La canicule fait une nouvelle petite pointe, tandis que les astres nous promettent quelques jours orageux et lourds autour de la pleine lune. C'est le temps des humeurs noires, coincées dans nos recoins, comme nos ruminations.
Si on se sent englué, rechercher le piquant qui réveille et rafraîchit, le piquant qui fait sortir et dissout ce qui est caché, ou l'alliance sucré-salé-acide: en Inde, c'est la boisson salée au citron et au cha'at masala qu'on sert avant la mousson, en Iran une boisson traditionnelle salée à l'épine-vinette apparue ces jours sur les étals des épiceries iraniennes de Paris, chez nous le verjus soit le jus de raisins ou d'autres fruits verts, salé... On peut aussi apprécier cette alliance dans des plats, où le verjus, le concentré de grenade, la rhubarbe, l'oxalis, l'oseille... amèneront une fraîcheur que ne connaissent ni la tomate, ni le rosé, un contrepoint délicat pour les céréales, les légumineuses et même les viandes.
L'alliance de ces trois saveurs stimule l'appétit, laisse une sensation de pureté et apaise les souffles qui s'élèvent avec la chaleur et avant la pluie. Quand les nuages relâchent leur charge, et que les humeurs saturent alors notre corps, comme les soucis sur la rivière accompagnés de l'offrande de nourriture et de lumière, les excès de nos vies inscrits dans notre corps disparaissent au loin.
On peut aussi se lancer dans le ménage de la maison, un bon moyen de faire le ménage intérieurement; ou contempler l'eau qui coule librement, nous imprégner de sa liberté et sa pureté originelle, nous souvenir de l'eau, avant les robinets, la pollution des rivières et les bouteilles en plastique, l'eau des cascades et des torrents, et nous confier à sa beauté; ou se coucher sur la terre, voire dans la terre, et la laisser nous remodeler, nous ramener à notre forme formante, à notre moule d'origine, pour nous souvenir de notre identité.
La lenteur n'est plus un refuge quand les nuages sont dans les douleurs de l'enfantement. Il nous faut un rythme plus enlevé, un pas plus tonique, un martèlement qui s'accélère... jusqu'à ce que crèvent les nuages, tombe la pluie, se libèrent les humeurs... et que la joie pure renaisse.