, soupe de lentilles vertes/ soupe de lentilles, carottes et céleri, purée de pommes de terre au beurre clarifié/ Soupe de lentilles corail au cumin, poêlée de fenouil au sésame et au romarin, pain de seigle ou d'épeautre...
Les matins brumeux, brillants de rosée, nous enveloppent d'une atmosphère irréelle, vent de magie, peut-être dangereuse -qui sait?- selon le songe qui fera surgir une autre réalité hors du brouillard ou sur les gouttelettes miroitantes. Cocon de coton où rêver et rencontrer nos désirs pour traverser la dormition de l'hiver. Jeûne de la pensée aussi. Temps de prendre soin de ses désirs, de ses rêves, de materner avec délicatesse les bourgeons délaissés de nos espoirs profonds pour ensemencer le terreau de l'année future, et de se couper de la rengaine du monde: images, "nouvelles", radio..."Stopper-le-monde", selon une expression du Don Juan de Castaneda.
Anciennement, fin de l'année agricole à la St Martin toute proche (11/11), ou début de l'hiver (le 6/11). Bilan de l'année et nettoyage des canaux. Les grandes veillées commençaient alors dans les granges où, à la faveur de la nuit étendant son domaine, on se racontait des histoires. Rêvons ensemble, dans la chaleur de l'amitié, nos désirs et nos espoirs...

samedi 2 octobre 2010

Soupe sucrée au vermicelle

« une femme de lait
de lait de lilas de lune
tiède de lait fraîche de lune »
Paul Eluard

-Soupe sucrée au vermicelle
Quand? Au début de l'hiver quand les forces se concentrent, quand le déclin du soleil accompagne la montée du feu intérieur, quand la neige s'annonce, au soir tombant, quand le rouge monte aux joues.
Ça fait quoi? Ca accompagne en douceur la montée du feu qui nous réchauffe sans son cortège d'émotions brûlantes, ça met au repos dans la légèreté.
Ingrédients: 2 1/2 tasses de lait, 1 tasse de vermicelles, 2 cuillères à soupe de ghee, 3 c. à soupe d'amandes, 2 cuillerées à soupe de miel, 5 c. à café de raisins, eau de fleur d'oranger.
Préparation: Faire rôtir les vermicelles dans un peu de ghee. Égoutter sur un linge.
Ébouillanter et monder les amandes. Piler la cardamome.
Amener le lait à ébullition avec la même quantité d'eau, ajouter les vermicelles et faire réduire de moitié. Ajouter les amandes et laisser bouillir encore 5mn. Puis verser le sucre et remuer jusqu'à dissolution. Éteindre le feu et verser les raisins, la cardamome et la fleur d'oranger.
Mettre dans des coupes et servir chaud.

dimanche 8 novembre 2009

C'est l'hiver?

Ici, les feuilles entassent leur moisson dorée dans les chemins, le soleil fort réserve encore quelques bouffées de salsepareille au promeneur, tandis que des baies rougeoyantes à l'éclat infernal jettent leur capiteux éclat sur le bord des champs, clin d'oeil des tréfonds dans lesquels la nature part se nicher pour l'hiver et auquel répond la pure aurore des grenades et des arbousiers...Il fait froid.
Grenade éclatéeFleurs_et_fruits_d_arbousier.JPGSalsepareille en fleur sur un buisson de romarinBaies rouges
Le travail familier de la mort ensemençant la vie commence. Les vers attaquent les derniers fruits, les dernières herbes, les tas de feuilles se décomposent en exhalant leur odeur chère, humble et prometteuse. Richesse de la terre porteuse des graines de l'année à venir sous la sauvegarde bienveillante des décompositions de l'année passée.
Oui, début de l'hiver. Nouvel An en Inde. Fête des lumières, fête des morts. Fin de l'année agricole.
Il est temps d'adapter encore son régime.
A en juger par les élans des roses épanouies de mon jardin malgré la fraîcheur, la montée du feu de l'hiver est rapide. Il sera vite là, et froid...
Pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait, il est grand temps de faire le ménage. Du corps, de la maison, de l'âme...Le feu qui monte avec le froid porte joie, amour et clarté, mais attention aux feux de cheminée, alors ramonons.
Tandis que dehors les atours de l'été se défont dans la terre, on peut manger de même des nourritures fermentées: viandes faisandées, vins vieux, hydromel, véritable pain d'épices, vins de fleurs, eau-de-vie de fruits, yaourt. Peu d'herbes, plutôt des épices, peu de fruits frais
Les saveurs sont acides, sucrées, salées. Les textures moelleuses, onctueuses, grasses, liquides.
Le feu digestif est fort, empêché de se disperser hors du corps par le froid extérieur, on peut donc manger ... ce que l'on souhaite.
Commencer la journée avec un massage à l'huile en profondeur, pour aller réveiller l'énergie nichée dans les profondeurs des tissus, puis se laver et se frictionner. Quelques gouttes d'huile de sésame dans le nez, les oreilles et la gorge. Cela encourage les éliminations, détend la zone de la tête, donne une belle voix, de beaux cheveux, un beau regard, un front sans ride... L'exposition au feu, au soleil, et au chauffage est à faire avec précaution, puisque cela disperse le feu intérieur. On peut dormir un peu plus. Pratiquer des exercices d'énergie interne le matin, une acivité qui fasse un peu transpirer, des échauffements de toutes sortes, avant de sortir. Et surtout, aller visiter ses propres profondeurs, se retirer à l'intérieur de soi de temps en temps, là où se retire le soleil.