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La Lune est pleine, tandis que le Soleil conjoint à Uranus est en Trigone à Jupiter. Grand moment d'ouverture, comme les floraisons qui exlosent de couleur partout ces jours-ci... La montée très rapide des températures y contribue.

Ce qui nous a frappé en premier, ce furent la tristesse de l'incendie, la colère peut-être devant les moyens déployés pour sauver un monument mais pas les SdF ou les autres "pauvres" de notre pays et d'ailleurs, les querelles qui suivirent, mais surtout, un gros amas d'humeurs noires que la chaleur trop rapide n'a pas permis de dissiper, le pressentiment d'un changement de paradigme latent cette année, les hargnes tenaces résistant au tendre pétillement du printemps... Toute cette chaleur de l'hiver qui n'a tout d'un coup plus de nuit froide à réchauffer, et qui va chasser les remugles de nos tréfonds pour le grand ménage de printemps. On peut avoir de brusques accès de désespoir, avoir froid comme tous ceux que je vois porter des manteaux par 25°, des douleurs ORL, les yeux qui gonflent, une forme d'épuisement, l'envie de se terrer chez soi... ou pas.
Mais aujourd'hui, c'est le temps du coeur ouvert, de l'inspiration, du partage, des horizons sans limites, de la douceur de vivre qui explose comme un bouquet de magicien sous notre nez, précisément juste avant Pâques, ou Pessah, selon.

 Pour nous garder des envolées désincarnées ou des humeurs noires qui colorent le monde en noir malgré la fête, il est possible que nous soyons attirés par les saveurs piquantes de printemps, de ces piquants qui dissolvent sans chauffer et ébranlent joyeusement les réserves de l'hiver et les réticences de la graine à germer: la roquette (surtout sauvage), le radis noir et les autres radis, le raifort, la cardamine, les bières, l'hydromel (pétillant de miel et d'eau), le cresson, l'eau gazeuse... Ils redonneront de la couleur à nos habits fânés de printemps sec.
Les salades du moment, sauvages ou non, avec graines germées ou pas (en hoummous de graines germées, en pain essénien...), donneront du cru et du vivant à moudre à notre feu encore fort, et l'apaiseront un peu, tout en évacuant la colère et l'impatience qui peuvent monter avec la chaleur, chères salades bienfaisantes et délicieuses offertes par les prairies et les jardins. Les pestos également.

Le grillé, le sec, le craquant... ces saveurs nous tonifient sous la chaleur, comme tout ce qui est astringent, et nous rassemblent: la teinture de benjoin versée dans le thandai (billet plus bas), la bsissa et la tsampa (farine d'orge grillée), l'infusion ou le vin de fleurs de lilas (et la plupart des fleurs), les bourgeons de peuplier, les pâtes d'oléagineux, le thé, plusieurs salades sauvages (l'achillée, les jeunes feuilles d'arbres, la consoude, le plantain...), les légumineuses, les crackers, les pains grillés, les légumes juste rôtis...
Le matin, pour secouer la chaleur qui a tendance à stagner, dès le réveil, on peut courir voir les fleurs qui s'ouvrent, dans les prairies, dans les jardins, dans les parcs, courir seulement, sortir regarder le soleil qui se lève... mais surtout, bouger immédiatement. Ou alors, si notre chaleur nous engourdit, on peut se plonger au hammam, l'allié des temps secs et des chaleurs qui montent vite: on y retrouve la transpiration et, avec l'alternance du chaud et du froid, notre chaleur se pose au bon endroit.
Quelques alliacées de saison nous garderont dans la présence et purifieront nos jus: ail des ours, ou à défaut petits oignons de printemps, poireaux nouveaux, aillet même. En confit, cuit dans leur peau, en salade, en pesto...
Les saveurs fortes et stimulantes, comme celles du lierre terrestre, de l'angélique, de la berce, et du gingembre à défaut, achèveront de réveiller nos envies.
Buis rayonnant et bourgeonnant Enfin, pour ceux qui sont suffisamment raides et roides, en plus des alliacées, il y a toutes les douceurs miellées d'avril: la pâquerette, le buis de Pâques qui guérissait tout, le gaillet jaune...
Et, en dehors du repas de Pâques ou à moins d'avoir jeûné, on peut continuer à manger peu gras et peu sucré jusqu'à la mi-mai, après les saints de glace.
L'Ayurveda recommande à cette saison de contempler la beauté du printemps à l'oeuvre chez les humains et dans la nature. C'est aussi ce que fait le cueilleur, aplati dans les prés à chercher les pousses, à courir de beauté en beauté, d'abondance en abondance, dans le jardin du Paradis renouvelé encore...
Joyeuses Pâques/Pessah à tous ceux qui le fêtent!