Prairie de pissenlits Droit sur sa rosette, il montre sa tête ensoleillée sur les prairies printanières, riches ou vraiment engorgées, avec la candeur d'un ado ébouriffé après une soirée arrosée. Le nom de son genre, Taraxacum, semble un éternuement ou une imprécation pour conjurer les obstacles! Souvent complice de la pâquerette, il a lui aussi des vertus amollissantes et permet d'évacuer ce qu'elle a dirigé vers les émonctoires. Remède aux raideurs, et aux désordres comme aux habitants indésirables de nos tuyaux, il nettoie de la colère qui monte avec la chaleur, et tonifie l'appétit. On consomme ses feuilles à l'amertume bienvenue, ou sa rosette au cul blanc, en salade, tant que la fleur n'est pas venue; quand la fleur est venue, ses feuilles toujours, mais blanchies et cuites au beurre; mais aussi ses boutons, marinés comme des câpres dans le vinaigre et le sel; ses fleurs en confiture ou en sirop, ou en vin; et ses racines, récoltées entre l'automne et le printemps, torréfiées pour un succédané de café, crues, ou en décoction. Sa racine s'enfonce d'ailleurs profondément dans le sol, ce qui lui donne sa résistance et la capacité de fleurir sitôt le dégel, voire de refleurir à la fin de l'été. Son nom annonce clairement ses propriétés: "pisse en lit", aussi est-il un auxiliaire de choix pour les hommes -et parfois les femmes- ventripotents et colériques, souvent généreux, dont il dégonfle la colère et résout les blocages en réanimant le "souffle du bas". "Manger les pissenlits par la racine" indique effectivement une certaine urgence de traitement... Puis, quand il a généreusement ensoleillé les jours incertains du début du printemps, il se transforme en neige blanche, avec les chatons de saule, les pétales de prunellier, de cerisier, de pommier... et va porter la bonne nouvelle là où le vent emportera ses fragiles nacelles.Avant de souffler sur ce vieux jeune homme
Vin de pissenlit
Récolter deux grosses poignées de fleurs pour une bouteille de vin blanc. Débarrasser les pétales du calice et mettre cette moisson intégralement jaune dans le vin pendant 8 jours. Ajouter éventuellement une cuillerée à soupe de miel.
La cramaillotte, ou miel de pissenlit
Récolter environ 100 fleurs pour un pot de cramaillotte. Les laver et séparer les pétales du calice. Soit, sécher préalablement les fleurs au soleil s'il y en a, soit garder quelques pétales décoratifs, et placer immédiatement le reste dans une tasse d'eau bouillante et laisser frémir quelques minutes puis macérer quelques heures. Filtrer avec précaution. Pour faire une gelée au sucre, ajouter le même poids en sucre et cuire jusqu'à la bonne consistance. Au moment de mettre en bocaux, ajouter les pétales réservés.
Sinon, sucrer au goût et gélifier en ajoutant 1/4 de c. à café d'agar-agar au liquide froid, puis amener à ébullition à nouveau quelques instants, et laisser refroidir en pots après avoir ajouté les pétales.