Champ d'oliviersLa Provence a un climat bien particulier, comparé au reste de la France, même si on parle d'une vaste Provence qui s'étend partout où l'aridité fait parfois rage avec le Mistral. Comme j'ai eu la chance d'y vivre et d'y retourner souvent, voici une réponse plus complète à une question posée hier: "quels conseils pour vivre avec le climat provençal?"

Nous sommes dans un climat sec, aride même, où domine Vata*, bien présent à travers le Mistral, qui souffle enthousiasme, inspiration, ouverture, légèreté... mais aussi dessèche et augmente tamas*. La chaleur des étés, parfois même des printemps, voire des automnes et hivers, rayonne dans les floraisons, les parfums et la lumière très particulière, omniprésente, qui teinte tout de brillance, de couleurs, de netteté. Une sorte de pureté nimbe chaque plante, même les plus retorses, comme la rue que j'aime tant. Cet éclat, cette chaleur, sont la marque de Pitta*. En hiver, la Provence n'est pas grise, comme ailleurs, elle est vert-bleutée, avec une touche d'anis, si élégante et adorable.
Les anciens que j'ai interrogés quand j'y habitais et parcourais dans le bonheur les chemins sauvages des Alpilles, m'ont raconté une autre Provence, quand le vent du Sud y amenait la pluie, en non pas le souffle lourd du désert, quand les canaux pouvaient déborder plusieurs fois par an à cause de grosses pluies, quand les forêts étaient plus présentes.
La sécheresse qui gagne, qui m'a serré le coeur depuis les fenêtres du TGV, est donc nouvelle. Ce qui veut dire que même les traditions locales sont à adapter. Sans parler de celles que seuls les anciens connaissent encore, comme la crème de genévrier cade (recette dans le tome 1), ou de celles qui paraissent évidentes, comme l'usage de la tomate ou du café, et sont pourtant récentes et plutôt toxiques.
Filaire, janvier, parc des Calanques
- là où le souffle est abondant, là où souffle le pur Mistral, on utilise le souffle: marcher, chanter, respirer (pranayama sans bandhas), masser et être masser.

- s'étirer, doucement, sur le souffle, tous les jours. Adopter les gestes des terres arides qui soignent les articulations comme balayer la maison accroupi au ras du sol.

- pour ne pas être emporté, comme le compagnon du baron de Munchaüsen qui avait des boulets aux pieds parce qu'il courait trop vite en leur absence, on peut adopter les tatkaar et les pesantes clochettes des danseuses de kathak, ce qui est aussi une méthode traditionnelle de contraception et d'équilibre pour la féminité. Idéale pour retrouver son socle au moment des envolées de températures aussi, ou des grosses émotions, même sans clochettes. Autant sans doute qu'une danse traditionnelle locale. Pas pendant les fleurs et pas pour les hommes.

- consommer des bouillons et des jus, avec des nourritures plus sèches, comme l'alliance du couscous et de la semoule, ou la bouillabaisse, ou la soupe au pistou. L'orge, en l'absence d'hypertension ou d'excès de chair, est la céréale qui était consommée abondamment jusqu'à une époque récente. Toujours grillée, sous toutes les formes: farine ou tsampa, semoule, pain, gâteau de farine au miel, risotto... Elle est la céréale des terres arides, de la Mongolie au Maroc. Au contraire du riz qui réduit l'eau dans le corps, et à moins que vous n'habitiez la Camargue, elle donne ce qu'on appelait "la force" en médecine ancienne. Idéale pour les pratiquants de yoga... Elle pousse partout en Provence sous sa forme sauvage.

- se réjouir des plantes locales et les apprivoiser en saison, les connues et les moins connues: olives, baies de genévrier cade, arbouses, oranges amères, calament népétha, rue (une branchette de quelques feuilles pour un plat), grenades, figues, moutarde noire, roquette, germandrée, pistachier, armoise, absinthe... (comme elles me manquent!).Vue depuis la calanque de Samena Quand elles fleurissent ou qu'elles sont "en majesté", c'est le moment de les utiliser. L'amertume des balsamiques purifie le feu qui monte, leur astringence referme et rassemble.

- consommer des aphrodisiaques, au sens ayurvédique du terme, c'est-à-dire "régénérant" de la fécondité: figue, réglisse (le sucre local), les merveilleuses asperges sauvages, ail pour ceux qui ne pratiquent ni yoga ni autre sadhana, rose, jasmin, lait... Certains sont adaptés aux femmes, d'autres aux hommes.

- jouer avec toutes les ombellifères locales, comme le fenouil: elles replacent les souffles dans les canaux appropriés ou les évacuent et promeuvent les jus du corps. Et le laurier...

- privilégier les saveurs acides, douces et salées, puis amères au début de l'été et de l'été indien. L'épine-vinette acide est une grande oubliée de la région, arrachée dans les années 50, et perdue de vue. Pourtant elle est parfaite pour de nombreuses conditions dues à l'aridité, et une composante essentielle de ma version locale (recette dans le tome 1) du chyavanprash indien, mélasse régénérante aux nombreuses vertus (vieillissement, asthme, excès de chaleur dans le haut du corps...).

- plus encore qu'ailleurs, éviter les excitants, hors locaux, qui ont toujours un effet desséchant. Les liqueurs locales, en revanche, permettent, comme le vrai pastis (au moins 13 plantes et de la réglisse comme sucrant), de rendre l'eau froide "digeste" en plein été, à très petite dose bien sûr, mais pas mieux qu'un peu de teinture de benjoin dans un orgeat véritable... ou de gomme de cerisier.
Genévrier sabine dans les Calanques
- les activités qui demandent de l'endurance (les cyclistes acharnés du plein été m'ont toujours interloquée), la station longue devant un écran, de la concentration... sont à éviter. Préférer la contemplation de l'horizon pour relâcher la chaleur interne, et l'inspiration à la concentration.

Si des questions vous viennent, laisser un commentaire sur lequel je rebondirai. Parce que bien sûr, tout cela est un peu court...

  • termes expliqués dans le glossaire de chacun de mes livres