Le paradis c'est ici ! - le blog

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Tag - alimentation

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mardi 24 mai 2016

Recettes à l'oignon

L'oignon serait, paraît-il chez mes amis indiens, né de la sueur tombée sur terre des Asura se battant avec les dieux pour la possession de l'amrita, le nectar d'immortalité. A ce titre il est de mauvaise réputation chez les yogis et interdit de consommation pour nombre de rituels, tandis que pour d'autres, ceux des divinités courroucées, il est obligatoire.
Disons que lors des situations de transformation, quand le feu monte et brûle, il peut être très utile: pour apaiser l'inflammation du nez dans la rhinite et certaines migraines, ou celle des yeux, celle des urines sombres...après une soirée bien arrosée, au déclenchement de fortes pluies, pour les activités combatives...ou au moment des saints de glace et autres traversée de queues de comètes.
En ce moment, ça tombe bien, il est de saison, tout menu, tout neuf, tout blanc, et il se marie particulièrement bien avec la crème, comme dans la flammekueche.

Flammekueche
Ingrédients: farine, eau, ghee, oignons, crème, quelques lamelles de fromage de chèvre ou de tomme, un peu de verdure
Préparation: faire une pâte avec la farine, l'eau, un peu de ghee et de sel, comme pour une chapati. Etaler la pâte dans un moule ou à plat sur une plaque.
Faire revenir dans du ghee suffisamment d'oignons pour couvrir la pâte d'une couche uniforme. Etaler les oignons légèrement dorés sur la pâte. Verser par-dessus de la crème liquide ou étaler de la crème fraîche. Ajouter quelques lamelles de fromage pour le goût, ou des pousses d'épinards. Saler et poivrer.
Cuire à four chaud (200° environ) pendant une demi-heure, selon la cuisson désirée. Déguster bien chaud en apéritif, ou en plat avec une salade.

Guacamole aux feuilles de printemps
Ingrédients: une poignée de feuilles de violette ou de jeunes feuilles de tilleul, 3 avocats mûrs, 3 petits oignons nouveaux, sel, poivre, le jus d'un gros citron, un trait d'huile.
Préparation: mixer le tout plusieurs minutes jusqu'à une texture uniforme.
L'oignon est particulièrement utile pour nettoyer les yeux et le nez quand il est cru, quitte à mettre son jus directement dans les yeux ou le nez... ou manger un guacamole.

Soupe à l'oignon et au gingembre
Ingrédients: 5 gros oignons, 1 doigt de racine de gingembre ou une branche d'angélique fraîche, ghee, sel, poivre, 1 tasse de vin blanc, 3 feuilles de laurier, 3 carottes, 1 branche de céleri, thym frais, pain, fromage fondant.
Préparation: émincer finement les oignons, éplucher et râper le gingembre ou émincer finement l'angélique. Faire blondir les oignons dans un peu de ghee à feu doux, puis ajouter le gingembre ou l'angélique, et laisser revenir quelques minutes encore. Déglacer avec le vin blanc, ajouter la feuille de laurier, les carottes en tronçons et la branche de céleri ainsi qu'un litre d'eau. Laisser mijoter à feu doux et à couvert en remuant de temps en temps jusqu'à une bonne odeur et une consistance idéalement liée (jusqu'à deux heures). Retirer l'angélique s'il y a lieu, les carottes et le céleri.
Cueillir des sommités de thym fleuri (en ce moment) dans le pot ou le jardin. En garnir quelques tranches de pain au fromage et passer au four pour gratiner. Servir sur la soupe.
Le fromage fondu est important: lui aussi est un remède aux rhinites et autres inflammations sèches de la tête. Si on en mange, on peut ajouter pour un bouillon plus riche un os à moelle.

Confit d'oignon
Ingrédients pour 4 personnes : 4 oignons rouges, mélasse de grenade, 1/2 c. à soupe de miel, 1/4 de tasse de vinaigre (de sureau si possible), 1 c. à soupe de raisins secs, 1 c. à café de graines de fenouil (optionnel).
Préparation : éplucher et émincer les oignons, puis les faire suer dans du beurre clarifié jusqu 'à évaporation complète du jus à feu doux. Ajouter le miel, le fenouil et les raisins, et déglacer au vinaigre de sureau avec un trait de mélasse de grenade puis faire réduire à nouveau à feu moyen en remuant souvent. Saler au goût et mettre en bocal ou servir.

Tarte à l'oignon
Ingrédients: 4 gros oignons, 100g d'amandes entières mondées ou non, 20cl de crème, sel, poivre, 1 branche d'angélique fraîche ou le zeste d'un citron, pâte brisée, ghee
Préparation: monder les amandes à l'eau bouillante si nécessaire et réduire en purée en ajoutant petit à petit la crème fraîche. Emincer finement les oignons et les faire blondir dans du ghee avec le zeste ou l'angélique. Etaler la pâte brisée dans un moule à tarte. Couvrir des oignons dorés et parfumés, puis de la crème aux amandes. Saler, poivrer. Passer au four 30mn, à 200° environ. Servir tiède avec un vin de mai à l'aspérule et une salade sauvage.

mardi 21 décembre 2010

Le re-doux est bien installé

buisson de romarin étoilé de bourgeonsbuis roussi mais portant déjà ses bourgeons de fleurs Les bourgeons de fleurs de buis sont déjà là, les amandiers, les pêchers et les arbres de Judée préparent leurs éclosions précoces, les mimosas sont en fleurs, les cyprès ont achevé de mûrir leurs galbules, les genévriers resplendissent... la nature semble croire à un re-doux durable, voire à la fin de l'hiver.
Pour certains, c'est un peu abrupt. Et la lune, pleine, rousse et éclipsée ce matin, ajoute à la confusion.
On peut être constipé, déprimé, sans appétit, nauséeux, avoir maux de tête, rhumes, saignements de nez, angines, irritations cutanées...Mais la pluie aujourd'hui porte la douceur et le soulagement du repos des souffles, et tout s'apaise naturellement.
Le feu allumé par l'hiver doit s'éteindre doucement, tandis que la présence est préservée: pommes en abondance le matin à jeûn, ou 1 heure après une cuillerée d'huile d'olive qui achève d'amener les souffles au repos (et permet de fluidifier un transit difficile ou un excès d'acidité), fenugrec rôti saupoudré sur la nourriture, tisanes de fleurs dans la journée, poêlée d'épinards, topinambours un peu, plats de carottes, nourritures doucement parfumées, subtiles, sèches...On mange humide comme le temps: soupes, bouillons, tisanes...mais en utilisant les astringents de l'hiver: légumineuses, riz complet, fruits secs, viande séchée (si on en mange)...Le menu des fêtes semblera plus délicieux encore s'il est plus léger, et achevé par une boule de glace.
Pour qu'un feu subtil continue de nous éclairer, on peut se confier au safran, au romarin, et au genévrier. Pas trop d'épices qui chauffent: cannelle, poivre, gingembre sec, piment...

lundi 13 décembre 2010

sous le Mistral et le soleil

Tandis que le vent du Nord nous inonde de souffle et d'énergie pure et fraîche, avec le soleil retrouvé, dont les ors éclairent toujours plus bas les racines et les cachettes, il est possible que certains d'entre nous peinent à suivre la danse endiablée des températures: maux de têtes ou de cheveux, constipation, "rhume" dont les antibiotiques ne débarrassent pas, rougeur des yeux, difficultés au réveil...Les deux jours de soudaine douceur ont ajouté de l'irritation, et la colère résonne parfois dans les maisons.
sous-bois hivernal dans les Alpilleschênes sur le chemin du plateau de la Caume La mauve, si présente sur les chemins à cette époque reculée de l'année, l'annonçait bien.
Mauve donc, mâche, beignets de bourrache, orge grillée, pain grillé et toutes céréales rôties, soupe de carottes et céleri à la crème fraîche, gâteau de carottes au lait (recette dans mon livre), poêlée de poireaux, mais aussi endives braisées, topinambours sautés aux pommes, compote de pommes ou de coings, gruau d'orge au lait, réglisse, mélasse de grenade, kakis, crucifères...et véritable pain d'épice (miel et seigle, sans sucre ni gras), aliment remède par excellence de ces jours suivant la St Nicolas (6 décembre), jusqu'à ce que la course du soleil revienne vers le Nord.
On peut prendre une cuillerée d'huile d'amande douce ou d'olive au réveil.
Pour le nez irrité, deux ou trois gouttes d'huile d'amande au réveil. Et mâchonner quelques gommes à la réglisse, qui tirent la pituite du nez.
Pour fluidifier les secrétions, cataplasmes de miel et de feuille de chou écrasées au rouleau: sur le cou pour les angines, sur la poitrine et entre les omoplates pour les bronches, sur les poignets douloureux. Boissons et pâtisseries à base de l'un des quatre fruits pectoraux -jujubes, figues, raisins secs et dattes- seront également bienvenus: riz aux dattes, sirop de figue, dundee cake, panettone aux fruits confits, riz sucré au safran et aux raisins secs(recette dans mon livre), korma de fruits secs à la crème, cake aux fruits secs. Ou les utiliser comme sucrants dans les préparations... Les articulations douloureuses ou rigides pourront bénéficier de frictions d'huile de cade très diluée. Le maintien d'une certaine humidité dans l'atmosphère de la maison peut aussi être très important: casserole d'eau chaude, bain,
Un peu de poudre de fenugrec saupoudrée sur les plats chauds aide à garder l'ancrage et l'appétit. L'usage de la cardamome noire aussi. Un bon mélange pour les périodes de changement brutal: clou de girofle, cardamome noire, fenugrec, rôtis à sec et pilés. C'est le dhansak masala.
Le genévrier et l'angélique peuvent permettre de réveiller des fonctions étourdies par la brutalité des variations de temps. De même que les postures de yoga inversées, à pratiquer à jeûn, et toutes les pratiques d'énergie interne.
Il est particulièrement important, comme souvent en Provence, de surveiller que la transpiration continue de se faire. On peut la soutenir au besoin, si on ne pratique pas assez d'activité physique, par des tisanes de sureau, voire de lait et de sureau le soir. C'est la saison des préparations alcoolisées (faiblement) de plantes médicinales bues à jeûn le matin, équivalent de l'armagnac dans la soupe de mon grand-père, ou de la bière matinale de mon vieux maître de Taï Chi. Vous pouvez aussi utiliser une cuillerée de vin de noix, du pastis (du vrai, sucré à la réglisse, et aux nombreuses plantes macérées) dilué, du vin d'orange, de l'hydromel...
Puis, si le temps se maintient, tout sera permis comme il est d'usage en hiver.
Samedi, j'ai découvert le Diwali provençal: la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre normalement), qui donne lieu à la fête des lumières de Lyon et, à St Rémy de Provence, à un échange de cadeaux chez les commerçants ouverts exceptionnellement tard le soir, aux vitrines illuminées. Raviver la flamme de vie...

dimanche 7 novembre 2010

Un peu en retard...la Toussaint et le monde des morts, un autre aspect

Le temps change avec la lune,
et la nouvelle lune du matin du 6 novembre nous a laissé un nuage de brume matinale, bien familier de ce mois de Brumaire, et se mariant à l'esprit de Toussaint.
L'un de mes professeurs, Philippe Cougnot, avait attiré notre attention sur la coïncidence entre les passages de la Terre dans les queues de comète et les jeûnes rituels. En novembre, c'est de l'ammoniaque qui rentre dans l'atmosphère, provoquant ces brusques refroidissements caractéristiques, et raison aussi peut-être de la fête de la lumière, puisque les feux allumés en purifient l'air. Ce serait aussi la raison, le passage dans une queue de comète fortement chargée en ammoniaque, de la présence d'herbe dans l'estomac de certains mammouths retrouvés congelés.
Quoiqu'il en soit, il conviendrait de réduire sa consommation de produits animaux, viande rouge en particulier, pendant quelques temps. On peut avoir besoin de se baigner pour transpirer et chasser le froid humide et envahissant. Il n'est pas encore temps de faire d'intenses pratiques physiques, mais bientôt. Les postures de yoga commencent à se pratiquer debout. Le massage à l'huile le matin réchauffe le corps, ainsi que les frictions d'eau de Cologne ou de farine de pois chiches. Le feu de la cheminée comble le manque de lumière et de chaleur, l'odeur du bois brûlé exhalant un parfum soudain exquis. Sinon, bâton d'encens et flamme de la bougie. Premières décompositions de feuilles dehors, premiers pains levés dedans. Et à nouveau des soupes et des nourritures liquides en relation avec la présence de l'eau dehors. Chez nous, douceur de nuages de crème Chantilly pour répondre à la brume. Les sèves se concentrent avant le retrait vers les racines: extraits de réglisse et de genévrier.
Jeune cade préparant ses baies pour l'année prochainefeuilles mortes comme des restes de cotillonsfleur de ciste
Le romarin, le genévrier cade et le calament rayonnent sur les chemins: ce sont eux qui accompagneront nos plats ou nos vadrouilles avec bonheur pendant quelques temps. En Provence, dès le début de l'hiver, on donnait aux enfants pour le goûter des tartines de crème fraîche (ou de fromage blanc) et d'extrait de genévrier, qui avaient la réputation de leur donner l'esprit clair, de les protéger contre les maladies et le froid de l'hiver, et de renforcer leur corps.
Quelques exemples de menu:
-Petit-déjeûner: pain d'épeautre grillé, compote de coings au safran, ghee/ tarte sablée, crème chantilly (oui, j'adore ça quand il pleut!) aux fleurs de romarin, infusion au safran/ porridge, thé au lait sucré à la réglisse/pain d'épices, Fontainebleau, infusion de romarin...
-Croquettes de semoule d'orge au parmesan, soupe de panais et carottes au romarin et au genévrier, ghee / Poêlée d'épinards, risotto d'orge aux poireaux, tomates confites/patates douces rôties, pesto de persil ou de roquette, ghee, soupe de lentilles vertes/ soupe de lentilles, carottes et céleri, purée de pommes de terre au beurre clarifié/ Soupe de lentilles corail au cumin, poêlée de fenouil au sésame et au romarin, pain de seigle ou d'épeautre...
Les matins brumeux, brillants de rosée, nous enveloppent d'une atmosphère irréelle, vent de magie, peut-être dangereuse -qui sait?- selon le songe qui fera surgir une autre réalité hors du brouillard ou sur les gouttelettes miroitantes. Cocon de coton où rêver et rencontrer nos désirs pour traverser la dormition de l'hiver. Jeûne de la pensée aussi. Temps de prendre soin de ses désirs, de ses rêves, de materner avec délicatesse les bourgeons délaissés de nos espoirs profonds pour ensemencer le terreau de l'année future, et de se couper de la rengaine du monde: images, "nouvelles", radio..."Stopper-le-monde", selon une expression du Don Juan de Castaneda.
Anciennement, fin de l'année agricole à la St Martin toute proche (11/11), ou début de l'hiver (le 6/11). Bilan de l'année et nettoyage des canaux. Les grandes veillées commençaient alors dans les granges où, à la faveur de la nuit étendant son domaine, on se racontait des histoires. Rêvons ensemble, dans la chaleur de l'amitié, nos désirs et nos espoirs...

mardi 23 mars 2010

C'est le printemps!

Ca frétille dans le jardin, sous les feuilles et dans l'humus, dans les arbres aussi, et ça gazouille, ça miaule sur les murs et ça fleurit dans les champs, en à-plat de couleurs fragiles comme des illusions.
Pas d'erreur, c'est le printemps, 40 jours après la Chandeleur qui annonçait cette année un hiver à rallonge, et à la nouvelle lune de Carême, après les frimas.
005.JPGAphyllanteviolettes_spontanees_du_jardin.JPGeuphorbe
Ici, les floraisons angéliques de l'amandier, du prunier, de l'abricotier et du pêcher se superposent dans la hâte aux odeurs de miel des buis fleuris et du romarin dans les Alpilles. On sent aussi dans les prairies humides après la pluie de ces derniers jours les oignons sauvages sortis de terre; une bouffée de violettes ça et là, et des pousses vertes jaillissant partout, déployant peu à peu leur secret, des rosettes de feuilles avec ou sans fleur, des odeurs encore à peine perceptibles...
Pas d'étonnement donc si c'est le temps des graines germées: le matin avec un peu de sel, de gingembre ou de chaat masala et de citron, de fenugrec, de pois chiches, de mungo...après une tisane astringente qui nettoie l'estomac de ces rejets de l'hiver qui coupent parfois l'appétit et rendent lourd: thé sans sucre ou infusion de feuilles d'arbousier, par exemple.
C'est aussi le temps des sèves: de bouleau si vous pouvez vous en procurer de la fraîche, d'érable diluée, de réglisse... sèves douces au temps où le sucre semble trop acide. Et mâchonner son bâton de réglisse pourrait vous aider à garder la niaque dans les éblouissements de printemps...
Si on regarde bien chez le maraîcher, il n'y a pas grand-chose à manger, de saison: pommes, citrons, choux, carottes, panais, poireaux, et des pousses...et vraiment, ce n'est pas le moment des bananes -sauf avec du citron, de la noix de coco et du miel-, des tomates -sauf confites-, et autres acides.
Alors célébrons le printemps: mangons des pousses! Des tartines de pain maison grillé au pesto de pissenlit, du hoummous, du caillé, et du miel de pissenlit.
Pour porter le frétillement printanier dans nos estomacs, de l'eau miellée et légèrement fermentée, un hydromel très léger qui attendrit et réveille les énergies encore pleines de résistance à l'hiver.
A cette saison, les textes ayurvédiques déconseillent de consommer sucre, graisse, viande grasse et alcools, ainsi que de faire la sieste.
Saveurs douces, subtiles, amères et astringentes; qualités sèches, craquantes, croquantes, légères, rugueuses; énergie en fermentation, en création. Type de cuisson: rôti, grillé, séché. Type d'aliments: boissons fermentées légèrement, pains levés, fruits secs, vieil orge, vieux blé, légumes grillés, miel, viande d'animaux de contrées désertes (si vous en mangez). Des exemples de menu du matin:
Pain au lait au sirop de bourgeons de pin, graines germées au citron, jus de carottes frais
Perles de caillé grillées (type gulab jamun) dans un peu de sève d'érable, tartines grillées
Pains de farine de pois chiches cuits à la vapeur, poêlée d'orge germée, gelée de pommes
Galettes d'épeautre levées, pesto de pissenlit et tahin, jus de citron au miel
J'attends vos commentaires...

vendredi 4 décembre 2009

Pain d'épices

Traditionnellement, le mélange se fait à la St Jean, triomphe de la manifestation des forces de vie: miel d'acacia et farine de seigle, sans eau, puis on surveille la fermentation très lente jusqu'à la St Nicolas (6 décembre). La pâte a gonflé, est alors devenue quasi liquide, gorgée d'énergie, le miel s'est transformé en hydromel, et a digéré le seigle. On ajoute des épices, éventuellement des écorces d'agrumes et des fruits confits, et on cuit, toujours sans eau ni graisse, sauf sur le pourtour. Il marque la fin des décompositions automnales, ensemençant avec les atours du plein été la nouvelle vie qui se manifestera après la dormition de l'hiver.
C'est presque au même moment qu'en Provence, à la Sainte Barbe (4 décembre), on sème la poignée de blé, une survivance du rite égyptien de l'Osiris végétant. A la Noël, la façon dont il a poussé indique pour ceux qui savent le lire l'état de santé pour l'année à venir de chaque membre de la famille...
La fin et le recommencement...

jeudi 26 novembre 2009

Plats du moment

Tandis qu'à Paris, la pluie apporte sa subtilité et sa douceur, le soleil est toujours présent en Provence. Nuits froides, journées tièdes, nous sommes encore dans l'été indien, même si le froid gagne du terrain. Donc, retour à un régime amer, doux et astringent, inspiré aussi par les décompositions finissantes de l'automne et les belles moissons dorées qui recouvrent le sol.
L'usage de gras reste à modérer tant que le froid de la nuit ne se prolonge pas le jour, et tant que les dernières feuilles n'ont pas rejoint le sol. On peut utiliser, de préférence à l'huile ou au beurre, les crèmes d'oléagineux (amandes, sésame, noix de coco...), ou la crème fraîche.
Si la douceur vraiment printanière de ces derniers jours se traduit aussi par de l'énervement, le besoin de tout changer, de nouvelles aspirations, prendre des eaux de fleurs, des pestos (cresson en particulier), des fruits, et ne manger que si on a faim. Si au contraire, en raison d'un fort feu digestif, le transit est trop rapide, ou si on se sent dépourvu de volonté, fondu, une tisane de myrte, écorce de chêne et mélisse, devrait aider à se rassembler, ainsi que du coing, des poires et des pommes. Mais on peut aussi aimer être fondu...
Voici des exemples de menus, pas tous végétariens:
-semoule d'orge grillée au beurre clarifié, poêlée d'épinards aux cubes de fromage caillé, topinambours aux pommes, chutney de poires
-blancs de poulet en ragoût de cresson, pain d'épeautre, pesto de persil, coing cuit au four et sucré au miel.
-poêlée de chou et carottes au carvi, semoule de blé à la fleur d'oranger, soupette d'orties, tarte Bourdaloue (sans oeufs pour nous)
-patates douces au four dans leur peau, pesto de cresson, mâche aux noix et aux écorces d'orange, glace au sésame
-soja vert à la crème et à la cardamome noire, tarte de potimarron, compote de pommes aux épices.
Le matin, nous avons grand faim. Des fruits d'abord: clémentines, pommes, premiers kakis, et toujours les grenades...puis quelques céréales rôties, délayées avec un yaourt allongé d'eau; ou des tartines épaisses et légèrement grillées de pain d'épeautre humide et moelleux avec du beurre clarifié et du miel, ou du sirop de coing ou de grenade; ou de la brousse avec du sirop, et des boulettes d'orge grillée; ou du vrai pain d'épices, fermenté longuement, délicatesse extrême et remède à lui tout seul...
Voilà pour les exemples qu'on me demande souvent...
Prochain billet sur le pain d'épices de la St Nicolas justement.

mercredi 14 octobre 2009

Je suis ce que je mange

Je suis ce que je mange
Tout est dit. C'est fini. Je peux remballer mon cours ou mon livre, tout est là dans cette phrase étonnante et connue, à la portée de chacun.
Nous passons en cuisine.
Non?
On peut aussi écrire des volumes entiers sur cette phrase, des encyclopédies même.
Je suis ce que je mange. Ou ce dont je me nourris, dans une traduction plus vaste.
Tout parle autour de nous. La cerise de juin, pulpeuse, juteuse, ferme et douce, exultant de sang festif, restaure la plénitude de cet organe rougeoyant que l'on nomme vésicule biliaire et, dans la médecine populaire, absorber son noyau broyé dans du vin chasse la pierre (calcul) formée dans l'organe. Soin par la métaphore.
De même que la pariétaire qui casse la pierre pour infiltrer ses racines dans les murs chasse les calculs du corps en les rompant. Le légume à la chair pulpeuse que je grille envoie dans mon corps l'impulsion des éliminations de printemps ou d'automne. De même que la nouille, avatar de pâte trop cuite et dégoût des italiens, me change en... nouille! Le brocoli, avec sa tête de bronchiole verte, apaise mes poumons enflammés, et l'amande fraîche, « histoire » du vocabulaire érotique des Mille et Une Nuits*, nourrit la matrice et la parole, si liées dans l'imaginaire. La crinière verte des orties poilues nourrit la pousse des cheveux, tandis que le jus incarnat des grenades régénère le sang et la chair. Le riz blanc et le lait nacré purifient et rafraîchissent le corps; le ghee au bel éclat doré apporte abondance et richesse, et rend aussi incorruptible que le beau métal en emportant les excès, les rayons de la lune lui rendent fraîcheur et plénitude.
Les textures sèches, rugueuses, craquantes, sèchent mon corps de l'intérieur, empêchent l'avachissement extérieur sous la chaleur, absorbent les trop-pleins, augmentent les souffles. Et la farine d'orge grillée calme la formation de mucosités. Tandis que la crème de riz et le yaourt infusent leur douceur dans ma chair.
Les résines embaument, conservent, et restaurent la forme d'origine, sur une fracture par exemple, comme elles le font pour l'arbre. La sève de bouleau montant au jeune printemps porte le même élan de vie dans mon corps, comme la graine juste germée y envoie l'empreinte du jaillissement, de la manifestation, de la sortie de l'ombre. Les légumes et les fruits pleins de chair et de jus gonflent la chair du corps, tandis que les fruits secs -amandes, noisettes, raisins...- contribuent dans certaines conditions à la formation de concrétions, tout comme les vieux fromages. Le fromage caillé, lui, nourrit la formation des os.
En me nourrissant de saveurs subtiles, j'ouvre les champs de perception de mes sens. Avec les saveurs primaires et couvrantes, surtout quand elles excluent les autres, je recouvre les autres champs de la réalité, qui deviennent imperceptibles jusqu'à paraître inexistants, ce qui peut parfois être nécessaire. (Mais à consommer trop de saveurs totalitaires, on nourrit peut-être le dictateur ou l'ignorant en soi, et la vraie solitude existentielle dans un monde expurgé de sa beauté. )
C'est la théorie des signatures. Mentalité magique peut-être...mais moyen mnémotechnique des médecines populaires du monde, un monde conçu comme une suite de métaphores, un monde de poésie pure où fort heureusement, parce qu'il échappe à la systématisation, parce que tout ne se voit pas à la surface ou au microscope, la métaphore elle-même ne fonctionne pas toujours. Le médecin doit se faire poète et voyant...
Mais le propos dépasse l'aliment ou le remède.
« Ce dont je me nourris » inclue tout ce qui nourrit mes sens et mon intellect. La nourriture ici, ces sont les sons, les odeurs, les textures, les goûts et ce qui se voit ou ne se voit pas, ainsi que les idées et les histoires. Ce que je perçois de la réalité est ce qui me nourrit, et façonne ce que je suis. C'est un « karma », c'est aussi un choix qui fonde ce que je suis, ce que je vis. Ce que je cultive et rêve de ce monde merveilleux est ce qui fonde mon expérience, comme la vieille du conte qui déroule son rêve de bonheur dans la tapisserie brodée au fil des jours et au sang de ses yeux. La tapisserie s'envole à la fin et s'étire pour fusionner avec son pauvre village, devenant réalité. Mais la vieille du conte avait fait silence dans sa solitude et l'ombre de sa maison pour broder et dérouler son rêve de beauté.**

  • l'amande est une métaphore de l'entrée du vagin, dans les Mille et une Nuits et, dans , le héros est chargé de trouver une jeune fille vierge, dont l ' « histoire » serait comme une amande, c'est-à-dire qu'elle n'aurait rien à « dire ».
    • conte raconté par Henri Gougaud