Décompositions, fermentations et enchantements
Par Florence le jeudi 8 novembre 2012, 13:02 - Lien permanent


Novembre, mort et transformation susurrées partout: par les baies toxiques à
l'éclat infernal, dans les eaux gluantes et noires, dans les lumières
enchantées, dans la boue sombre d'humus et les parfums riches, dans l'humidité
et l'ébullition des matins incertains comme la flamme frêle d'une bougie.
Mois traditionnel de curage des canaux, les nôtres aussi: les veines et les
canaux dits subtils ou méridiens. Les baies d'épine-vinette ici, les grains de
la grenade plus au sud, ravivent un appétit éventuellement défaillant,
empêchent les nausées, nettoient le sang et accompagnent salades, viandes et
céréales de leur saveur agréablement acidulée. Si les décompositions écoeurent
encore, le corps appellera les saveurs purifiantes des menthes, du romarin, de
la cardamome, du genévrier, du poivre de Setchuan... ou des textures sèches,
craquantes, croquantes, chassant la fausse impression de soif: crackers, pain
grillé ou biscotte..., et des senteurs fumées, brûlées, rôties.
La nourriture se
fait légère, en décomposition, fermentation, ébullition: textures mousseuses de
la Chantilly, de la pâte de guimauve, de la fouace, de la mique, du blini ou de
la crêpe, bulles de la bernache ou du Vouvray, fromages à moisissures.
Le dur se défait et
devient doux, voire immatériel et, une fois traversées les eaux noires, l'âme
s'émeut de la douceur et de la délicatesse soudain révélées. De même les fruits
qui ont à peine vu le gel et se sont attendris de la transpiration humide
omni-présente: le coing révèle sa chair tendre et florale, le cynorhodon sa
pulpe sucrée, la corme sa compote...Toute astringence s'est faite douceur à
l'épreuve de novembre. Le gluant, le mucilagineux apaisent les flamboiements de
la transformation. A ceux qui ne peuvent supporter l'huile ou la graisse en ce
moment, ou ceux qui sont pris par les premières inflammations, conviendra la
douceur de la mâche, de l'infusion de guimauve, de la laitue cuite, d'un
bouillon d'orge, ou aux graines de lin... ainsi que les champignons. L'état de
transformation de la manifestation souligne toute incertitude, tandis que les
brumes effacent les contours du monde et pénètrent au coeur de notre chair,
multipliant les possibles, pour notre joie ou notre inconfort...


Commentaires
Florence,
Nous nous sommes rencontrés en septembre, je suis venue chez toi le premier we je crois. J'ai beaucoup de plaisir à te lire et admirer tes photos.
J'ai un cormier dans mon jardin, je ne pensais pas pouvoir en faire de la compote, merci de me confirmer ou pas.
A très bientôt
Bonjour Nadine,
Merci de ton appréciation.
En fait, les cormes se mettent toutes seules en compotes normalement, aux premiers gels ou à l'humidité, et il faut alors vite les cueillir et en mélanger la pulpe avec un peu de miel si on veut la conserver quelques jours. Sinon, pour en faire de la compote quand elles sont encore dures, tu les passes au four, ou au congélateur...