Tulipes sauvages dans les vignes bioDeux jours, jeudi et vendredi, de soleil, de ciel bleu, de fleurs partout, de chaleur... Chaque année, comme un accouchement, on oublie la félicité printanière, l'exultation des corps, le débordement des coeurs, l'épanouissement des regards et des fleurs... qui nous surprennent au détour d'un jour de soleil.
Une tulipe sauvage penchant légèrement sa corolle dorée au gré du vent peut suffire soudain à combler tous les désirs de grâce et de beauté. Ou le reflet du soleil dans l'herbe tendre, la rosette joyeuse des pissenlits, la pureté frémissante des buissons de pruneliers fleuris, un chemin de muscaris, un parterre de violettes... Et l'ivresse du parfum des fruitiers en pleine floraison, tous les désirs de senteur et de paix. Prunelier comme un blanc poussin griffuLa main caresse l'herbe douce, la mousse, les feuilles juteuses d'alliacées, les frais embrassements des tulipes et des jonquilles, fouille les rosettes de bourse-à-pasteur et de pâquerettes ou les feuilles de violettes, chatouille les pousses d'achillée... suivie par le corps qui ne peut résister à l'embrassement de la terre tiède, humide, et si féconde, puis à l'union au travers de la consommation de la récolte sauvage.
A cet épanouissement irrésistible, le pressentiment de la pluie, la nostalgie déjà de ces beaux jours qui ne seront plus demain rend la conscience, gonflée de reconnaissance, de l'instant, précieux parce qu'il va passer.
Et c'est sans doute le plus beau cadeau de ce dérèglement du climat qui est en route, avec ses montagnes russes de plus en plus brutales: nous rappeler à nous-mêmes, nous sortir de notre confort, nous souligner la préciosité d'un instant de printemps sauvage et le parfum de notre âme. Le Paradis, c'est ici.
JonquilleCeux qui ne suivent plus la danse, que ce printemps fatigue, dont la stabilité intérieure peine sous les désordres, retrouveront la paix à l'odeur des pruneliers en fleurs, qui nettoient les grognons boueux de l'âme et du corps, avant de faire du vin d'épine pour être moins piquants, quand les pousses jailliront des branches. L'aspérule montre aussi sa voie humble et étoilée dans les sous-bois, en même temps que les bourgeons de cassis: un thé quotidien peut aider à ramener pureté et joie. Comme les souffles sont perturbés par les changements, et que l'arrivée de la chaleur a été soudaine, on peut se raidir et se gonfler sous la pluie revenue: les pissenlits sont toujours les meilleurs compagnons, avec beaucoup de salades sauvages du moment, mais aussi la sève de bouleau, la bière, l'orge rôtie en porridge... et un passage au hammam avec gommage pour redonner de la perméabilité et du mouvement, suivi d'un petit sauna en cas d'excès d'eau dans le corps ou de chairs débordantes et molles.Muscari Aux enfants qui pleurent faiblement et opiniâtrement dans la chaleur, on peut donner de l'orgeat, comme aux adultes blessés par les épines, humaines ou végétales.
Le temps pluvieux appelle un peu plus de gras et d'acide dans la nourriture, pour nourrir en nous le pouvoir de transformation, tandis que toute la nature se transforme aussi. Au printemps, les saveurs principales sont le piquant qui disperse, liquéfie, révèle et nous débarrasse de nos piquants en nous faisant expérimenter la sagesse semblable au miroir; l'amer qui évacue et débarrasse de l'amertume et des regrets; et l'astringent qui tonifie, et évacue les peurs. Cela peut être la boisson "tonique", gingembre et citron; une poignée de plantes sauvages avec du raifort ou du cresson, ou la saveur des premières alliacées crues, qui dégagent le nez et la tête; un écart du locavore vers les plats de terres humides et chaudes (Thaïlande, Kerala, Amérique du Sud...); les premières pousses d'angélique, ou leur angélique racine...

Mars avance sur Pluton et forme en ce moment, avec Saturne et la lune noire, un faisceau de tensions en Capricorne, signe des structures. Je doute que les grèves s'arrêtent... En sextile à Neptune et Jupiter, cela augure cependant d'une belle occasion de régénération, voire de guérison collective. A titre individuel également, même si certains d'entre nous risquent de basculer du "côté obscur de la Force"... provisoirement. Parce que, comme le dit Albus Dumbledore sur le mur de la chambre de Sacha, "vous savez, on peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres... Il suffit de se souvenir d'allumer la lumière".