Dessin TaraLa "forme formante". Cette expression, je ne l'ai entendue que dans la bouche de Philippe, mon professeur pendant de longues années, une notion centrale de son enseignement et de l'embryologie tibétaine et indienne: comment le dessin de chaque chose pré-existe à la forme concrète, à la matérialisation. Il l'illustrait de multiples anecdotes.

Lorsqu'il vivait dans les camps de réfugiés tibétains, partageant leur quotidien sous les tôles ondulées de Dharamsala, par exemple, il avait un jour donné de sa main une partie de son repas à un chien affamé et galeux qui passait par là, ému pour les chiens du coin en général, auxquels les tibétains jetaient des pierres, les sachant souvent porteurs de maladies. Puis, s'étant rassis, il reprit son repas (avec les mains) quand la pensée le traversa qu'il ne s'était pas lavé les mains, que le chien avait léchées. Aussitôt, avec la crainte de s'être sans doute rendu malade, il vit une masse sombre s'abattre vers lui. Il repoussa vigoureusement la masse en pensée et se leva quand même pour se laver les mains. Fin de l'incident.

C'est une notion que l'on trouve aussi chez les Dogons par exemple, où le niveau d'incarnation se mesure à la densité du dessin, jusqu'à ce qu'il prenne forme sensible. D'où le respect pour toute forme de dessin. Les tibétains, comme les Dogons, y accordent tant de pouvoir que les futurs peintres de thangkas ou de dessins sacrés ne s'exercent longtemps que sur des tableaux effaçables ou du sable. Et les Dogons lisent dans les traces laissées par le "renard pâle" pendant la nuit dans l'espace sacré.

Runes De même que l'écriture fut longtemps un acte magique, le dessin/dessein d'une réalité à venir, en germe dans les étoiles dans la pratique de l'astrologie et des runes, comme dans le conte de la vieille à la broderie: une vieille femme brode un paradis depuis sa misérable masure, qui finit, après de nombreuses péripéties, par s'étendre et devenir son monde.

Peut-être certains parents parmi nous se sentent-ils comme la maman lapin du conte du Père Castor, qui rêvait ses petits "un comme moi, un comme lui, un comme lui et moi, un comme moi et lui...", ou comme la mère des enfants d'or et d'argent du conte russe, qui prédisit à son amoureux des enfants extraordinaires: peut-être ont-ils rêvé tel ou tel détail de leurs enfants, espéré telle ou telle particularité, sans aucune tentative de contrôle, et l'ont-ils vue arriver. Le dessin était dans leur tête...

Dans ma pratique, il m'est arrivé de nombreuses fois de compter sur un organe, des ligaments, de la peau... qui n'avaient plus d'existence matérielle. Même si je croyais mon professeur, l'expérience que m'a poussée à faire un premier consultant un jour fut un véritable émerveillement, et l'ouverture d'un champ de possibles.

Dans une société tamasique, où les champs de perception sont fermés, on est réduit à la réalité matérielle, où cette forme formante n'est même pas perceptible, et on décide de moyens de lutte concrets pour contrevenir à quelque chose dont le dessin continue d'exister même si sa concrétisation présente disparaît, ou pour obtenir ce qu'il suffit peut-être de rêver ou de laisser émerger au-dedans de nous. C'est la partie irréconciliable entre une médecine symptomatique et une pratique holistique, entre une société technique/technologique et une culture de la transcendance, même si parfois, au gré d'un moment magique, les deux mondes se mèlent aussi. Entre la croyance en un super-héros, une super machine, un vaccin, un médicament, une innovation... qui sauvera le monde et la responsabilité de nos rêves, de nos désirs, de notre destin. Entre la poésie et la délicatesse du champ des possibles et la brutalité destructrice de la tentation du contrôle. Et le sens de cette expression souvent citée: sarva annam, "je suis ce que je mange" ou plutôt "ce dont je me nourris".

En massant un corps, on rappelle avant tout une âme à sa forme formante, son moule d'origine, le dessin qui lui a donné vie. Il ne s'agit pas de corriger, mais de rappeler à soi-même. Parce que dans ce dessin il y a aussi le dessein de l'âme sur cette Terre et dans cette vie, quel qu'il soit, ce qui lui donne sa force et sa beauté. En laissant le temps à nos rêves pour émerger malgré les multiples conditionnements et distractions que nous offre la société de consommation et les nombreux dessins qu'elle génère, nous sommes la porte vers un monde différent. Toute la difficulté est d'accepter ou de croire à l'infini des possibles. "Don't hope, just do".


La Voie Lactée, océan de lait baratté par les dieuxSaturne est entré en rétrogradation le 30 avril, jusqu'au 18 septembre, en même temps que Pluton du 24 avril au 4 octobre. Une conjonction de planètes dont j'expliquais ici les implications. La rétrogradation va faire émerger le changement de paradigme annoncé, en soulignant l'effondrement de ce qui n'a plus lieu d'être, et qui a été ébranlé depuis ce début d'année. A titre individuel, cela peut donner de la mélancolie, une tendance à la misanthropie, au découragement, un long hiver intérieur en plein été. Saturne rétrograde incite ici à la solitude, au dépouillement, à la sagesse, au recul, à l'introspection, à la lenteur, à l'examen de ce qui était considéré comme sûr, acquis, fondamental. De cet hiver intérieur sortiront les rêves qui éclaireront notre automne et concrétiseront nos changements. D'ici là, les grands projets (attention au chantier de Notre-Dame), les conduites superficielles, les solutions faciles, rapides... n'auront pas de place. A nous de rêver un nouveau monde sans frein rationnel ou raisonnable!

Ici, une nouvelle très inspirante pour l'association et notre désir de sauver les forêts! Et, tant que vous y êtes, restez sur positiv.fr.