Ombelle de sureauAvec le grand trigone qui se forme au début du mois dans les signes de terre, ce mois de mai, après les soubresauts et les cahots d'avril, marque une période de régénération profonde, de proximité avec les sens et la présence au corps, et de guérison. Mars étant en rétrogradation pour quelques temps, il est possible que les éclosions et la chaleur soient cependant timides encore quelques temps.
L'Ascension de ce jeudi, 40 jours après Pâques, suit les Rogations, ce rite datant de St Mamert (au Vème siècle), faisant suite aux Robigalia des Romains, elles-même suites des fêtes de Beltaine celtes : alors que la Terre traverse le nuage des Eta aquarides (particulièrement observable sous forme d'étoiles filantes aux premières heures du matin du 7 mai, lors de la nouvelle lune), l'atmosphère se modifie.Aspérule odorante Pour protéger les bêtes et les récoltes de la « rouille », des processions avec torches enflammées faisaient le tour des prés, des champs, et des cultures, tandis que les hommes pratiquaient un jeûne assoupli pour les deux premières semaines du mois de Marie, avant de tourner leurs yeux vers le Ciel pour l'Ascension. Si on n'a pas jeûné, si on ne s'est pas engagé dans quelques travaux physiques, un peu de triphala par exemple, la poudre des 3 fruits (magasins indiens ou commande), aidera à ouvrir la voie, à libérer la gorge,et à alléger le corps: une cuillerée à café dans un verre d'eau chaude juste avant de dormir.

La plante de la situation, c'est le sureau. En infusion ou en soupe, les fleurs écrasées ou réhydratées dans du lait tiède, le soir, il ensemencera nos lourdeurs de pureté, et nous aidera à éclore à la lumière, effaçant les rigidités nées de ces dernières semaines de secousses, et nous amenant à notre point de rosée. En infusion que l'on fait couler dans les yeux, à température ambiante, sa fleur a aussi la réputation de soigner les irritations oculaires fréquentes en ce moment. Ses jeunes pousses ébouillantées et revenues dans le beurre font une bienfaisante poêlée de verdure très appréciée en Provence. Et la petite aspérule odorante, la voie lactée des forêts, qui prend naissance dans l'humus sombre des hêtraies, nous apportera sa lumière, sa légèreté et sa joie, en infusion ou en sirop, ou dans le « Maitrank » des alsaciens, le vin de mai.Fleurs d'églantier

Car le mois des fleurs est aussi le mois des yeux. Tandis que le feu se manifeste dans les éclosions et les ouvertures, dans la Nature et en nous-même, notre lumière intérieure éclôt également à travers nos yeux. Temps privilégié pour la contemplation du ciel ou du Ciel, des nuages qui passent, des levers de soleil pas encore trop matinaux ; pour se rafraîchir les yeux dans la contemplation de la beauté à l'oeuvre dans la nature, des folles prairies ensoleillées, des visages aimés ; pour régénérer notre feu en massant nos pieds au beurre clarifié ou au baume de consoude. Une fois par semaine par temps tiède ou chaud, les femmes, en particulier, peuvent s'oindre la tête d'huile pour la journée, en s'entourant la tête d'une serviette. L'onction apaisera les souffles qui montent, rendra petit à petit leur douceur, leur volume et leur couleur à la chevelure, et contribuera à la félicité.

Fleurs de nigelle La Terre commence à déployer sa majesté nourricière. Dans les prairies, les forêts, et même les rares et précieux jardins ensauvagés de Paris : pimprenelle astringente, pousses d'achillée, herbe-à-Robert fleurie, pariétaire montée, jeunes feuilles de tilleul encore collantes, orties en majesté, feuilles de mauve, consoude et ses clochinettes bleutées, stellaire avec ses fleurs, lamier blanc, terminaisons de vesce, racines de bardane... pour notre assiette ; aromatiques comme la mélisse, l'armoise, l'angélique archangélique, les pousses de menthe, le thym, la rue en Provence, le lierre terrestre... capiteuses de mai qui viendront parfumer tisanes, liqueurs, desserts... comme la pivoine, la rose, le sureau, l'acacia, le jasmin aphrodisiaque... ; et les « uniquement » médicinales comme la chélidoine, l'aubépine, les pousses de prunelier...
Risotto d'orge aux orties et salade de feuille de primevère, de plantain, de violette, d'achillée, d'herbe-à-Robert aux fleurs de consoude, de thym et de lamier Pour accompagner la verdure, l'acidité de la rhubarbe changera du citron qui n'est plus de saison, et fera prendre l'huile en mayonnaise. Les produits laitiers aussi sont à l'honneur, ainsi que les fermentations (pâte levée, hydromel et limonades, fromage blanc...) retrouvées de l'après-Carême. Beurre avec les radis, les petits pois, la laitue ou les asperges, crème avec les premières fraises et un soupçon de poivre, Fontainebleau avec un coulis de rhubarbe, tiramisu à l'angélique ou au café, orge au lait au sirop de fleurs d'acacias (pour changer du riz au lait)... pour nourrir notre tendresse avant l'embrasement attendu de l'été et la montée aux feux de la St Jean.

Propositions de menus et recettes à suivre...