A l'heure où la médecine ayurvédique achève sa mutation vers une version commercialisable et internationalisable, où les labos ayurvédiques ont pris le pas sur la pratique individuelle du médecin, et où l'enseignement de l'Ayurveda est réduit en Inde à une sous-catégorie pour riches touristes de la médecine moderne, au moment où je trouve dans un magasin bio le seul magazine dédié à l'Ayurveda entièrement rédigé par un labo (comme si Sanofi éditait son propre magazine), il est temps de se poser quelques questions sur cette évolution. Moi, les médecins ayurvédiques que j'ai rencontrés, ils soignaient sans tarif ni sécu chaque personne qui se présentait à eux, voire ils allaient exercer leur mission dans les zones d'épidémie où plus personne ne pouvait les payer, avec les moyens offerts par la nature autour d'eux.

L'Ayurveda soigne les personnes, pas les maladies. Comme toutes les médecines traditionnelles, elle échappe aux règles de la société de consommation, parce qu'elle n'est en rien reproductible, elle dépend des relations qui s'établissent entre l'homme et l'univers. Son succès ne vient pas des plantes ou des formules qu'elle utilise mais du chemin qu'elle propose à l'âme. Chemin qui peut passer accessoirement par des plantes, des traitements, des massages... sans certitude, sur le fil de la relation qui se tisse entre le patient et son âme, dont le praticien n'est qu'un reflet choisi.

Notre société nous fait vivre dans le mensonge qui voudrait que tout s'achète, y compris la santé. Nous savons tous quelle part de notre félicité s'échappe dans cette illusion. Parce que oui, chaque maladie, chaque déséquilibre, chaque accident même, est une occasion pour notre âme d'aller vers sa lumière. L'ignorer pour les propositions consommables de contrôle et de confort, c'est aussi la laisser mourir à petit feu au fond de nous (Comme cet homme qui a répondu devant moi à sa femme qu'il pouvait continuer à consommer autant de fromages, de charcuterie et d'alcool qu'il souhaitait puisque son médicament contre le cholestérol marchait!).

La disparition des médecines traditionnelles est inéluctable si notre société continue de centraliser les richesses et les pouvoirs, parce qu'elles représentent un danger, une alternative à la consommation imposée de masse, comme par exemple la vaccination. Il semble d'ailleurs vraiment étrange, quand nous sommes si proches d'intégrer le respect de la Terre à la sacro-sainte Croissance, de continuer de considérer que multiplier les agressions du corps nous protégera des maladies à venir. Autant continuer avec les engrais et les pesticides alors. Les cancers se multiplient, les troubles mentaux aussi, les maladies auto-immunes... et nos chevaliers se transforment en terroristes.

Peut-être qu'il est temps de repenser le monde... au moins celui qui est autour de nous, à commencer par notre véhicule de chair. Pas comme une entité où notre argent nous donne des droits d'accès à un confort aveuglé mais comme une terre de beauté et d'amour qui nous offre à chacun le meilleur chemin pour aller vers notre lumière et notre félicité.