« La discipline de chacun lui conserve force et bon teint à condition qu'il ait connaissance de la cohérence nécessaire avec les saisons en ce qui concerne la diététique et l'hygiène de vie.
L'année se divise en 6 saisons. Parmi elles, la période de trois saisons allant des frimas à l'été est connue comme « réceptrice » tandis que le Soleil entame sa course vers le Nord ; l'autre période, allant des pluies d'été à l'hiver, est connue comme « relâchante » alors que le soleil descend plus au Sud.

Dans la période de relâchement, les vents ne sont pas aussi violents que pendant la période de réception ; la Lune, dont la force resplendit, rend la plénitude au monde par ses rayons frais comme le nectar, donc la période de relâchement est caractérisée par fraîcheur et tendreté. Par contre, la période de réceptivité est sous l'influence du feu (de la transformation). C'est ainsi que le soleil, le vent et la lune sont responsables de la manifestation du climat, des saisons, des saveurs, des doshas et de la force physique selon la nature de la période et le cours qu'ils suivent dans le ciel.
Pendant la période de réception, le Soleil reçoit l'onctuosité de la nature et, le vent âpre et brusque la desséchant, produit une sécheresse qui augmente des frimas à l'été et, en augmentant les saveurs amère, astringente et piquante, est la cause de la débilité de la santé à la fin de cette période.

Tandis que pendant les pluies d'été, l'automne et l'hiver, quand le Soleil descend vers le Sud, son ardeur faiblissant en raison du climat, de son cours, des nuages, des vents et des pluies, la puissance de la Lune est sans obstacle, la température ayant fraîchi avec les pluies du ciel, les saveurs non rugueuses -acide, salé et doux- augmentent dans l'ordre, permettant de redonner force aux hommes.
C'est-à-dire : les êtres humains font l'expérience de la débilité au commencement et à la fin, d'une force moyenne au milieu et du maximum de puissance à la fin et au début, des périodes de réception et de relâchement respectivement.

Pendant l'hiver, chez les personnes robustes, le feu digestif, contenu dans le corps par les vents froids, devient de plus en plus fort, capable de consumer toutes les nourritures, même lourdes et en grande quantité. De là, si le feu digestif n'est pas nourri de façon approprié, il consume les jus du corps même et c'est pourquoi l'air froid est vicié pendant la saison froide. Donc pendant l'hiver, chacun devrait user de bouillons onctueux, acides et salés de viandes d'animaux gras, vivant dans l'eau ou dans les marais, ainsi que la viande des animaux qui nichent dans des terriers et des prédateurs chassant en jaillissant sur leur proie. Après cela, la personne devrait boire du vin, du vinaigre et du miel. On protège son espérance de vie si on prend régulièrement des produits laitiers, des produits de la canne à sucre, des graisses, des huiles, du riz nouveau et de l'eau chaude pendant l'hiver. Chacun devrait faire usage de massages, d'onction à l'huile, y compris de la tête, séjourner dans une pièce chauffée, exposée au soleil, dans les étages ou au sous-sol. Pendant la saison froide, on devrait se déplacer en carriole (voiture), utiliser des lits et des sièges garnis de lourds draps de laine, de soie, de fourrure, ou de cheveux tressés et autres couvertures. Les vêtements devraient être lourds et chauds et on devrait appliquer une pâte faite de poudre d'aguru (écorce d'aloès) sur le corps. Quand on est au lit, on devrait dormir, dans les bras d'une femme épanouie ayant une poitrine généreuse et proéminente, enduite de pâte d'aguru, ayant une libido épanouie et éprouvant du désir, et avoir des rapports jusqu'à pleine satisfaction à l'arrivée des frimas. Quand l'hiver commence, on devrait éviter les nourritures qui augmentent Vata, les nourritures et les boissons légères, les régimes, les rafales de vent froid, et les boissons froides.

L'hiver et les frimas sont presque semblables : les frimas sont seulement un peu plus rugueux, en raison du commencement de la période de réception, et froids, en raison des nuages, des vents et des pluies. Donc tout ce qui a été dit pour l'hiver est valable pour les frimas. Pendant les frimas, on devrait résider dans une maison plus chauffée encore et encore mieux protégée du vent. Pendant les frimas, on devrait éviter les saveurs piquantes, amères et astringentes, et les nourritures et les boissons légères, froides, et augmentant Vata.

Pendant le printemps, l'accumulation du dosha Kapha, desséché par le fort rayonnement du soleil, perturbe la circulation de la chaleur corporelle et cause de ce fait de nombreuses pathologies. Donc, pendant le printemps, ce sont les thérapies évacuatives, telles que les émétiques, qui seront utilisées ; les nourritures et les boissons acides, grasses et douces ainsi que la sieste doivent être évitées. Au moment des floraisons, on devrait pratiquer l'exercice physique, l'onction, les fumigations, les gargarismes, l'application de collyres et les bains chauds. On devrait appliquer sur le corps une pâte de bois de santal et d’aloès, et pratiquer une diète à base d'orge et de blé. Pendant le printemps, on mangera de la viande de wapiti, de lapin, d'antilope, de caille et perdrix grise. On boira sans risque des vinaigres et des vins. Ensuite, on se réjouira de la beauté des femmes et des forêts.

Pendant l'été, le Soleil draine par ses rayons toute l'humidité de la nature, ce qui rend les nourritures et les boissons douces, froides, liquides et grasses, particulièrement bénéfiques. La personne qui consomme régulièrement de la boisson mantha (à base de riz et d'orge grillée, proche de l'orgeat, NDLR), de la viande d'animaux sauvages et d'oiseaux, du beurre clarifié et du lait avec du riz ne souffrira de rien en été. Le vin doit être consommé en petite quantité, ou avec beaucoup d'eau, ou pas du tout. Les saveurs salées, acides et piquantes, ainsi que l'exercice physique doivent être évités. On devrait dormir dans une chambre fraîche pendant la journée, et la nuit sur la terrasse (toît) de la maison à l'air libre, rafraîchi par les rayons de la lune, le corps enduit de pâte de santal. Orné de perles et de joyaux, on s’assiéra parmi ses amis en s'éventant, rafraîchi par le contact de mains trempées dans l'eau de santal. Pendant l'été, on devrait s'en tenir aux forêts, aux eaux fraîches, et aux fleurs, ainsi qu'éviter les rapports sexuels.

Le corps affaibli à la fin de la période de réception, la capacité digestive s'amenuise, ce qui s'aggrave avec les perturbations de Vata pendant les pluies d'été. En raison de l'évaporation qui monte de la terre, de l'humidité des nuages, et de l'acidification des eaux, le feu digestif est affaibli et les doshas perturbés. Il est donc recommandé de modérer son activité. Pendant cette période, on devrait éviter les boissons froides, les siestes, la rosée, l'eau de rivière, l'exercice physique, le soleil et les rapports sexuels. On devrait souvent faire usage de nourritures et de boissons mélangées à du miel. Pendant la saison des pluies, quand la lumière est obscurcie par les nuages, qu'il vente et que la température descend, un régime à base d'aliments acides, salés et gras est nécessaire pour pacifier Vata. La personne, protégeant son feu digestif, devrait consommer de l'orge vieille, du blé et du riz avec la viande d'animaux sauvages et de soupes de légumineuses. Comme boissons : du vin ou d'autres types de spiritueux additionnés de miel et, en petite quantité, de l'eau de pluie ou de puits, bouillie et refroidie. On devrait se faire régulièrement frictionner et oindre le corps, prendre des bains, porter des parfums et des guirlandes, des vêtements légers et propres, et résider dans une pièce sèche, appropriée à la saison des pluies d'été.

Pendant l'automne, alors qu'on s'était habitué à la pluie et au froid, on se trouve soudain dans la chaleur des rayons du soleil, ce qui mène à l'aggravation du Pitta accumulé. Pendant cette saison, les nourritures et les boissons douces, légères, rafraîchissantes, légèrement amères et permettant de pacifier Pitta devraient être consommées en quantité appropriée et avec bon appétit. Pendant l'automne, on devrait consommer régulièrement la viande de caille, de perdrix grise, d'antilope, de mouton, de wapiti et de lapin, ainsi que du riz, de l'orge et du blé. On peut prescrire du beurre clarifié mêlé à des substances amères, des purgations et des saignées ainsi que d'éviter le Soleil. On devrait éviter les graisses, l'huile, la rosée, la viande d'animaux aquatiques ou de marais, le sel, le yaourt, les siestes et le vent d'est. L'eau, chauffée par les rayons du soleil le jour et rafraîchie par la lumière de la lune la nuit, cuite par le temps, libre de défauts et purifiée par l'étoile Agastya, est connue sous le nom d'eau lustrale, obtenue en automne, propre et pure. Cette eau est aussi bénéfique que le nectar si elle utilisée en bain, boisson et aspersion. Pendant la saison d'automne, il est recommandé de porter des guirlandes de fleurs de saison, des vêtements propres et de s'exposer aux rayons de la lune lors des premières heures de la nuit.

Voici exposée la conduite à tenir suivant les saisons. Ce qui est approprié à une personne en particulier est appelé le régime personnel. Ceux qui comprennent la cohérence (citée au début NDLR) définissent le régime personnel approprié par les qualités opposées à celle du lieu et des déséquilibres en cours. »

NDLR : la tradition ayurvédique est aussi beaucoup orale, donc certaines obscurités des textes ne peuvent être comprises ou dépassées sans l'explication d'une personne qui a réellement fait l'expérience des fondements ou en a reçu l'enseignement approprié.
Ailleurs, je parlerai aussi de la différence entre les femmes et les hommes, les riches et les pauvres, très perceptible dans ce texte, écrit à une époque où la tradition s'infléchissait déjà.

Ces textes sont mystérieux et on y pénètre avec du temps à mesure que la conscience s'éclaire. Tout n'est pas donné. Comme des koans ou de la poésie, des noeuds apparaissent, qui ne peuvent être défaits par le raisonnement, seulement par l'expérience et la conscience. Et c'est tant mieux! C'est beaucoup plus drôle!
Il s'y mêle aussi des traces d'une culture qui avait quitté la connaissance non-duelle des tantras pour aller vers la morale et la discipline qui permirent la domination brahmanique et la soumission des femmes. Ca, c'est moins drôle...ou encore plus: il faut ré-inventer les textes! Et c'est ce que je m'attache à faire dans les livres que je prépare sur les saisons.
Si quelqu'un voit une erreur dans la traduction, je lui serai vraiment reconnaissante de me la montrer.