Ca y est, c'est envoyé: un petit manuscrit sur le lait, en ces temps de bannissement. Voici un extrait, parce que la question du lait est souvent posée pendant mes cours.

« L'eau c'est la vie, le lait c'est l'âme » Proverbe Touareg*

"Choisir son lait:
Oui, pas n'importe quel lait, cela change tout. Le lait des mamans d'hommes comme celui des mamans vaches reflète leurs états, d'âme et de corps. On a vu des bébés refuser le lait d'une maman trop stressée, et il y a encore peu on se répétait des histoires de bébés morts d'avoir bu du « lait contrarié »*. Et cette tradition de faire couler du lait de son sein avant d'allaiter si une colère ou un souci sont venus perturber la plénitude du jour. Pourquoi considérer que la vache diffère de la femme en ce sens?
Donc pas de vache stressée, pressurisée par des traies excessives, gavée d'antibiotiques, cloîtrée, victimes de mammites répétées, nourrie à l'ensilage, maltraitée quotidiennement parce que perdue dans le nombre...
C'est une des raisons du culte indien des vaches: on les laisse faire ce qu'elle veulent, allaiter leur veau, aller paisiblement là où elles le souhaitent, même si elles bloquent une avenue très passante, ou un train... parce qu'elles portent le précieux nectar.
Et peut-être une des raisons des allergies réelles au lait, que j'ai vues souvent miraculeusement disparaître ou ne pas se manifester en usant d'un bon lait dans de bonnes conditions ou tout simplement avec tendresse. Parce que ce n'est peut-être pas le lait qu'il faut accuser, mais bien les dérives de son mode de production et de consommation.
Le lait, de préférence cru, doit sentir bon, une odeur d'amande, de douceur, de délicatesse... Il doit avoir une belle couleur, lumineuse, avec un éclat doré, ni bleuté ni grisé. Une goutte de lait posée sur l'ongle doit pouvoir s'y tenir, ferme et bombée, sans que l'eau du lait ne se sépare du blanc.
Boire du lait:
Le lait ne se prend pas n'importe quand ni n'importe comment. La pratique des milk-shakes ou du lait froid systématique le matin s'est développée très récemment. On savait il y a encore peu que le lait était indigeste bu de cette façon, pouvant provoquer l'accumulation de substances non digérées dans le corps, donc une certaine lourdeur de corps et d'esprit, et des infections à répétitions, ou la formation de concrétions.
Il se boit dans la région où il est produit, même si la pasteurisation nous permet d'en obtenir de tous horizons; de l'animal qui paît dans la région, chèvre, vache ou brebis; quand on en a envie, occasionnellement donc; à température du corps, coupé d'eau parce que-c'est vrai- nous ne sommes pas des veaux et qu'il vaut mieux le prendre coupé d'eau qu'écrémé; avec un petit quelque chose qui permette de mieux le digérer éventuellement: eau de fleur d'oranger, eau de rose, miel, cardamome, safran...et qui souligne si bien sa délicatesse.
Il se boit seul, en dehors des repas, parce que l'alliance d'un produit laitier et d'autres produits animaux est réputé très indigeste, de même que le lait bu avec des fruits acides, comme le lait-banane-fraise populaire dans mon enfance.
Bu ainsi, ou dans les multiples préparations qui suivent, c'est un nectar, et une panacée. Certains en font aussi leur unique aliment, comme ces yogis et ces saddhus que j'ai croisés dans les Himalayas dont le feu intérieur nécessite d'être rafraîchi et purifié quotidiennement par le lait.
Le « lait de mai » était très prisé, panacée de saison, mais pendant le carême précédant mai, aux débuts incertains du printemps, on s'abstenait complètement de lait et de produits laitiers."

  • citation trouvée dans un texte publié par l'OCHA