Petite_fille_et_poux.jpgAvec la Rentrée, comme chaque année, fleurissent sur les panneaux publicitaires des grandes villes les campagnes pour les marques de produits anti-poux. Et c'est fou comme il y a peu de poux en vacances... Nous connaissons sans doute aussi tous une personne avec qui il est doux d'être en soirée dans un endroit humide et tiède: les moustiques semblent ne s'occuper que d'elle! Et peut-être avons-nous été piqué par une ou plusieurs tiques un jour de colère et de balade en forêt alors que ce n'était jamais arrivé avant...

Je pourrais aussi parler des puces, des guêpes et autres frelons... Dans l'Ayurveda, tout est signature. La piqûre vient là où il y a des piquants. En clair, les personnes dont le sang chauffe, "piquantes" ou "piquées", sont les cibles de ces désagréments. Ces désagréments sont des indicateurs d'un déséquilibre, d'une fracture du système immunitaire, et retrouver l'équilibre fera aussi sûrement disparaître les bestioles que le rumex sur un terrain trop agressé.

Pour les enfants, ce sang qui chauffe peut à voir avec
- le stress de la vie d'écolier actuelle, qui ne respecte pas les rythmes de l'enfant, et les confine souvent des heures durant dans un espace trop petit, trop bruyant, trop violent... mais surtout l'impossibilité d'exprimer ce stress, ou de s'exprimer tout court;
- parfois même, le fait d'être en but à l'agressivité du fort en gueule de la classe, ou à l'hostilité des autres, ou de la maîtresse (ou du maître) débordée, ou trop sévère, sans avoir trouvé une voie pour l'exprimer;
souffrance-psychologique-adolescents-stress-enfants.png - le stress des parents;
- de longues heures passées devant un écran, j'en parle souvent: de nombreuses études montrent une baisse de l'acuité visuelle, de l'intelligence discriminative, de la créativité, de la présence au corps, du Q.I., de l'expression des émotions...;
- l'absence d'activité physique. Et là je ne parle pas de sport avec des objectifs, mais de jeux libres, sans performance, sans direction, inspirés par la folle imagination des enfants, au gré de leurs méandres, et de leur propre exigence de performance. Ah les longues heures de notre enfance passées à inventer des scénarios que nous jouions, jouer à chat, grimper aux arbres, faire une dînette de plantes, ou regarder les fourmis ...
- une alimentation manquant d'équilibre, ou servie dans des conditions de stress, ou déficiente...

Bien sûr, le remède principal est le jeu dans un espace aussi ouvert que possible, remède universel des enfants. Mais aussi
enfants_jouant.jpg - la lenteur, la douceur, la compréhension, l'écoute, la tendresse, le rire
- un jeûne d'écrans
- les massages: massage-jeu, massage enveloppant du corps tout entier au ghee lavé, friction à l'eau de Cologne, au gant qui grattouille...
- une alimentation qui rafraîchit: crudités (légumes), fruits cuits, saveurs subtiles ou peu de saveur, lait, céréales qui ne fermentent pas (maïs, châtaignes, céréales rôties à sec avant cuisson)...
et, éventuellement, la consultation d'un praticien qualifié si cela se produit de manière chronique.

Le traitement anti-poux marchera peut-être, mais lui aussi fera de l'invasion des poux un évènement ennuyeux, générateur de travail harassant pour celui/celle qui fait les machines et les shampooings, au lieu d'être le départ d'une régénération, porteuse de bonheur et de conscience pour l'enfant comme pour ses parents. Et il faudra recommencer...
Sans compter que les traitements agressifs fragilisent l'équilibre, les cheveux, le cuir chevelu, les yeux... Sans doute au moins faudrait-il leur préférer une application d'huile de neem (chez les indiens, par exemple Tulsi, passage Brady à Paris), ou une dilution d'huile de cade (plus facile à trouver en Provence qu'ailleurs en France).
Ou plus simple, le remède est-il peut-être dans le désagrément, comme me l'a rappelé ma fille et ce poème de Rimbaud qu'elle aime:

Scène d'épouillage, détail d'un tableau de Jan Siberechts Les chercheuses de poux

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.