Pluie d'étoiles filantesDans les cieux de nos nuits, avec l'entrée de la Terre dans le nuage des Perséides, les étoiles filantes tombent comme des larmes, comme les graines des ombellifères ou le grain des épis mûrs, un "grain" qu'on trouve aussi dans les vents qui se lèvent ("le baromètre descend, il faut s'attendre à un gros grain"), et parfois dans nos têtes folles emportées par les souffles de fin d'été ("celui-là, il a un grain!"), tandis que tournoient les soleils fous des benoîtes comme les soleils de Van Gogh.
C'est la fin d'une période, l'atmosphère de la Terre change, le vent se lève et les orages annonciateurs du retour de la fraîcheur déversent leur mousson. Peut-être pas encore cette année... mais la corrosion est là. C'est le moment de se désaltérer au verjus, qui peut être réalisé avec d'autres fruits verts comme la grenade. Leur astringence refermera les ouvertures, leur acidité stimulera les sucs, et le fruit que nous sommes aussi mûrira son sucre et son éternelle jeunesse à l'abri de sa peau, à travers les variations de l'atmosphère. On peut aussi, si le sentiment de frâicheur est fort, ou si le matin est lourd, consommer modérément, à raison d'une ou deux cuillerées à soupe, du vin vieux, des hypocras miellés, des vins tanniques ou infusés de racines astringentes comme l'herbe-à-la-rate, qui soutiendront le feu digestif.
Benoîte de montagne Les 4 semences chaudes (cumin, carvi, anis, fenouil) chasseront les souffles qui s'élèvent, par exemple consommées à raison d'une demi-cuillerée à café avec un peu de sucre après les repas; et les 4 fleurs pectorales de saison (bouillon-blanc, mauve, guimauve, coquelicot, rose trémière éventuellement) adouciront les passages, facilitant l'expectoration. Après les bouillies de céréales nouvelles sucées sur les épis, et les orgeats des grandes chaleurs, on peut avoir besoin de se rassembler en consommant des céréales complètes, des légumineuses nouvelles comme dans la soupe au pistou, des fromages secs, et des grillades de légumes. Aux concombres et courgettes frais de juillet succèdent les solanacées (tomate, aubergine poivron) et d'autres cucurbitacées, les premières de celles qui se garderont longtemps: pâtissons, courge... On peut même avoir envie de jeûner sans graisse ni sucre ni produit animal, comme on le faisait les 14 jours précédant la fête de l'Assomption ou de la Dormition, le 15 août: comme la vigueur des plantes sous le soleil, la Vierge monte au Ciel.
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Ce temps où la végétation entame sa redescente: les grains montés vers le ciel, les ombelles, les fruits, les premières feuilles mortes, la jolie marée verte des prairies maintenant asséchée..., et où le figuier se met en pause, c'est le temps de l'humanité et du retour au coeur après les folles envolées du solstice, dans la quiétude des récoltes engrangées pour l'année, avant que ne s'épanouissent à nouveau les verdures des plantes remontantes sous la pluie, quand les souffles accumulés par la sécheresse et la chaleur se seront apaisés.
Cascade dans le Queyras Cette année, Mars entre bientôt, après une période de rétrogradation (jusqu'à fin juin), dans le Sagittaire, en signe de feu. Il rejoindra Saturne fin août puis formera à la mi-septembre un trigone avec Uranus. Les obstacles et les ralentissements des derniers mois vont brusquement se relâcher, laissant libre cours à l'action individuelle. C'est le moment d'oser... La Rentrée promet d'être agitée.
Dans les soubresauts qui agitent notre monde en changement, particulièrement cet été, il est plus que jamais mis en lumière la préciosité de chaque instant, l'importance de l'union, avec le moment présent, avec l'Autre, et avec cet Autre qui est moi et l'Univers tout entier. La tentation est forte de ne plus voir que ce bout-là de la lorgnette, celui de la peur, des troubles et des larmes, en oubliant la vie, tout le reste de la vie qui s'accomplit dans la grâce. Les deux sont des cadeaux: ce qui nous réveille de notre confort artificiel aux pieds d'argile, et ce qui participe de la grâce inaltérable de chaque instant.

Les nuages s'accumulent dans le ciel comme les humeurs dans le corps, à un moment de l'année où notre capacité à transformer, notre feu digestif, est au plus bas avec la chaleur. Avant que les pluies ne tombent, ou s'il fait frais, on peut s'alléger beaucoup en se frictionnant le corps une fois par semaine au gant de crin ou de hammam, avant de prendre une douche fraîche et de compléter avec un peu de crème: cela fera disparaître la sensation de "rouille" au matin, les tensions intérieures et l'éventuelle frilosité. Quand les nuages relâcheront leur pluie, les doshas satureront le corps, et le processus d'élimination sera favorisé par les substances acides de saison, comme le verjus et les prunes, les verdures, et les aliments cités plus haut.