Fleur d'Angelica sylvestrisQuelques jours avant, les yeux étaient inhabituellement irrités et les souffles très hauts chez mes amis parisiens croisés dans le métro. Puis, ce fut la pluie, celle qui lave d'abord; celle qu'accompagne la saturation des doshas dans le corps ensuite, qui permet le relâchement; puis celle qui pousse vers le haut, comme une plante annuelle gigantifiée par l'excès d'eau, et dont la vie se réfugierait dans les hauteurs et les souterrains, amenuisant les forces du coeur.
On peut se sentir lavé de son courage, la respiration un peu lourde, le coeur un peu faible pour digérer autant de pluie, dans un contexte social tendu, au milieu des embouteillages et des grincements: laisser avec Angelica archangelicaconfiance son âme à la dérive trouver le chemin du palais de cristal intérieur, là où rayonnent les souvenirs précieux et où résonne le sens, trop content d'y renaître à soi par la magie du chaos pluvieux.
On peut aussi boire un peu de vin vieux, éventuellement chaud et miellé, qui fait monter la joie, se faire masser à l'huile pour nourrir ce qui est délavé et se rappeler à sa forme formante en chassant les souffles en excès, se rapprocher du chou perpétuel, et de l'angélique qui sait illuminer et rayonner les pieds dans l'eau, se nourrir de plats abondants, parfumés et nourrissants, prendre des bains tièdes, infusés de quelques herbes choisies dans le jardin ou d'un petit sachet de flocons d'avoine qui fera la peau douce... Roseaux? Non, plantain, très grandou, si on a quelques lourdeurs à éliminer, profiter de cette période de dilution pour faire le ménage à grandes eaux, intérieur et extérieur, par exemple avec une cuillerée à café de poudre de "triphala" le soir dans un verre d'eau chaude, ou avec une bonne collection de brosses pour nettoyer les recoins de la maison... ou se jeter dans le courant, nager dans la tendresse omniprésente de l'eau tiède et de nos frères humains heureux d'être bousculés de leurs attachements, goûter la saveur particulièrement riche et intense du moment, révélée par l'eau, et la joie du chaos qui déjoue la rigueur, se nourrir de toutes ces contradictions ambiantes et en raviver notre flamme intérieure.