Foetus_de_5_mois.pngLes internautes français se déchaînent contre le site ivg.net, accusé de présenter l'avortement de manière peu flatteuse. Après un tour approfondi sur le site, il s'avère que c'est faux, et que ce site a le mérite de poser un acte très courageux: aller à l'encontre d'une forme de dictature de la pensée, et présenter aussi des expériences malheureuses. Je ne suis ni pour ni contre l'avortement: être pour serait aussi absurde que d'être contre, mais je suis complètement et absolument pour le droit à l'avortement librement choisi en toute connaissance des éventuelles conséquences, actuellement largement minimisées pour ne pas avoir l'air d'être du côté des anti-IVG. J'ai eu l'occasion de voir de nombreuses fois en entretien des jeunes femmes pour qui cela avait eu des conséquences désastreuses, physiquement et psychologiquement. Femme_et_lune.jpgComment croire que porter la mort dans le berceau de la vie puisse être anodin? Cet acte pris comme une victoire du féminisme, et il l'est, demande aussi une gestion plus humaine, plus féminine, qu'elle ne l'est pour l'instant, sans parti pris. Comme de nombreux tabous de la pensée binaire qui prévaut en ce moment et contribue à toutes les fractures sociales et à tous les extrémismes.
Il existe de nombreuses autres façons d'aborder une grossesse non désirée, comme d'aborder la contraception et l'accouchement, et leurs conséquences, avec respect et tendresse pour les incroyables processus en cours. Et, là encore, les sociétés traditionnelles, dont le rapport à la vie est plus fluide et moins binaire que le nôtre, peuvent nous apprendre beaucoup, pour peu qu'on s'y intéresse et qu'on sorte des récits d'épouvante sur les sorcières et les "faiseuses d'anges".

Chaque fois (rarement) que j'ouvre un magazine féminin, je tombe sur des articles ou des pubs pour des crèmes de beauté ou des anti-rides aux résultats miraculeux, sans parler des collections de visages célèbres refaits, et du point de vue de l'Ayurveda, c'est étonnant: si le visage s'affaisse et se creuse, c'est avant tout un symptôme de dépression des organes internes, donc une crème ou une huile ne peuvent que très faiblement y remédier et une opération, ou cet incroyable traitement chinois à base de coups sur le visage, n'y remédiera que temporairement.Visage_ride.jpg Un affaissement des paupières indique une faiblesse des reins par exemple, des rides autour de la bouche et sur le menton, un déséquilibre des souffles, un assèchement du colon, ou un dysfonctionnement des organes féminins, la présence de nombreuses rides pointe un manque de sucs corporels ou un excès de chaleur interne, ou l'exposition à trop de chaleur sèche... interprétations que l'on peut aussi faire en examinant les gonflements ou l'émaciation de zones du visage, la coloration, la texture... En revanche, nous avons tous déjà eu l'occasion de remarquer que telle ou telle amie tombée amoureuse semblait soudain rajeunir: comme le kama-sutra le précise, le meilleur aphrodisiaque, c'est l'amour. Deepika_Padukone__star_indienne_au_visage_plein.jpgQu'il soit destiné à un être unique ou plus universel, l'amour amène la plénitude, physique et psychologique, qui trouve son reflet dans la plénitude du visage.
Le visage est un livre ouvert des troubles de santé, effacer les symptômes de ces troubles n'efface bien sûr pas les causes. Il vaut donc mieux s'attaquer aux causes pour espérer "rajeunir"... en consultant un thérapeute approprié en médecine chinoise, ou en Ayurveda, ou une autre médecine traditionnelle. Ou en pratiquant la compassion, en tombant amoureuse...

A toutes les époques de l'année leur régime minceur, et j'ai aussi donné le mien. Dans les textes de l'Ayurveda, il est précisé que faire maigrir quelqu'un sans contribuer à raccourcir sa vie est un exercice extrêmement difficile pour un thérapeute et, comme j'adore le redire et le ré-écrire, le beurre clarifié est l'ingrédient essentiel des thérapies amaigrissantes. En consommer régulièrement, avec des aliments chauds, est non seulement un plaisir mais le moyen de fluidifier et de faire circuler tout ce qui est non-digéré dans le corps et s'accumule dans les tissus et les organes, tant que les premières fleurs n'apparaissent pas dans la nature après l'hiver, pot_de_beurre.jpgque les selles ne deviennent pas grasses ou chroniquement molles, ou que les "fleurs" des femmes ne se dérèglent pas, symptômes qu'il n'est plus approprié. Le beurre clarifié allié aux plantes amères nettoie le sang du cholestérol, allié à une plante astringente spécifique il remédie aux hémorragies utérines et aux saignements, avec la nourriture il porte les nutriments dans les tissus profonds du corps et contribue à les régénérer... Ce beau liquide transparent et doré a aussi la réputation de conférer plénitude, chance et fortune! Maigrissons à coup de beurre, quoi de plus subversif? Pour un amaigrissement important, il vaut mieux consulter un thérapeute approprié qui proposera probablement une cure en résidence. Mais maigrir, c'est-à-dire perdre des surplus non digérés, ne doit jamais faire perdre la plénitude du visage, car alors c'est la vitalité qui est "digérée".

L'un des autres méfaits de la pensée binaire est celui-ci: la séparation fondée sur des analyses statistiques normatives entre malades ou fous et bien-portants ou normaux. La séparation est-elle si claire? Et même, existe-t-elle? La maladie existe-telle vraiment? C'est une question...
Le_chapelier_fou.jpg J'ai commencé à me la poser pendant mes études de littérature comparée, lors d'un séminaire sur la folie dans la littérature, un concept culturellement récent, et absent de beaucoup d'autres cultures. Puis, en constatant que des personnes présentant des réalisations impressionnantes du point de vue du yoga (capacité de marcher des centaines de kilomètres presque sans dormir ni manger, de supporter des froids extrêmes avec aisance, d'apaiser les animaux sauvages ou les chiens de garde, aux sens sur-développés ...), dans un état transitoire de confusion, voire de violence vis-à-vis de toute contrainte, bien compréhensible, étaient considérées chez nous comme anormales donc malades mentales, et internées, rendant de ce fait la confusion non plus transitoire mais permanente, et justifiant le caractère maladif de ces réalisations. Comment l'acquisition de "super-pouvoirs" ou "siddhis", spontanés, accidentels ou consécutifs à des pratiques intensives de yoga (ou autre), pouvait être considérée autrement qu'avec dévotion, admiration ou au moins étonnement: avec condescendance. Rabelais, reste où tu es, ce siècle n'est pas pour toi!
HH_le_Gyalwang_Drukpa.jpg A ce régime, j'ai croisé dans les montagnes de l'Himalaya un certain nombre de psychotiques, marchant pieds nus dans la neige, seulement vêtus d'un pagne, s'abritant dans des anfractuosités de rocher pour dormir, à 4000 ou 5000m d'altitude. Sans aller si loin, je vois de plus en plus de jeunes, voire d'enfants, plus que sain(t)s qui présentent des "symptômes" d'une semblable "folie", rapidement écartés du système puis mis dans des institutions spécialisées aptes paraît-il à gérer leur inadaptation au monde, ce monde producteur de déchets (et peu à peu, j'ai réfléchi à la manière de les accompagner vers leur lumière).
Je me souviens encore de cet homme que je croisai un jour d'hiver en descendant des Alpilles, vêtue seulement d'un T-shirt sous les rafales de Mistral et qui crut bon de me prévenir que j'avais des problèmes de thyroïde. Et moi qui croyais que j'étais simplement en forme et que ma ballade sauvage m'avait emplie de joie et de chaleur! La maladie, ce serait donc l'anormalité.
Celle, par exemple, de mon amie qui vit depuis une décennie avec un taux de fer si bas qu'un médecin "normal" l'enverrait se faire transfuser immédiatement, ou mon autre ami qui vit avec un taux de fer si haut qu'on lui annonce sa mort depuis sa naissance (il a 81 ans maintenant...:-))).
Une autre de mes amies me raconta avoir répondu au médecin qui lui montrait l'agrandissement du "papillon" de la thyroïde pour en justifier l'ablation planifiée: "Mais, si ses ailes poussent, c'est pour s'envoler!". Oui, tout va son chemin, non?
papillon_sortant_de_sa_chrysalide.jpg Et puis il y eut aussi des cancers autour de moi. Et je fus frappée de voir la joie, presque l'exaltation, éprouvée par certains avant l'annonce du "cancer", le mot qui tue. Et il me sembla que, pour le coup, le mot tuait au milieu d'un envol, sans parler du fait que la finesse des diagnostics conduit à traiter maintenant des tumeurs de taille ridicule. Frappée aussi parfois de l'effet addictif de la chimio, au point de penser que certaines rechutes pouvaient provenir de cette addiction, de ce besoin de se brûler au feu des produits chimiques, jusqu'à oublier toute émotion, et toute tristesse. J'eus aussi des proches atteints de troubles neurologiques importants ou de maladies auto-immunes en rémission "incompréhensible" ou "miraculeuse", des erreurs de diagnostic bien sûr.
Il me semble maintenant, avec une compréhension peu à peu plus subtile de l'Ayurveda, qu'il y a la ligne droite des moyennes, des exigences de la société et des règles, qui détermine la maladie, et sépare le dit malade, indésirable, des autres (en reste-t-il?), et la courbe des cycles humains qui, comme la lune, ont leurs phases de plénitude et leurs phases d'absence, même si lors de la phase d'absence, la mort peut apparaître, mais... c'est la vie.
Estampe_de_Minotaure__de_Picasso.jpg La maladie, pourquoi ne serait-ce pas plutôt se conformer à un idéal de personnalité formaté sans lien avec notre âme, chercher à contrôler le flot de la vie pour tout plier à nos idées, ignorer les interrogations que posent le supposé "désordre" et ses symptômes comme ses cadeaux, refuser le Minotaure porteur de vie au fond de soi, couper des morceaux de son corps ou de celui des autres en voulant chasser le monstre miroir, voiler sa conscience ou celle des autres avec des drogues légales pour rentrer dans les cases de la normalité sociale...? Prendre un médicament pour la goutte au lieu d'interroger sa consommation de viande et d'alcool, des médicaments pour maigrir ou avoir une meilleure circulation au lieu de faire de l'exercice, couper sa vésicule au lieu de s'interroger sur ses désirs inassouvis, ou se débarrasser de sa thyroïde au lieu de chercher sa paix...? Un confort factice et bien vendu que je n'ai pas vu mener au bonheur. Mais cela n'a jamais été le rôle du confort... et heureusement, même ça, l'être humain est capable d'en faire une voie.
Voie_lactee.jpg Et même, pourquoi ne pas accepter de faire confiance à la Vie, sans intervenir? Que cette énergie en surplus qui se manifeste par des symptômes de désordre ne soit pas plus à craindre que le pénible déchirement de la chrysalide du papillon? Que l'équilibre inhérent à toute chose, si incroyablement complexe et beau, n'ait aucun besoin d'être restauré, mais seulement reconnu? Que le déséquilibre précède simplement un nouvel équilibre, une nouvelle forme? Et, dans ce cadre, soigner ce serait simplement tendre un miroir, sans aucun jugement, regarder comme une mère regarde son enfant.
NB: bien sûr, je ne suis pas seule à remettre en cause le concept de maladie, au moins mentale: le féminisme et le mouvement d'anti-psychiatrie l'ont également fait en leur temps, et en ont démontré l'interprétation tendancieuse; d'autres ont élargi le débat à la remise en cause de l'obligation du bonheur et de la réussite, idéal de société patriarcale et verticale, ce à quoi j'adhère pleinement.

Ta Katie t'a quitté, de Boby Lapointe
Un autre fou: Eminem, "Just loose it"