La terre ne refuse rien, elle est suffisamment généreuse,
Les vérités de la terre attendent continuellement, elles ne sont pas si cachées d'ailleurs,
Elles imprègnent toutes choses et se transmettent elles-mêmes volontiers,
Transmettant un sentiment et une invitation, je ne cesse de dire quelque chose,
Je me tais, pourtant si vous ne m'entendez pas, à quoi vous suis-je utile?
Enfanter, améliorer, si j'en suis incapable, à quoi donc suis-je utile?
Walt Whitman, Chant de la terre qui tourne
Coucher de soleil automnal sur Tours Pour nous qui passons notre temps à examiner notre singularité, à coup d'extrêmisme parfois, il est difficile d'accepter à quel point nous sommes liés à notre univers. Pourtant si on veut comprendre comment fonctionnent les doshas, ou humeurs du corps, il n'y a rien à lire, ou à apprendre, mais juste à observer: comment Pitta diminue quand le Soleil est obstrué, comment Vata augmente avec le vent, comment Kapha resplendit avec la Lune pleine... Si des nuages plombent le ciel, les humeurs et la lourdeur s'accumulent dans le corps; s'il pleut, elles se libèrent en nous, saturant notre corps mais aussi courant vers les voies d'évacuation comme l'eau qui tombe du ciel gris. Si le Soleil resplendit, quelque chose en nous resplendit aussi, nourrissant la transformation, la pureté, la clartéLe lac de Vevey en automne... Si la Lune offre sa beauté nacrée aux amoureux de la nuit, entourée d'étoiles dans le ciel sombre, la fraîcheur nous habite, pas celle qui donne froid, celle qui repose, qui offre la quiétude, le retrait, la réserve. Rien de bien compliqué donc, mais du temps, celui de nous reposer en nous-mêmes, celui de la contemplation. Et, bien sûr, cela implique que la manière dont nous traitons les éléments -l'eau, la terre, le feu, l'espace, l'air- nous affecte également, pas seulement parce que notre alimentation, notre respiration même, nous lie à eux d'une manière plus indissociable et plus puissante que la plus puissante des relations amoureuses, ni parce qu'aux tréfonds de nous-même notre âme blessée pleure à l'unisson des éléments pollués, mais parce que leur simple proximité nous modèle au-delà de toute mesure.
Je suis ce dont je me nourris.
DSCF5883_-_Copie.JPG Comment puis-je me nourrir d'aliments morts, m'unir à de la chair animale produite dans la souffrance et l'aveuglement, à des végétaux incapables de se reproduire, comme les OGM ou ces raisins (qu'on trouve en bio!) sans pépins, comment pouvons-nous accepter que nos rivières soient polluées, que les zones sauvages se rétrécissent, que la lumière artificielle nous cache les étoiles, que le vent ne nous apporte pas le parfum musqué d'un animal, la senteur des décompositions automnales ou le chatouillement délicieux d'une floraison, mais l'odeur des voitures, les parfums artificiels, et la trace despotique de la présence humaine? Au prix de la misère intérieure, d'une blessure à l'âme, d'une fermeture des champs de perception, la même qui nous fait tolérer la misère extérieure de nos frères humains au pied de notre immeuble.

Bon, pas toujours facile de vivre à Paris...