Mauve de MauritanieA la suite d'une rencontre de thérapeutes autour des plantes par temps de canicule, il me semble utile de préciser plusieurs points:
- beaucoup se réclament de l'usage des huiles essentielles de l'Ayurveda. On m'a cité les empereurs moghols pêle-mêle avec l'Ayurveda et la tradition arabe des attars, les extraits de plantes. Mais justement, l'usage des huiles essentielles est relativement récent en Inde, quelques siècles de façon marginale sur une tradition de plusieurs millénaires, et importé: l'Ayurveda précède les invasions mogholes d'au moins 4000 ans! Par ailleurs, je n'ai jamais constaté cet usage chez les médecins traditionnels de l'Ayurveda que je connais. Les innovations de Vasant Lad lui appartiennent, quelle que puisse être leur valeur.

- l'Ayurveda est recherche de l'équilibre. Il me paraît complètement aberrant de croire chercher à créer l'équilibre, avec son environnement, son âme, son entourage, en utilisant le produit d'un tel déséquilibre. Rose Pierre de RonsardEt loin de l'idéal des cultures premières: ne pas laisser de trace. Combien de kilos d'une plante pour une goutte d'huile essentielle? 4 tonnes de pétales de rose pour produire 1kg d'huile essentielle par exemple, et 25 000 hectares de terres agricoles consacrés aux huiles essentielles, seulement en France, malgré les toutes petites quantités et variétés que nous produisons. Toujours la consommation effrénée des ressources naturelles au profit de l'humain... Sans parler des effets dévastateurs sur la flore de tout le corps. Ce n'est pas une médecine alternative, c'est le même niveau de poison que la médecine allopathique, la même idéologie que l'agriculture aux pesticides, la même guerre que les super-héros qui tuent sans remords...

- comme on ne rencontre jamais une telle concentration dans la nature, on habitue le corps à la même violence qu'un autre traitement chimique. Cela, aucune médecine "traditionnelle" ne l'avait fait avant nous. De même qu'aucune drogue n'avait jamais été récréative. Les poisons/drogues/produits violents ont toujours été réservés aux circonstances exceptionnelles: initiation ou voyage spirituel, au terme de longues pratiques de purification, uniquement pour ouvrir les portes chez ceux dont la nature spirituelle n'est pas encore éveillée.Sylvains de Princesse Mononoké Relire par exemple Castaneda au-delà du premier tome de son récit. Notre odorat et notre goût, premières barrières de survie, sont alors violemment brouillés, puisqu'on leur apprend à dépasser la sensation du danger.

- briser le champ des possibles, en y traçant ainsi une ligne de feu, est une oeuvre dévastatrice, comme changer une forêt sauvage en exploitation forestière, même si on n'y est pas sensible. Où est le chemin de l'âme? La contemplation des processus incroyablement parfaits, complexes et délicats de la Vie? L'Ayurveda s'attache à les restaurer par la spiritualité, la douceur, l'amour, le soin... ce qui produit des résultats tout aussi effectifs à court terme et beaucoup plus effectifs à long terme. Comment croire que nos maladies sont indépendantes de la violence dont nous faisons preuve vis-à-vis de notre environnement?

stellaire Il peut être intéressant de noter que la plupart des thérapeutes, tous reconnus dans leurs pays respectifs, présentaient des symptômes extérieurs de problèmes de chaleur interne à divers degrés. D'où peut-être la violence... ce que la chaleur et l'expérimentation de plusieurs huiles essentielles, nez collé contre les bandelettes imbibées, en une longue matinée ont du aggraver. Quant à moi, j'ai été prise de spasmes gastriques brutaux dès l'ouverture de la deuxième bouteille d'essence, située à 6m environ de moi, présentée comme une plante "puissante". Elle l'était!
Comme dans l'histoire d'Elie, la puissance, la vie, ou Dieu, n'est peut-être pas dans l'ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu de l'huile essentielle, mais dans "le bruissement d'un souffle ténu", ou le murmure d'une petite plante, ou la danse d'une dryade.

Pour finir, un lien vers un texte de l'ethnobotaniste poète Pierre Lieutaghi, intitulé "Aux frontières (culturelles) du comestible".