Lotus de glace sur la Loire en Février 2012Après ces quelques semaines amollies par la douceur, on sent monter enfin une tonicité, une joie, peut-être même une insensibilité au froid pour l'instant relatif, qui augurent de quelques jours, au moins, de fraîcheur très bienvenus. Le feu monte comme à la fin de l'été indien et nous pouvons avoir envie, pour passer ces deux ou trois jours d'acclimatation, de nous laver la tête; de manger beaucoup de salades avant le gel, du pesto de persil, des fruits cuits, plutôt du beurre clarifié (terrain aride) ou de la crème (terrain humide) que de l'huile, des nourritures sèches; d'élargir nos horizons en contemplant les levers et les couchers de soleil dans un ciel souvent dégagé; de nous étirer, de danser; de tout nettoyer, de jeûner, de nous extirper des boues et des décompositions...
Puis, peut-être les nourritures onctueuses nous attireront: plats de céréales et porridges, fruits cuits au four, potée de légumineuses au gras... et les pratiques physiques privilégiant la lenteur et la tenue de postures en tension, en extérieur, tandis que la joie s'épanouira, relèvera les paupières et animera les regards, et que la pureté poussinante des matins gelés ou enneigés nous insufflera une nouvelle jeunesse. Les tensions et la chaleur accumulées ces 6 derniers mois pourront se dissoudre dans la fraîcheur. L'amour qui n'avait peut-être pu s'épanouir, manquant de force, à la fin de l'année viendra éclairer notre chemin, nos projets reprendront de la vigueur, et nous aurons la concentration nécessaire, nourrie par le froid, pour leur donner forme.
 Si les changements gonflent nos abdomens, ou qu'ils nous montent à la tête, un thé bien fort ou une tisane astringente nous aideront à ne pas nous envoler et relâcher les vents en excès. Dans la perspective des médecines traditionnelles, l'"épidémie" de gastro actuelle est une réaction de nettoyage au changement de temps, pas un virus à proprement parler: le froid s'élève, et notre corps l'anticipe en élevant notre capacité de transformation et notre chaleur interne, comme une chaudière. Si le ramonage n'a pas été fait, si des excès alimentaires ou la mollesse de la douceur ont laissé des éléments non digérés sur son chemin, la chaleur interne les conduit vers l'évacuation... et c'est bien aussi.
Pour prévenir cela, on peut jeûner si on se sent sans appétit, boire des citrons chauds ou une boisson au gingembre et citron, avoir une activité physique qui demande de brûler les suppléments (à jeûn le matin de préférence)... Cela peut aussi venir d'une irritation générale, dû à un manque d'onctuosité, de douceur, de fraîcheur interne, ce qu'une bonne tarte au citron peut soulager.
Quand l'enthousiasme redescendra, ou/et l'appétit, on pourra avoir envie de s'engager dans des pratiques physiques plus toniques pour évacuer l'excès de chaleur interne et revenir à la douceur. Ou de passer au hammam ou au sauna, de se faire masser à la farine... tandis que les yeux conserveront un temps la douceur et l'éclat paisible des moments de fraîcheur.

e Porridge aux châtaignes
Porridge inspiré du chè vietnamien et du kheer indien
Ingrédients: lait cru, boulgour, noisettes, châtaignes sèches réhydratées une nuit, raisins secs, cardamome et anis ou racine d'angélique fraîche, eau de rose, vanille ou cannelle, sucre, agar-agar.
Préparation: faire chauffer 1 tasse d'un mélange d'eau et eau de rose avec 1/2 de c. à café d'agar-agar. Laisser bouillir 2-3 mn à feu doux, y dissoudre une cuillerée à soupe de sucre blond, puis éteindre et verser dans un contenant de manière à obtenir une couche d'environ 1 cm. Quand le mélange a refroidi, mettre au frais.
Faire rôtir à sec une poignées de noisettes étalées dans une poêle ou une casserole pendant environ 10 mn (le temps qu'elles exhalent une bonne odeur), puis les placer dans un torchon qu'on replie sur elles et les frotter encore chaudes à 'intérieur du torchon. Toute la peau ne partira sans doute pas... Concasser ensuite les noisettes.
Arbre entouré de son halo sous la neige Verser un litre de lait cru et 1l d'eau dans une casserole de 3l, avec 4 c. à soupe de boulgour, une grosse poignée de châtaignes coupées en 4, la poignée de noisettes, 1 c. à soupe de raisins secs type sultanas (non acides), un petit morceau de racine d'angélique fraîche ou 1 c. à café de graines de cardamome pilées et 1/2 c. à café d'anis, et un peu de cannelle (avec l'angélique) ou de vanille (avec la cardamome): 1/2 bouchon d'extrait, ou les graines d'une gousse fendue et évidée. La vanille et la cannelle permettent de mettre moins ou pas de sucre. Laisser cuire feu doux jusqu'à épaississement léger et réduction d'1/3.
Quand le mélange a tiédi, ajouter la gelée d'eau de rose coupée en petits dés. Sucrer si on le souhaite. Servir tiède ou froid selon l'envie.
Quand? Au moment où les sucs se concentrent pour l'arrivée du froid, quand la chaleur interne monte et bouillonne, après une longue marche dans la forêt fraîche et humide, pour les nuits ensemble.