Le paradis c'est ici ! - le blog

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jeudi 1 octobre 2015

Après la lune rouge, le flamboiement s'installe

la lune de dimanche, photo de Pierrick JeussetLe soir nous offre en ce moment en Touraine des cieux proprement féériques au couchant, que je ne peux vous faire partager pour cause de panne d'appareil photo (les photos ci-dessous datent de l'année dernière), tandis que les hérons hantent gracieusement les flancs de la Loire en nombre inhabituel. Dimanche, pour la lune rouge, quand l'eau était sur le point d'être éclipsée par la terre et le feu, nous avons observé le lever d'une énorme lune sur la montagne, puis sauté à qui mieux mieux au-dessus du grand feu dans le jardin, dans les cris de joie des enfants tout excités. Nous sommes entrés dans un été indien que les étoiles d'octobre nous promettent flamboyant, tranchant, clarifiant, riche en révélations... mais aussi en perturbations de la parole et la pensée, en nouvelles fracassantes, en heurts lors de déplacements, tandis que Vénus entrant en Vierge quitte le trigone à Uranus, redonnant à la tendresse sa dimension humble et humaine.
DSCF7485__533x800_.jpg Il faut pouvoir se mettre au niveau de la pureté qui domine le ciel en ce moment.

La nourriture se fait donc très simple, très humble devant le déploiement de la beauté: du kéfir ou du caillé pour l'apaisement des souffles, des céréales en abondance avec peu d'assaisonnement, de la salade, des verdures dans du beurre clarifié, des fruits rôtis, des légumes rôtis aussi, du beurre clarifié partout, de l'eau lustrale (de lune et de soleil) en abondance, des vêtements blancs, des douches fraîches après les frictions matinales, des pieds tenus bien au chaud ou massés au beurre clarifié ou trempés dans un bain de pied sinapisé (à la moutarde) le soir, pour éviter l'irritation du nez et des yeux et régénérer le feu digestif confronté aux écarts de températures entre la nuit et le jour. A la prochaine pleine lune, on peut pratiquer shirodhara au ghee:  un filet de ghee coule lentement sur le haut du crâne, apaisant les souffles et nourrissant l'enthousiasme. Peu d'exercice physique mais beaucoup d'étirements, quand le soleil est déjà haut, comme tout ce qui achève de s'étirer autour de nous.
C'est un temps de condensation, de saturation, comme les brumes matinales peuvent saturer l'air et nous enlever provisoirement dans les interstices entre les mondes, après les levers colorés. La moutarde peut nous aider à faire circuler ce qui stagne éventuellement de cette eau en nous, également le radis noir, le cresson, l'huile de colza, le raifort...
DSCN7285__800x600_.jpg Les fleurs, qui n'avaient parfois pas fleuri cet été, s'épanouissent ou remontent. Les autres fleurissent en abondance: il faut soigner les ouvertures. Frictions, sauna ou hammam selon le climat, contemplation du lointain, nettoyage des autres ouvertures...nos fleurs à nous.
Et, bien sûr, pas de remèdes plus forts au flamboiement présent et aux tranchants que la réalité va manifester, que la contemplation de la beauté à l'oeuvre dans ce qui nous plaît ou nous déplaît, la tendresse de nos proches, la réconciliation, la reconnaissance et le pardon. Une petite musique pour accompagner tout cela: le thème musical de "L'assassinat de Jesse James..." par Nick Cave et Warren Ellis: ici.

Petits déjeuners: kéfir, pain de seigle grillé, pommée; porridge d'orge ou d'avoine à la guimauve, compote de cassis (merci Irene et Dominique), café d'orge; pain noir, fromage, soupe de légumes, pomme au four.
DSCN7245__800x446_.jpg Déjeuners: riz sucré au safran et aux baies d'épine-vinette, poêlée d'épinards et de bettes colorées, moutarde de Bénichon; radis au beurre, aubergines rôties farcies aux noix, soupe de maïs et poivrons rouges, crackers d'orge, caillé salé, poires rôties au miel; croquettes de semoule d'orge, chutney de tomates au fenouil, courgettes grillées, salade de roquette et radis noir, caillé.
Dîners: salade sauvage et fleurie, pommes de terre rôties au four, beurre clarifié, pommes au four; cresson et roquette, poêlée de brocolis, patates douces rôties au four, beurre clarifié; salade sauvage et fleurie, tian de légumes, bouillie de maïs; mâche, fenouils sautés au sésame, courgettes farcies au kasha et au safran, pesto de capucines.
Pour dormir: lait chaud à la guimauve et à la fleur d'oranger, infusion de fleurs de sureau et d'écorces d'orange.

mardi 15 septembre 2015

C'est l'automne...

chemin de contrasteDans les ors et les roses commençant, parfois seulement en bordure des feuilles, dans la fraîcheur relative des nuits, dans les couleurs traînantes des couchers de soleil plus présents, c'est l'automne. Les oiseaux se rassemblent, les cyclamen sont de sortie, et la vigne, l'épine-vinette, les érables, les pêchers et les cerisiers, déploient déjà leur palette. L'équinoxe, point d'équilibre avant le basculement dans la nuit de l'année, moment de suspension entre le jour et la nuit, le froid et le chaud; la montée et la descente, la manifestation et le retrait.. approche. Dans les textes sur les pouls, il est conseillé de le prendre au moment où les lignes d'une main tendue deviennent visibles, à l'aube, parce qu'à ce moment le pouls se situe dans le canal central, celui de la pratique spirituelle. Certaines pratiques, particulièrement collectives, se font au lever ou au coucher du soleil, dans cette parenthèse éphémère. Il en est de même à l'équinoxe: c'est un moment privilégié pour suspendre tout jugement, laisser les contraires se fondre, prendre de la hauteur et, après les moissons et les rangements de la Vierge, contempler le monde avec la sérénité et l'amour inconditionnel de la Balance.
des pommes délicieuses De même, quand le soleil sera plus présent, et que la nature s'enflammera plus avant, notre soif sera apaisée par l'eau exposée aux rayons de la lune et du soleil, et ainsi purifiée, particulièrement autour de la pleine lune, mais pas pendant l'éclipse de lune rouge qui arrive. Le mieux est de la placer dans des bouteilles en verre sur le rebord de la fenêtre, ou des Marie-Jeanne. Nous exposer également à la lumière de la lune et du soleil, en dormant en extérieur, ou fenêtre grande ouverte, contribue à la grande purification en route avant l'hiver. Et la lune est un des meilleurs anti-rides...
De même que les arbres commencent à perdre leurs feuilles, et que les doshas ont saturé le corps avec les nuages, nous pouvons ressentir le besoin de nous délester du superflu, de ce qui n'a pas fructifié ou germé, de le remettre en circulation, et de vider les placards. Les occasions de donner ne manquent pas... Donner son sang aussi, pour alléger le feu qui brûle en nous, surtout pour ceux qui rougeoient comme les arbres.

coings sauvés de la chaleur Le Birnel, ou sirop de Liège, ou raisinée, ou coignarde, ou birnenkraut...
En Suisse, on récolte les poires à cidres, les Cordier, restées sur les hautes futaies de l'année pour en faire, début octobre, dans les villages, dans un grand chaudron de cuivre, un sirop après une cuisson au feu de bois de 36h. Cette réserve servira à sucrer ou agrémenter toutes sortes de préparations, dans un pays où le sucre est resté jusqu'au 19ème siècle l'apanage des gens aisés. En France, parce que nous avions des colonies, nous avons perdu cette tradition aux environs du XVIIème siècle. Alors pourquoi ne pas la faire revivre? Je me souviens de tous les fruits abandonnés dans les vergers en Provence pour cause de calibre non-conforme...
Moi, je le prépare avec tous les fruits abîmés ou trop mûrs du jardin, ceux qui ne passeront pas l'automne, ou même les prochains jours, et que je n'ai pas l'appétit ou l'envie de manger. Cela change suivant les années: raisins, pommes, poires, coings, nèfles, sureau... Votre maraîcher préféré en a certainement aussi à vous vendre à petit prix.
Voici une recette, très simple par rapport aux raffinements des traditions: la "pommée" se faisait avec les pommes à cidres, sinon elle était désacidifiée au carbonate de chaux, la raisinée se fait avec les poires Cordier, et de nombreuses variétés de pommes ont disparu de nos marchés: la Peau-de-Vache, la Rouge Bruyère, la Rousse de l'Orne... Il y a des constantes dans le produit obtenu:
- l'onctuosité, grâce à la pectine des fruits,
- la douceur, avec une touche de caramel, et une grande richesse aromatique et subtile
- la couleur, toujours inspirante, qui varie du caramel au violet

pommes tombées dans l'herbe, déjà une odeur de cidre Quand? Quand les sucs se concentrent avant l'hiver, quand le verger est plein de fruits qui vont se perdre, quand ça sent la pomme et le houblon, quand un bel été indien appelle la douceur, quand le feu brûle à l'intérieur, quand il y a trop d'eau dehors ou dedans.

Avec quoi? Avec une brioche au safran et de la crème double, comme en Gruyère, sur des tartines beurrées, avec du fromage, dans une tarte, un gâteau, avec un plat de légumineuses, une viande, en chutney: avec des épices comme la "moutarde de Bénichon" gruyérienne, comme base de sauce...

Ca fait quoi? C'est doux, nourrissant, généreux, fécond et apaisant. Et, quelle surprise, cela ne crée aucune acidité à la digestion. Parfait comme base d'une mélasse bienfaisante. Si on fait toute la préparation à l'ancienne, en se relayant autour du feu allumé sous un grand et beau chaudron de cuivre, en une longue veillée communautaire, ça rapproche et retisse des liens chaleureux avant l'hiver, comme les veillées de vannerie, d'écorçage des noix et noisettes... et toutes les fêtes agricoles.

Comment fait-on? Pour un litre de préparation, il faudra sans doute 10 kg de fruits.
On les débarrasse des parties éventuellement abîmées, puis on les couvre d'eau, sans les peler ni les épépiner.
A faible ébullition, on patiente jusqu'à ce qu'ils se soient complètement défaits, puis on filtre une première fois, et on remet à cuire pour opérer la réduction.
On écume au fur et à mesure de la formation d'une mousse dense d'écume.
Aube dans la vallée Quand le couteau laisse une trace dans le jus versé sur une assiette, il faut éteindre le feu.
On peut mettre immédiatement en bocaux et fermer à chaud, même si la conservation ne pose aucun problème.
Traditionnellement, les fruits sont pressés au pressoir, mais j'aime bien cette méthode, plus simple si on n'a pas de pressoir, et qui donne une préparation plus onctueuse encore.

Ca prend combien de temps? Environ 6h pour 10kg de fruits, mais cela dépend de leur richesse en jus. Cela dépend aussi de votre feu, de la largeur et de la conductibilité de votre contenant.
On peut aussi cuire plus avant, par exemple les prunelles, à feu très très doux, sur une large surface, jusqu'à l'obtention d'une pâte qui, en séchant sur une plaque, fera une feuille souple, un "cuir" de fruit.

mardi 19 octobre 2010

Sous le Mistral

Le Mistral souffle dur sur la Provence, bien loin des prévisions toujours rigolotes de MétéoFrance...Joie, inspiration, enthousiasme, énergie, mais aussi froid, stupéfaction, changements d'humeur.
On dirait que la nature se presse: tous les fruits de l'automne en même temps, et des fleurs de mai, et même des fruits de printemps, et les feuilles à peine rougies tombent déjà, sans prendre le temps de nous peindre ces belles flambées de l'automne. Le matin, tout de suite au réveil, on se frictionne sous la douche à la farine de pois chiches qui réveille le feu stupéfié par les rafales (et évite la cellulite en activant la circulation, mesdames). Rapidement, on a chaud...Un peu d'échauffement de kathak, les pieds frappant le sol en rythme de plus en plus rapidement, et on est bien là, porté au lieu d'être écrasé par le froid, gonflé de prana au lieu d'être pétrifié par les bourrasques.Puis yoga, taï chi, chi qong, ou autres pratiques...
Saveurs de hauts plateaux...
Thé au beurre ou à la crème fraîche pour garder le moelleux et la rondeur, ou café (décaféiné?) et chocolat viennois, et tartes sablées, ou pain grillé au beurre clarifié ou miel-citron.
Couscous d'orge rôtie, bouillons parfumés de légumes ou de viande, herbes aromatiques ou amères. Sans oublier une gorgée de vin alcoolisé de noix, brûlante, tonique, ou une cuillère de miel, à la fin du repas.
Grenades et premiers kakis, en avance, pour le goûter, pommes au four, coings rôtis infusés de safran, le pistil se mariant au parfum floral du fruit. Douceur et moelleux.
Soupe du soir, pour apaiser les souffles et donner un bon sommeil, avec pain rôti, ou pommes de terre en robe des champs arrosées de beurre clarifié, Carottes vichy et pain de seigle, potée de légumes et risotto.
Ceux qui ont froid, ou sont enflammés par le froid, trouveront agréables d'être frictionnés ou tamponnés à l'eau de Cologne ou de mélisse, au sortir du bain ou à la tombée du jour.

mercredi 8 septembre 2010

les pluies de fin d'été

Orages et pluies torrentielles, fraîcheur et nouvelle lune... la saison des pluies de fin d'été avait bien commencé avec la traversée du nuage des Perséides début août, mais on peut dire qu'elle se signale de façon fracassante ces jours-ci!
La pluie et la fraîcheur amènent le retour de la vigueur, de la force et de la compassion, teintée peut-être de mélancolie et de lourdeur. Les doshas saturent le corps et toutes les thérapies purificatrices sont à favoriser.
Il est temps de changer de régime alimentaire et d'hygiène de vie.
Pour le démarrage le matin, on peut se frictionner vigoureusement le corps avec de la farine de pois chiches, à sec, avant de passer sous la douche, et plus besoin de savon. Si on pratique ensuite des asanas de yoga, ou toute autre activité physique, on peut en plus se masser à l'huile, qui nourrira la peau et déliera le corps comme la pluie sur la terre sèche.
Un petit gargarisme quotidien à l'huile d'olive assouplira la voix peut-être obstruée par le retour de la fraîcheur, des gouttes d'anutailam ou d'huile d'amande dans le nez et les oreilles élimineront tous les excès de la zone de la tête: beau regard, bonne audition, respiration libre, chevelure renforcée...
Tandis que la nature produit ses fruits les plus lourds et sucrés, que les récoltes de céréales sont engrangées, le temps est à la concrétisation, la condensation, la formation, le souvenir des belles choses: les fruits de l'année passée, commençant au printemps, sont à récolter à présent...
Les pratiques physiques, qui ne doivent pas être épuisantes à cette époque où le feu est au plus bas de l'année, commencent à insister sur la régénération: pranayama renforcé, chi qong, étirements favorisés par le relâchement de la saison, douceur et grâce.
Si vous n'avez pas jeûné début août, ou si vous en sentez le besoin, une monodiète au raisin peut permettre d'évacuer des organes les excès de chaleur conservés de l'été, et régénérer le feu digestif. Dans ce cas, garder une activité physique, comme la marche ou le yoga, ou les deux, pour favoriser des éliminations harmonieuses.
Pour promouvoir le feu digestif, on peut aussi boire un peu de vin avant les repas, manger une cuillère de miel après les repas, prendre un bain tiède le soir avant le repas. La nourriture doit être aussi liquide que le temps: pain rôti et soupes de lentilles, semoule d'orge rôtie et légumes façon couscous, pesto sur pain grillé et soupe de légumes...Il est temps de déguster le vin de noix vertes préparé à la St Jean ou les figues cueillies semi-confites sur l'arbre juste avant les pluies, d'aromatiser les melons au vin de tilleul (ou au porto, oui), de consommer des galettes de pain levé trempées dans le beurre clarifié et saupoudrées d'herbes de Provence (ou de mon mélange spécial au calament) et de sel avec une soupe de légumes. Les jours sans soleil, la nourriture doit être à prédominance acide, salée et grasse.

Mais les roses en formation sur mon rosier, mes fraisiers déboussolés prodigues en fleurs, quelques floraisons de chèvrefeuille et de clématite...me disent que peut-être nous entrons à nouveau avec la lune dans un été indien, après seulement deux épisodes de pluie. Se reporter alors au billet correspondant de l'année passée:)...

mardi 6 octobre 2009

Automne

En Provence, les feuilles commencent à jaunir et tomber, emportées par le vent.
La fraîcheur incline au retrait dans l'intérieur, surtout la maison douillette le matin. Les montagnettes proches résonnent de temps en temps de bruits de chasse.
J'ai le sentiment que suivre le mouvement des saisons, c'est aussi en ce moment se laisser habiter par le dépouillement de la nature. Laisser là les vieilles feuilles, les réserves inutilisées, dans le corps comme dans la maison, vider les placards trop pleins, tout ce qui a fleuri et fructifié ces derniers mois...et se mettre en route dans la douceur et la profondeur mélancolique de cette saison vers l'or de l'hiver intérieur, délesté de tout bagage. Pour que le printemps soit nouveau...
Et, comme la nature qui offre ses plus beaux fruits en ce moment, offrir à tout va. Ce qu'on a, ce qui ne sert pas, ce qui est précieux, ce qui est beau...Jeûner de ses possessions en quelques sorte.
Diwalî, la fête des lumières, le noël indien, a lieu bientôt.