Le paradis c'est ici ! - le blog

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mardi 21 novembre 2017

Association "Le Paradis, c'est ici"

Toujours en attente de publication au J.O. des nouveaux statuts, bureau et siège social de l'association, nous sommes cependant heureux d'annoncer que l'association a trouvé un "terrain de jeu" où faire l'expérience des savoirs manuels, de la cueillette sauvage, de l'"agriculture sauvage"... et de beaucoup de restauration de bâtiment, à partir de savoir-faire traditionnels, à proximité relative de Paris.
C'est son trésorier actuel qui le lui fournit: un domaine de plusieurs hectares de forêt, un peu de prairie, un étang, de nombreux bâtiments... où favoriser la fécondité et la vie.
Donc, dès que ce sera possible, et au début pour les plus courageux, compte-tenu des conditions spartiates d'hébergement pour le moment, des stages y seront organisés, pour lesquels je serai en cuisine. Calendrier à suivre dans les prochaines semaines. Seuls les membres de l'association pourront y participer, pour des questions d'assurance. Le premier sera sans doute la fabrication de briques et de tuiles à partir de l'argile local, avec un maître potier.

Parallèlement, j'envisage la publication du tome 4 à 250 exemplaires, au lieu de 500, en espérant que cela permette d'avancer avec la somme déjà collectée. Il manque en effet encore 1400 € environ pour atteindre les 500 exemplaires. Les réfections nécessaires sur le domaine pour la tenue de stages et de cures seront, au début, financées par la vente des prochains tomes de "Savourer le chant des saisons", ce qui permettra à l'association de prendre des parts dans le domaine.

Il reste aussi des exemplaires du tome 1... Merci à tous de vos participations et de vos actions pour diffuser tout cela autour de vous. J'espère vous retrouver bientôt sur place, dans l'action!

Et un rapport d'expert, signalé par Luc, puisqu'il faut en passer par la science pour démontrer des évidences, sur les "bienfaits" fictifs de la chasse.

dimanche 19 novembre 2017

Pour une agriculture sauvage

La forêt de Ballan en TouraineDepuis mon plus jeune âge, je me suis toujours étonnée que personne autour de moi, à part peut-être ma grand-mère à sa façon, ne considère les végétaux et la Terre comme des êtres vivants. Je pleurerai encore longtemps mon ami le chèvrefeuille retrouvé mort au retour de vacances d'été, ce qui me laissa inconsolable pendant des semaines.
De nombreuses fois dans ma vie, j'ai fait l'expérience de la relation particulière et nourricière qui se tisse avec le règne végétal quand on envisage ses éléments comme des êtres sensibles. Heureusement maintenant, grâce à de beaux livres comme "La vie secrète des arbres", adapté en film, la pensée évolue, même s'il est dommage qu'il faille en passer par la "science" pour cela, tant c'est une expérience que chacun peut faire au quotidien.

Décomposition sur bois mort Il est donc temps d'aller un peu plus loin et d'imaginer une "agriculture" qui ne mette pas la terre et le sauvage en coupe réglée. Je l'ai pratiquée dans tous mes jardins, avec le même émerveillement renouvelé. Quand on prend soin de la terre, elle devient réellement nourricière, pour peu qu'on ré-apprenne à se nourrir de ce qui y pousse sans soin, nous conférant la vigueur du végétal spontané, parfaitement à sa place sur ce sol sous ce climat, et qui n'a besoin de nulle protection. Si "je suis ce que je mange", alors pourquoi manger des animaux domestiques et des plantes qui ont besoin de nombreux soins après des siècles de sélection pour pouvoir grandir?
Dans une forêt exploitée (quel mot horrible qui contredit aussitôt l'idée de forêt!), les ronces et les épines de toutes sortes poussent pour protéger la forêt et la formation de nouveaux arbres. Y passer le motoculteur sans arrêt, croire qu'il faut enlever le bois mort pour que de nouveaux arbres poussent, est intrigant. Surtout quand on regarde les forêts intouchées: le sol s'y éclaircit naturellement des épines autour des arbres qui grandissent quand ces "mères du bois" ont fait leur travail, et le bois mort nourrit toute une petite faune, ainsi que la terre.
Berceau de vie Comme ce paysan en Suisse qui ne décolérait pas contre le rumex envahissant son terrain régulièrement puriné et ratiboisé par les vaches: sa terre tentait simplement de rétablir un équilibre et de réagir à l'éradication de toute microbiologie sous l'acide du purin... Ou cet arboriculteur en biodynamie qui veut passer la consoude d'une parcelle au motoculteur pour la remplacer par des fruitiers, sans comprendre que la terre de cette parcelle ne s'y prête pas, malgré les traitements perfectionnés et "naturels" qu'il projette. Une terre parfaite pour la consoude, cette maman nourricière de vie, peut accueillir aussi des noyers, des sureaux, des noisetiers, même des figuiers... mais pas de pommier ou de poirier, encore moins de pêcher. Ou ce riche propriétaire qui s'obstina plusieurs années, en bordure des Alpilles, à faire croître une haie protectrice autour de son domaine, sur une ligne tellurique: les arbustes, des lauriers exotiques, ne cessèrent de se dessécher pour laisser de grandes trouées qu'il fallait sans cesse reboucher. Il aurait sans doute suffit de déplacer la haie de deux mètres, ou d'y favoriser des essences friandes de ces fractures.

Champ d'oliviers bleutés au coucher du soleil Oui, il est temps d'envisager que simplement prendre soin de la terre, la nourrir, y jeter ça et là des graines et des fruits peut-être, suivre ses lignes -ses "méridiens"-, puisse être aussi nourricier, voire beaucoup plus, que la broyer, l'asperger, la griffer, la labourer... une mise en ordre du Vivant à laquelle nous croyons devoir être astreints depuis que nous avons été, dit-on, chassés du jardin prolifique du Paradis et que nous devons gagner notre pain à la sueur de notre front, une mise en ordre qui est source de fierté tant le "Progrès" nous paraît le fruit de la brutalité.
Le Paradis, c'est ici. Il suffit de le laisser émerger avec tendresse pour se remplir de félicité.
Un article de Reporterre sur un oasis en Bretagne.

vendredi 17 novembre 2017

Prochaines cures, prochain stage, vie de l'association

Le prochain stage de cuisine aura lieu les 10 et 11 mars en Provence. Participation: 160€
A travers une mise en conscience, nos cueillettes et notre cuisine de ce WE, nous ferons l'expérience des saveurs, qualités et éléments dominants de ce mois de mars, et commencerons une approche des plantes et de la cueillette. Nous éclairerons ensuite cette expérience des textes de l'Ayurveda concernant la saison, et des traditions locales.
Informations et inscriptions: ph.hansroul@skynet.be et www.ayurveda-provence.com

Les prochaines cures auront lieu, comme d'habitude, dans un gîte isolé et confortable en moyenne montagne, en pleine nature. Participation sur entretien. 3 curistes maximum. Pour s'inscrire, me contacter au 06 62 38 09 85.
- cure des Géminides, du 10 au 17 décembre, pour que notre feu pétille au fond de l'hiver.
- cure des Quadrantides, du 1er au 7 janvier, pour bien commencer l'année, en nettoyant les trop-pleins des fêtes... et des années précédentes.
- cure des frimas, du 29 janvier au 5 février, pour ensemencer le frémissement de la vie qui s'étire vers les surfaces dans les ébullitions et les sudations.
- cure de Carême, du 2 au 9 mars, pour nous défaire de nos lourdeurs à travers les pratiques physiques.
- cure des Lyrides, du 12 au 19 avril, dans le jardin du Paradis: le moment des cueillettes sauvages et de l'exercice physique.
- cure des saints de glace, du 10 au 17 mai, pour éclaircir notre regard dans la contemplation et soigner notre tendresse avant les chaleurs de l'été.

L'association attend toujours le feu vert de la préfecture et la publication au Journal Officiel. J'en suis à mon troisième envoi de dossier... Mais je me réjouis que l'objet de l'association aille très exactement dans le sens de l'appel des 15000 scientifiques du monde. Où que l'association trouve son logis, elle s'attachera à préserver la vie sauvage sous toutes ses formes, à être auto-suffisante et à ne produire aucun déchet. Egalement, à développer une "agriculture" sauvage, plus proche du jardin du Paradis que de l'idée de gagner son pain à la sueur de son front, en utilisant force machines et techniques de contrainte ou théories compliquées.

mercredi 4 octobre 2017

Les poux, les puces, les tiques et les moustiques... ça vient aussi de l'intérieur!

Petite_fille_et_poux.jpgAvec la Rentrée, comme chaque année, fleurissent sur les panneaux publicitaires des grandes villes les campagnes pour les marques de produits anti-poux. Et c'est fou comme il y a peu de poux en vacances... Nous connaissons sans doute aussi tous une personne avec qui il est doux d'être en soirée dans un endroit humide et tiède: les moustiques semblent ne s'occuper que d'elle! Et peut-être avons-nous été piqué par une ou plusieurs tiques un jour de colère et de balade en forêt alors que ce n'était jamais arrivé avant...

Je pourrais aussi parler des puces, des guêpes et autres frelons... Dans l'Ayurveda, tout est signature. La piqûre vient là où il y a des piquants. En clair, les personnes dont le sang chauffe, "piquantes" ou "piquées", sont les cibles de ces désagréments. Ces désagréments sont des indicateurs d'un déséquilibre, d'une fracture du système immunitaire, et retrouver l'équilibre fera aussi sûrement disparaître les bestioles que le rumex sur un terrain trop agressé.

Pour les enfants, ce sang qui chauffe peut à voir avec
- le stress de la vie d'écolier actuelle, qui ne respecte pas les rythmes de l'enfant, et les confine souvent des heures durant dans un espace trop petit, trop bruyant, trop violent... mais surtout l'impossibilité d'exprimer ce stress, ou de s'exprimer tout court;
- parfois même, le fait d'être en but à l'agressivité du fort en gueule de la classe, ou à l'hostilité des autres, ou de la maîtresse (ou du maître) débordée, ou trop sévère, sans avoir trouvé une voie pour l'exprimer;
souffrance-psychologique-adolescents-stress-enfants.png - le stress des parents;
- de longues heures passées devant un écran, j'en parle souvent: de nombreuses études montrent une baisse de l'acuité visuelle, de l'intelligence discriminative, de la créativité, de la présence au corps, du Q.I., de l'expression des émotions...;
- l'absence d'activité physique. Et là je ne parle pas de sport avec des objectifs, mais de jeux libres, sans performance, sans direction, inspirés par la folle imagination des enfants, au gré de leurs méandres, et de leur propre exigence de performance. Ah les longues heures de notre enfance passées à inventer des scénarios que nous jouions, jouer à chat, grimper aux arbres, faire une dînette de plantes, ou regarder les fourmis ...
- une alimentation manquant d'équilibre, ou servie dans des conditions de stress, ou déficiente...

Bien sûr, le remède principal est le jeu dans un espace aussi ouvert que possible, remède universel des enfants. Mais aussi
enfants_jouant.jpg - la lenteur, la douceur, la compréhension, l'écoute, la tendresse, le rire
- un jeûne d'écrans
- les massages: massage-jeu, massage enveloppant du corps tout entier au ghee lavé, friction à l'eau de Cologne, au gant qui grattouille...
- une alimentation qui rafraîchit: crudités (légumes), fruits cuits, saveurs subtiles ou peu de saveur, lait, céréales qui ne fermentent pas (maïs, châtaignes, céréales rôties à sec avant cuisson)...
et, éventuellement, la consultation d'un praticien qualifié si cela se produit de manière chronique.

Le traitement anti-poux marchera peut-être, mais lui aussi fera de l'invasion des poux un évènement ennuyeux, générateur de travail harassant pour celui/celle qui fait les machines et les shampooings, au lieu d'être le départ d'une régénération, porteuse de bonheur et de conscience pour l'enfant comme pour ses parents. Et il faudra recommencer...
Sans compter que les traitements agressifs fragilisent l'équilibre, les cheveux, le cuir chevelu, les yeux... Sans doute au moins faudrait-il leur préférer une application d'huile de neem (chez les indiens, par exemple Tulsi, passage Brady à Paris), ou une dilution d'huile de cade (plus facile à trouver en Provence qu'ailleurs en France).
Ou plus simple, le remède est-il peut-être dans le désagrément, comme me l'a rappelé ma fille et ce poème de Rimbaud qu'elle aime:

Scène d'épouillage, détail d'un tableau de Jan Siberechts Les chercheuses de poux

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

dimanche 1 octobre 2017

Andropause, Ayurveda et bon sens

A l'âge où les femmes connaissent les premiers remous de la fin de fécondité physique, leLe dieu singe, Hanuman, qui aida Rama et Sita à se retrouvers hommes connaissent aussi quelques troubles... A moins d'une excellente santé, et de très bonnes raisons de prolonger sa vie et ses facultés créatrices, l'énergie du corps se replie lentement vers le divin, comme celle des adventices qui ont fructifié. Un ami m'a fait remarquer qu'en toute parité, un billet à ce sujet manquait.
Il existe un certain nombre de facteurs qui rendent l'andropause plus palpable:
- la consommation excessive d'excitants dans les années précédentes: café, thé, alcool, tabac...,
- l'absence d'activité physique, ou son excès,
- les troubles du métabolisme, comme l'hyperthyroidie, et leurs traitements,
- le stress,
- un certain nombre de médicaments, comme j'ai pu le constater, parce qu'ils bloquent le souffle du bas,
- l'excès de discipline, de rigidité, d'abstinence, ou le contraire: une sexualité frénétique,
- un excès de sécheresse, trop d'écrans, la perte d'engagement dans les humbles tâches quotidiennes...
Mais surtout, la recherche de performance, la poursuite d'un but coûte que coûte, la focalisation sur un objectif, une vision binaire du monde... Vient le temps de la sagesse, de l'acceptation nécessaire, de la contemplation, et une autre manière de rayonner.

Gardiens ailés assyriens Pour remédier aux sueurs nocturnes, à l'irritabilité, la perte de libido et la mollesse de ce qui s'érigeait fièrement autrefois:
- une vie amoureuse équilibrée avec un(e) partenaire de longue date, ce qui donne une certaine confiance. Comme pour les femmes, c'est souvent l'âge où les enfants quittent le nid et où l'énergie des parents peut se ré-investir dans la vie amoureuse. On peut avoir la tentation de rallumer la flamme avec un nouvel amour, souvent plus jeune. Cela peut faire brûler plus vite aussi...
- une plus grande proximité avec son âme, ses désirs, ses aspirations parfois mises de côté; la fin des objectifs, des performances, de l'endurance...
- le chyavanprash ou mélasse de plantes et de racines. et autres rasayana (rajeunissants) ou vajikarana (aphrodisiaques nourrissants), spécialités de l'Ayurveda, et qu'on peut fabriquer à base de plantes locales, incluant souvent des racines.
- parmi ces plantes promotrices de jus: l'épine-vinette et la griotte.
- le ghee, le plus simple des aphrodisiaques.
- les substances amères.
- le pissenlit: à toutes les époques de l'année et dans toutes ses parties.
Pissenlit - les diurétiques et les bières, avec modération, et sous la conduite d'un praticien.
- le café et la chicorée. En particulier une préparation que je vendais autrefois sur le marché Beaujardin, et que seuls les messieurs venaient spontanément acheter: un café d'orge et de chicorée torréfiées longuement et à petit feu. Et, oui, le café, avec modération, peut être, en l'absence d'orge et de chicorée, un bon stimulant du souffle du bas, à condition de ne pas déjà en avoir pris toute sa vie.
- la consommation de racines, qui permettent d'ancrer l'énergie.
- toutes les pratiques permettant de stimuler le souffle du bas et la fraîcheur: la marche, vajrasana (de même que pour les femmes), bhastrika (le soufflet) avec uddiyana bandha, la contemplation de la beauté...en particulier celle des levers et couchers de soleil: j'ai vu plusieurs de mes professeurs âgés y être très attachés.

Cela me ramène à mon vieux voisin de Provence, Jean-Marie, absent de chez lui lors de mon passage à St Rémy, parce qu'il était avec sa nouvelle petite amie. Un monsieur extrêmement respectueux de tout, qui m'a appris l'économie, celle qui ne produit pas de déchets, où tout est récupéré et transformé, et fut un précieux informateur sur les plantes, et un généreux pourvoyeur de figues fraîchement cueillies dont la saveur me manque. A 87 ans, il réparait encore des voitures anciennes avec passion et partait cueillir ses plantes médicinales dans les Alpilles chaque printemps. L'andropause n'avait pas dû avoir beaucoup de prise sur lui... Son amour des petits riens avait dû le porter au-dessus.

samedi 30 septembre 2017

Podcasts de France Bleu Touraine

Je ne les avais pas publiés ces derniers mois, mais mes petites chroniques dans l'émission d'Isabelle Dorso sur France Bleu Touraine ne se sont pas interrompues. Les voici, dans leurs limites, 3 mn pour chaque fois un grand sujet, et merci à isabelle: le 26 septembre, sur les perturbations des souffles dûes au temps et à l'actualité; le 8 septembre, une petite présentation de l'Ayurveda (2ème partie); le 1er septembre, Ayurveda (1ère partie); le 11 août, comment se rafraîchir; le 26 juillet, présentation de l'Ayurveda (pas mal, celui-là); le 12 juin, encore se rafraîchir; le 24 mai, la déprime saisonnière; le 15 mai, les graines germées, quand et pour qui?; le 21 avril, le bonheur c'est la santé (pas mal, aussi); le 11 avril, eczémas et états inflammatoires; le 7 avril, sous l'influence de Vénus; le 27 mars, fermentation et sudation (parle d'un traitement excellent); le 21 mars, quelles plantes sauvages pour nous faire du bien en ce moment; le 6 mars, comment gérer au mieux les petits maux de la saison...

vendredi 29 septembre 2017

Explosion de couleurs pour réjouir les yeux

Présent des soleils fous des dahlias du Parc Floral, aux couleurs aussi irréelles que la grande ville... et néanmoins nourrissantes.
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Ménopause, Ayurveda et simplicitié

Kali.jpgCe n'est pas toujours un moment difficile que ce passage où le feu qui nous fleurissait tous les mois nous est rendu, notre fécondité n'étant plus dédiée au monde physique. Certaines femmes rayonnent particulièrement à ce moment, tandis qu'elles éprouvent le besoin de porter des vêtements colorés et fleuris, ce qui est un premier moyen de faciliter l'expression de la flamme nouvelle qui les emplit, ravive leurs désirs et gonfle leur poitrine. Leur esprit peut également devenir plus tranchant, voire redoutable. Une nouvelle vie commence. En sanskrit, à l'adolescence, lors des fleurs chaque mois, au moment de la grossesse... et à la ménopause, on dit que les femmes "fleurissent". La fin de la fécondité est loin d'être une "maladie".
Mais il est plus courant ici que les femmes subissent de nombreux désagréments, dus à l'accumulation de chaleur dans le sang et à la remontée des souffles, le souffle du bas étant moins puissant: les fameuses bouffées de chaleur, les variations de l'humeur, voire la colère ou la dépression brûlante, la prise de poids, les ballonnements, la perte de libido...

La première question est de se demander s'il est encore temps de plier notre corps à une activité qui ne nous correspond pas: longues heures devant un écran, autre travail assis demandant la concentration en un seul point, ou au contraire activité physique endurante, longues heures debout immobile, stress quotidien, pratiques d'accumulation du feu (beaucoup de pratiques de yoga et de méditation, d'énergie interne)... Ce que nous supportions avant, quand nos fleurs faisaient le ménage tous les mois, peut devenir intolérable.C'est le temps de la liberté nécessaire, et de la reconnaissance de notre nature féminine.
Kali_2.jpg Parfois c'est aussi une période où l'activité amoureuse du couple s'est fatiguée, et pourtant l'équilibre à ce moment repose aussi sur des échanges amoureux fréquents. Ce peut être le moment de "raviver la flamme", retrouver la préciosité de la vie en couple, alors que les enfants ont quitté le nid, parce que c'est un besoin vital... et que ce feu qui monte a besoin de s'épanouir dans un coeur ouvert, que ces désirs nouveaux doivent trouver leur voie d'expression.

Puis il y a les remèdes, qui ne touchent pas à la cause, mais peuvent aider à stabiliser le corps en attendant de trouver la force de se tourner vers les causes:
- s'asseoir à genoux, les talons tournés vers le dehors, pour l'une ou l'autre de nos activités quotidiennes.
- au lieu de passer l'aspirateur, nettoyer le sol à la balayette, avec le bassin au ras du sol, comme un canard.
- masser tous les jours les chevilles, en particulier la zone située à l'extérieur, en arrière et en dessous de la malléole, dans le talon.
- les postures de yoga: l'enchaînement que je fais pratiquer en cure ou en stage quand je n'ai que des filles, depuis 2014, est destiné précisément à équilibrer le fonctionnement de la féminité. Un échauffement de kathak de longueur variable, ou taatkar (de 2 à 5 mn chaque vitesse, à l'aide d'un métronome), un échauffement articulaire, surya namaskar (la salutation au soleil), shashank bhujangasana (cobra en étirement), yoga mudra (la posture de l'union), gomukhasana (museau de la vache), ardha matsyendrasana (posture de méditation du yogi Matsyendra), apanasana (la posture de l'élimination), dvipada pitham (la table à deux pieds), paschimottanasana (posture d'étirement de la face postérieure du corps) éventuellement dynamique, sarvangasana (la chandelle), matsyasana (le poisson),Inanna.jpghanumanasana (grand écart), yoga nidra. Toujours à pratiquer sous la conduite d'un professeur de yoga expérimenté!
- certains pranayama sont aussi très efficaces: bhastrika avec uddiyana bandha pour disperser samana vayu, anuloma viloma pour relâcher les souffles, et la respiration de l'abeille pour évacuer ce qui s'est accumulé vers le haut et mettre tout le corps en vibrations.
- marche quotidienne, en particulier dans la nature, sans aucune recherche de performance...: les pieds sont l'organe d'action de l'élément feu. A travers le contact de notre pied sur le sol, nous évacuons ou remettons en mouvement le feu en nous. De même en frappant le sol des pieds, comme dans les taatkar (cf plus haut).
- crème pour les seins: elle permet de raffermir le sein et stimule en profondeur: traditionnellement efficace en cas de mastose et autres duretés, et légèrement aphrodisiaque. Elle se conserve très peu de temps, environ une semaine dans un petit pot fermé dont on prélève le nécessaire à l'aide d'une objet en bois. On fouette longuement environ 1 c. à soupe de ghee avec 1 c. à soupe d'eau de rose, 1/2 c. à café de graines de moutarde écrasées et 1/4 de c. à café de poudre d'écorce de grenade. A appliquer en massages les soirs solitaires (à cause de l'odeur) et laisser la nuit, ou le jour avec un soutien-gorge qui ne craint pas les tâches.
P1010560__2__-_Copie.JPG - alimentation rafraîchissante, aphrodisiaque (pour les femmes, différente de pour les hommes), régénérante, apaisante pour les souffles. Boire de l'eau chaude, si on en a l'appétit, rafraîchit les reins. La saveur astringente est particulièrement intéressante à ce moment, mais aussi la réglisse, les graines de fenouil, le ghee, les asperges, les résines, les feuilles et les fruits tanniques, l'avoine, l'orge, le maïs, l'agar-agar, le raisin, les tiramisu et autres préparations onctueuses et digestes... sous la conduite d'un praticien expérimenté ou de notre appétit. Donc pas d'alcool, d'excitants de type café, de sucre de canne ou de betterave (mais oui aux autres sucrants), de grignotages... et, encore une fois, manger quand on a faim et ce dont on a envie, profondément.
- une cure, en particulier à l'automne, au moment du rougeoiement, peut être très efficace pour remettre les souffles en place en quelques jours, en évacuant le trop-plein de feu stagnant.
- l'eau est un grand allié des femmes. Au hammam, en bains, sous la cascade ou dans la rivière, en douches fraîches alternant avec le chaud, en onction de la tête ou des chevilles selon la saison... pour favoriser la manifestation de ce feu vers l'extérieur et le faire circuler. L'exposition au soleil pendant l'été a l'effet inverse, mais pas au printemps ni en automne si on est en mouvement.
- la contemplation de l'horizon et de l'espace, pour dissoudre ce feu dans l'espace infini et en nourrir la matrice. Une pratique simple qui peut être alliée à la marche, ou à la contemplation des nuages dans le ciel.
- un praticien peut également, entre autres traitements, stimuler des points d'énergie ou marmas, ou y appliquer des ventouses, des cataplasmes...

Une seule de ces pratiques peut suffire si elle correspond à la nature de la patiente. Il est donc toujours préférable de consulter le praticien approprié.

jeudi 28 septembre 2017

Enflammement et célébrations de Durga

DurgaChaque année, quand je sens à l'automne l'inflammation qui monte, quand la couleur rouge devient dominante dans mes vêtements, quand le besoin de pureté me saisit, mes pensées errent vers l'Inde et les célébrations de Durga. Et quand les feuilles des arbres rougissent soudain, ou que j'ai tout d'un coup besoin de tout nettoyer dans la maison, je sais, sans pouvoir l'expliquer, qu'en Inde les Navratri ont commencé et que la grande fête de la victoire du Bien sur le Mal, Dussehra, suit bientôt.
C'est encore le cas cette année: les Navratri ont commencé le 21 septembre, à la nouvelle lune, pour s'achever avec Dussehra le 30, en même temps que Yom Kippour cette année. Et dans la nature, les premiers rougeoiements ont enflammé les arbres. A la prochaine nouvelle lune, le 19, Durgaon célèbrera la terrible Kali, à qui sont offerts les sanglants produits de la chasse et des sacrifices d'animaux. Un mois de rouge, de mort, de purification et de fêtes bondissantes(à partir de la 18ème seconde), au moment d'entrer dans la nuit de l'année, et sa nature féminine.
A cette période, on ne consomme pas de céréales, rien de ce qui peut chauffer et provoquer des éclats à l'extérieur (donc pas d'ail, oignon, gingembre...), évidemment pas de viande puisque les hindous sont végétariens, pas d'alcool également... mais beaucoup de préparations, variant suivant les régions et les familles, qui ont une seule chose en commun: l'apaisement de l'inflammation. Fruits cuits, légumes crus, boulghour, verdures, légumineuses, pâtisseries au lait...Eau lustrale en cours de fabricationC'est le moment de tout ce qui rougit: la grenade, la mélasse de coings, le safran, l'épine-vinette... et de ce qui fleurit: les guirlandes, les salades, les tisanes, les dessins... de fleurs peuvent aussi nous soulager, de pair avec la fraîcheur des perles, et nous permettre de manifester ce feu dans l'éclat de nos yeux et de notre teint.
Il est possible que, vous aussi, vous ayez soudain envie de nettoyer la maison dans ses moindres recoins, de la décorer, d'y mettre de nouveaux objets ou d'en rafraîchir l'apparence, de vous vêtir de vêtements neufs, éclatants, peut-être blancs, ou rouges, après avoir passé du temps à prendre soin de vous, par exemple au hammam, où exsuder les poussières de vos recoins.
Il est possible que vous sentiez monter le rouge à vos joues, et l'amour à votre coeur, devant les couchers de soleil, ou les levers, bientôt teintés des étranges couleurs laissées par le passage de la Terre dans les Draconides puis les Orionides; que vous ayez besoin d'espace infini,celui du ciel de jour comme de nuit, et de l'horizon où poser son regard, au point de délaisser les lumières artificielles des écrans et des villes pour poursuivre le miroitement de la lumière sur l'eau et les feuilles, ou les étoiles le soir, fixes et filantes: Erable près de Reugnypeu lumineuses et peu nombreuses cette année, celles des Draconides du 6 au 10 octobre, plutôt en début de soirée, mais aussi le pic des Taurides le 10 octobre, très lumineuses, puis les Orionides, plus près de 30/h, avec un pic le 21 octobre.
Evidemment, c'est le moment, quand il fera soleil, pour l'eau lustrale: fraîche, exposée à la lumière du soleil et de la lune pendant plusieurs jours, elle est très purifiante et rafraîchissante et ... ne coûte rien! Autre allié de la fraîcheur, le ghee, dont c'est la saison. Allié à des plantes amères, il pacifie nos humeurs du moment, relâche nos crispations et nourrit notre éclat.
Les pratiques plus médicinales incluent la purgation, pour relâcher un peu de ce rouge, et les saignées, pratiquées sur des points précis. Parfois le corps se purge seul des trop-pleins, et c'est bon signe, sauf si cela devient chronique.

mardi 26 septembre 2017

Réflexions sur la thyroïde et ses "problèmes"

Avant toute chose, dans la perspective de l'Ayurveda, on traite une personne, pas une "maladie". Il est donc essentiel de traiter la cause, et non le symptôme d'un déséquilibre. Or, si la thyroïde fonctionne mal, il s'agit d'un problème de métabolisme, un déséquilibre des "souffles", dont les causes peuvent être extrêmement variées. Il paraît donc d'autant plus aberrant de vouloir les traiter avec un médicament dont les effets secondaires incluent l'addiction. Ou de préconiser tel ou tel traitement sans être remonté à la cause du déséquilibre. Parmi elles, on peut placer:
Chyavanprash de chez nous (pas tout à fait assez cuit cependant) - toute forme d'instabilité: du climat, du lieu où nous résidons, affective... par exemple trop de déplacements, en particulier avec changement de climat; une vie affective marquée par de nombreuses ruptures et/ou conflits, amicales, familiales ou amoureuses...
- la station prolongée et quotidienne devant un écran: télévision, ordinateur, téléphone...,
- l'absence d'activité physique, qui va souvent avec,
- l'usage quotidien de stimulants divers tels que le café, le thé, le chocolat, le piment, l'alcool...
- le stress: celui de la grande ville, où nous sommes environnés de bruit, de mouvement incessant, de stimulations très puissantes des sens...; celui du travail, où nos rythmes personnels n'ont parfois pas de place, avec par exemple les commandes vocales chez Lidl (cf "Cash investigation"), les cadences imposées, les politiques managériales par la terreur...; celui de notre siècle, qui l'a inventé...,
- les causes organiques: sensibilité ou intolérance à l'omniprésence des ondes, des polluants... mais elles sont elles-mêmes aussi le symptôme d'un déséquilibre.
Devant l'augmentation de fréquence de ce diagnostic, on peut se demander pourquoi les pouvoirs publics ne réagissent pas et pourquoi nous ne remettons pas en cause notre mode de vie, au lieu de continuer tête baissée à poursuivre nos chimères comme le lapin d'Alice.
Voici, en attendant de consulter un thérapeute approprié, qui recherchera la cause du déséquilibre, quelques éléments qui peuvent permettre de réguler les souffles en cause:
- le plus simple: le chyavanprash, cette mélasse ayurvédique, dont la recette se trouve dans le tome1, avec des plantes locales. J'ai constaté souvent à quel point ses effets étaient puissants dans ce cas. 1 c. à café avant les repas, 2x/ jour. Si vous ne pouvez la fabriquer, on peut en commander sur internet, de préférence de la marque Arya Vaidya Sala (charitable trust), par exemple à la Boutique Bio. Les baies d'épine-vinette nécessaires à sa fabrication peuvent être commandées chez Eskan, ainsi que d'autres merveilles, comme les pistaches fraîches ou les cuirs de fruits.
- le pranayama: certaines techniques de pranayama sont particulièrement adaptées: anuloma viloma, murcha, bhastrika... Et le yoga nidra tant que la sensation de pression n'est pas trop forte.
Resized_20170922_111508.jpg - une activité physique modérée et tonique, de préférence ludique: danser, aller au travail d'un bon pas, sauter, frapper le sol des pieds, monter (surtout) et descendre les escaliers en sautillant... Le taï chi, et tous les arts martiaux pratiqués de façon traditionnelle. Le hammam, quand les différences de température entre la nuit et le jour sont fortes, avec gommage au gant.
- certaines postures de yoga: suryanamaskar (salutation au soleil), matsyasana (poisson), padma sarvangasana (chandelle en lotus) et sarvangasana (chandelle), yoga mudra (feuille morte), entre autres... mais tous les étirements pratiqués sur le souffle sont bons.
- le plus compliqué à Paris: une vie stable, avec des horaires de lever et de repas stables,
- et, évidemment, une vie amoureuse incarnée, le partage de la tendresse de nos proches, la lenteur, l'espace, la conscience de la douceur d'habiter ce corps, la contemplation du temps qui passe, des nuages dans le ciel, des étoiles la nuit, des levers et des couchers de soleil, du silence du petit matin...
D'ailleurs, "traiter" n'est pas toujours la solution. La maladie ou le déséquilibre sont aussi des chances, celles d'être poussés vers notre destin, vers notre vocation, ultime mais aussi quotidienne, de nous rapprocher de notre âme par nécessité. Ou, ce sont des processus naturels dans la cadre d'une transformation plus profonde, et il faut peut-être laisser faire...

lundi 25 septembre 2017

Le coing, recettes

_1010502_-_Copie.JPGAu printemps, le cognassier donne au sein de ses feuilles veloutées d'un vert amandes des fleurs d'un rose délicat aux pétales fragiles. Sans soin aucun, elles auront laissé place à l'automne à de gros fruits verts puis jaunes d'or à maturité, très odorants, dont le poids fait parfois ployer les branches. Le cognassier n'est pas originaire de nos régions mais plutôt du Caucase. Robuste, il s'est naturalisé surtout autour de la Méditerranée et, peut-être grâce à des cultivars plus résistants au froid, il est remonté vers le Nord.
Qui croirait en le voyant porter fièrement ses lourds fruits dorés dans les champs de Normandie à la fin de l'automne, ou angéliquement couvert de fleurs roses au printemps, qu'il n'est pas originaire de notre terre? Il y grandit en tout cas sans effort.
Il fait partie de ces fruits d'automne à la saveur à la fois bien astringente et plus sucrée après les gelées, aux vertus adoucissantes, comme les précieuses cormes, nèfles, arbouses... qui régulent nos transits enflammés par la beauté et les clairs-obscurs de l'été indien et ravivent notre appétit défaillant, en nous communiquant leur vigueur. photo_9bis_-_Copie.JPGParfois consommé comme un légume, cuit en pâte, en mélasse, en gelée, en soupe, en potée... il est l'artisan d'une magie toute particulière et inspirante: sa ferme douceur acidulée peut convertir les graisses en crème aux usages tant culinaires que médicinaux, comme dans la recette de potée aux coings (tome 1 de "Savourer le chant des saisons"). Il était révéré par les anciens grecs, offrande favorite des Dieux et, aphrodisiaque féminin, un des attributs de la déesse Aphrodite: pommes d'or des Hespérides, et de la discorde, offrandes de Pâris à la plus belle, premier des évènements qui mèneront à la guerre de Troie.
Fleur de coing en avril Voici quelques recettes afin de profiter d'une récolte toujours abondante, sans l'étouffer dans le sucre:
- une fois récolté, de préférence sur la branche, on le pose sur des claies en évitant les chocs. Il ne se gardera pas passé Noël...On peut aussi le couper en tranches et le plonger dans le miel si on dispose d'une récolte abondante. Il y communiquera son parfum et ses propriétés au miel, qui en prendra la douceur.
- si vous appréciez son parfum, dont l'astringence entêtante incommode parfois, il fait merveille dans les placards pour communiquer sa senteur florale au linge et éloigner les mites. Sinon, posé dans une coupe, il embaumera la pièce, mieux qu'un parfum synthétique. A tenir éloigné des autres fruits cependant: son astringence excite la fermentation.
- moi, j'adore la mélasse de coings, ou coignarde. Cela fait deux ans que je n'avais pu en faire mais, grâce à un généreux ami tourangeau, j'en ai réalisé à nouveau en plein Paris avant-hier. Pour cela, comme le birnel, on peut soit passer les coings, une fois leur duvet frotté au torchon, à la centrifugeuse, s'ils sont bien mûrs et un peu juteux (pour une astringence plus prononcée), soit les cuire coupés en quartiers (plus de douceur et de pectine, et une très belle couleur), ni épluchés ni épépinés, en les couvrant d'eau. Ensuite, on laisse réduire le jus débarrassé des éventuels morceaux, à feu fort, jusqu'à réduction au 1/6 à peu près, c'est-à-dire jusqu'au point où une goutte versée sur une assiette devient rapidement collante. Cette mélasse à la belle couleur sang, dont l'astringence persiste légèrement sous la douceur, est délicieuse sur du fromage blanc, avec un fromage en sandwich, dans une soupe, dans une potée de légumineuses, à la cuillère, dans une tarte... et en remplacement de la triste tomate omniprésente.
Mélasse de coing - pour moi, la meilleure méthode de pâte de coing, ou cotignac est la suivante: on cuit les coings dans leur peau au four ou sous la cendre, environ 3/4h à four moyen. Puis on les épluche et on ôte le "gravier" avec les pépins, on les écrase à la fourchette, et on les passe au chinois. Après avoir clarifié du miel, c'est-à-dire l'avoir écumé après l'avoir chauffé à feu doux, on le mêle aux coings, 1 part de miel pour 3 à 4 parts de coings, et on tourne jusqu'à ce que la pâte se décolle de la casserole. On peut ajouter un peu de cannelle et de girofle si on souhaite. Il faut ensuite le laisser "sécher" 24 à 48h dans un endroit sec, idéalement exposé au vent du Nord, avant de découper et conserver dans des boîtes en fer-blanc, entouré de papier gras ou saupoudré de sucre. Délicieux remède aux transits rapides du moment.
- si les grains n'ont pas été cuits, on peut en faire bouillir une cuillerée à café dans une tasse d'eau. Cette gelée a servi de gomina, et me permet de rafraîchir, quand j'y pense, mes bouclettes aplaties par les matins frais. Cette gelée est également un bon remède en cas de toux sèche, de diarrhée avec irritation, de bronchite, de cystite, d'émotions brûlantes, d'angine... toutes inflammations dont nous accompagnons parfois l'enflammement des arbres.
- en 2014, j'avais préparé du vin de coings en mêlant 1 part de miel, 1 part de suc de coings et 3 parts d'eau. Le résultat fut un nectar, qui finit cependant, en l'absence de lieu de conservation correct, par devenir du vinaigre. J'ai gardé longtemps ce vinaigre rose, au goût onctueux de fleur, pour aromatiser avec parcimonie des salades d'exception.
- une autre recette à boire: un coing râpé dans une bouteille d'eau-de-vie, avec un bâton de cannelle, mis au soleil pendant 21 jours. On obtient une liqueur rose que l'on sucre avec du miel ou du sucre, éventuellement relevée de coriandre, de girofle et de cannelle, et qui tourne rapidement la tête à moins d'y jeter quelques amandes amères ou un peu d'extrait d'amande amère.
- une fois cuit, il soulignera le parfum d'une tarte aux pommes, d'un chausson, d'un crumble ou d'une compote si on l'y mêle. Quelques dés dans une salade au céleri rave ou "céleri rémoulade" le rendront émouvant d'équilibre entre les textures (comme dans une recette du tome 1). Quelques tranches de coing cuit au four arrosé de miel accompagneront une glace maison (romarin, roquette, cresson...), à moins que ce ne soit l'inverse.
- coing confit au vin: on coupe le coing en tranches, on met les pépins dans un nouet, et on cuit le tout en couvrant d'un bon vin rouge, ou de moût (jus frais de raisin), qu'on laisse réduire. On sucre au miel quand la préparation est tiède. A souligner éventuellement d'un trait d'eau de rose où des pistils de safran auront rendu leur arôme.
- crème de coing: le coing se marie très bien au potiron, ou aux poireaux comme en Europe de l'Est pour des soupes reconstituantes de soir d'automne. Par exemple comme ceci: faire fondre à feu moyen deux poireaux en lamelles dans du ghee. Ajouter un beau coing coupé en tranches fines et 1 l de bouillon de légumes ou de poulet. Laisser frémir 1/4h. Saler, poivrer. On peut relever au poivre de sichuan, ou avec quelques graines de fenouil frais cueillies dans le jardin, ou quelques baies roses. Un peu de fromage sec ou à pâte dure râpé lui donnera une saveur plus terrestre.
- brioche au coing et à la rose, recette de "S'cuiz in" très légèrement modifiée : la veille, délayer 10g de levure boulangère dans 4 c. à soupe de lait tiède. Ajouter le mélange à 275g de farine T55 mêlée à 20g de sucre et une pincée de sel. Ajouter petit à petit 2 c. à soupe d'eau de fleurs d'oranger, puis deux oeufs entiers et un jaune. Ajouter 150g de beurre mou et pétrir jusqu'à obtenir la texture appropriée. Placer dans un endroit tiède et humide à l'abri des courants d'air, par exemple le four chauffé puis éteint avec le lèche-frite rempli d'eau. Attendre que la pâte double de volume. Puis la mettre au frais pour la nuit.
Rabattre et étaler la pâte uniformément en rectangle. Découper des bandes régulières d'une taille légèrement inférieure à la taille du moule avec couvercle que vous allez utiliser. Rouler une tranche de coing de même hauteur dans chaque bande, puis placer les rouleaux dans le moule de façon à occuper tout l'espace. Délayer 3/4 de tasse de miel rozat ou de sirop de rose maison (eau de rose et sucre) avec le même volume d'eau et remplir une partie du moule où sont les rouleaux. Mettre à four moyen. Quand la pâte monte jusqu'aux bords, couvrir d'une feuille de papier cuisson et d'un couvercle. Vérifier la cuisson et terminer sans couvercle pour laisser colorer. Déguster tiède, avec une chantilly non sucrée, un jour de pluie ou de tristesse, de grande balade en forêt dans les tapis de feuilles, pour un goûter d'enfants aux joues rose vif...
- tatin de coings: cuire les coings au four dans leur peau. Les éplucher, couper en tranches épaisses et disposer au fond d'un moule à tarte généreusement beurré au ghee. Faire un sirop avec du sucre et de l'eau safranée aromatisée de deux clous de girofle. Arroser les tranches de coings, sans excès. Couvrir de pâte feuilletée. Mettre à four moyen. Finir la cuisson en retournant la tatin. Servir avec une chantilly non sucrée.

mercredi 6 septembre 2017

Le temps de la lourdeur et du doute

Ouragan destructeur ou Voie Lactée terrestreLe séisme le plus important depuis 30 ans, l'éruption solaire la plus forte depuis 12 ans, Irma l'ouragan le plus puissant jamais enregistré dans l'Atlantique... et Harvey, José, Katia...l'astéroïde Florence au plus près de la Terre, Pluton toujours rétrograde (jusqu'au 29 septembre)... C'est peu de dire, ces derniers jours, que l'humanité est ébranlée. Même nous qui sommes en apparence si loin du déchaînement des éléments. Nos racines n'étaient déjà pas si vigoureuses, avec cet été en montagnes russes de canicules, même si les pluies d'été ont bien commencé avec les Perséides cette année, mais violentes, soudaines, ruisselant parfois sur la terre sèche sans la nourrir.
Comme les évènements qui se succèdent dans le monde des hommes, la Terre nous bouscule. Comme les bâtiments, les certitudes, les vieux systèmes, les piliers... vacillent de plus en plus. Ce qui semblait impossible il y a peu continue de devenir possible. Un Renouveau, une Renaissance...après le chaos. Quand la voie de la raison et du contrôle aura failli à nous protéger des soubresauts de la Terre, et de nos âmes si intimement liées à elle. La rétrogradation de Pluton, depuis le 20 avril, nous met en face de ce qui refuse d'évoluer, de cette part sombre qui est à la fois notre réserve, notre sauvagerie, notre secret, notre pouvoir et notre obscurantisme, au niveau collectif comme individuel. Cela alimente tous les doutes, mais renforce un chemin secret, inexprimable et impossible à influencer. Surtout que Neptune, qui nous ouvre au collectif, à ses vagues de lumière comme à ses sombres remous, et Uranus, qui nous ouvre la voie héroïque, l'exigence d'indépendance et de liberté, et l'extrémisme, sont également rétrogrades.
Azuré du serpolet sur fruits de carotte sauvage On peut envisager de se nourrir d'aliments roboratifs et apaisants, de se terrer dans son logis ou son confort, épuisé par le trop-plein de la Rentrée, et nos propres effondrements. On peut aussi faire comme les premiers arbres qui perdent leurs feuilles et donner, se dévêtir, se démunir, faire table rase des ruines, s'ouvrir aux vents des changements et aux pluies, sans craindre de chevaucher le chaos, parce qu'il sera suivi inévitablement de ciel bleu et pur, et d'un nouveau soleil, parce qu'il dénude enfin notre âme et qu'elle y retrouve sa flamme.
En allant vers l'équinoxe, ce moment si particulier de redescente, d'entrée dans le crépuscule de l'année, à mi-chemin entre ombre et lumière: dans la nostalgie de ce qui naît, éclaire, fleurit et fructifie... et l'appréciation du retrait, du dépouillement, du retour vers notre très-bas, notre richesse et notre vérité, là où les habitants de notre coeur sont tout-puissants.
Rose trémière Pour prendre soin de ceux qui nous entourent, on peut cependant:
- frictionner leur peau à l'eau de Cologne et les rappeler à leur enveloppe charnelle en la redessinant à travers les massages
- préparer des soupes de légumes onctueuses et piquantes, pour apaiser les souffles et chasser les grognons, par exemple une soupe aigre-douce de haricots frais aux pruneaux et au verjus...
- alterner le chaud et le froid dans la douche du matin, après avoir fait le vide des intestins
- distribuer des tchaï, le remède universel des Indiens: un thé noir bouilli, infusé de gingembre frais, cardamome, cannelle et clou de girofle, et coupé de lait, végétal ou non, sucré à la réglisse si on peut; boire des jus de carotte-gingembre, de raisins, de pommes, frais, dont la douceur et l'astringence apaisent aussi les souffles du moment
- faire couler lentement de l'eau tiède sur la partie supérieure de la tête pendant quelques minutes, le matin de préférence, ou oindre le sommet de la tête d'un peu d'huile mise sur le bout des doigts
- faire de grandes marches en se laissant porter par le vent qui souffle et qui appelle le mouvement et l'audace
- et, comme d'habitude, partager la tendresse et l'amour que nous inspirent les habitants de notre coeur, à travers les humbles gestes du quotidien, le meilleur des remèdes.Colchique dans les prés... c'est la fin de l'été

Propositions de menus
Petits déjeûners: bsissa cuite au lait, infusion de calament; tchaï à la réglisse et l'angélique fraîche, bradj ou gâteau de semoule; une cuillerée de rinquinquin, pain grillé, beurre clarifié et za'atar ou mélange "sauvage", gelée de sureau et compote de reine-claude; poires confites au gingembre (recette dans mon livre), clafoutis aux baies d'épine-vinette, jus de carotte et angélique; vin de noix, soupe paysanne, pain d'épeautre cuit à la vapeur ou au bouillon.
Déjeûners: tourte de courge, soupe de lentilles corail à l'angélique fraîche et au verjus, brousse, tarte aux figues; bouillon de tomates et fromage caillé à la menthe, galettes rôties de pois chiches et légumes, pesto de consoude et feuilletés d'artichauts; risotto d'orge à la tomate et au basilic, aubergines grillées sauce aigre-douce, salade verte.
Dîners: risotto d'orge et tiges d'angélique, soupe aigre-douce aux pruneaux, pesto de roquette; gratins d'épinards, crackers d'orge, chutney de figues ; bouillon de tomates et petit-lait à la menthe, aubergines « imam bayildi », polenta.

jeudi 6 juillet 2017

Apaiser les souffles

La canicule fait une nouvelle petite pointe, tandis que les astres nous promettent quelques jours orageux et lourds autour de la pleine lune. C'est le temps des humeurs noires, coincées dans nos recoins, comme nos ruminations.
Si on se sent englué, rechercher le piquant qui réveille et rafraîchit, le piquant qui fait sortir et dissout ce qui est caché, ou l'alliance sucré-salé-acide: en Inde, c'est la boisson salée au citron et au cha'at masala qu'on sert avant la mousson, en Iran une boisson traditionnelle salée à l'épine-vinette apparue ces jours sur les étals des épiceries iraniennes de Paris, chez nous le verjus soit le jus de raisins ou d'autres fruits verts, salé... On peut aussi apprécier cette alliance dans des plats, où le verjus, le concentré de grenade, la rhubarbe, l'oxalis, l'oseille... amèneront une fraîcheur que ne connaissent ni la tomate, ni le rosé, un contrepoint délicat pour les céréales, les légumineuses et même les viandes.
L'alliance de ces trois saveurs stimule l'appétit, laisse une sensation de pureté et apaise les souffles qui s'élèvent avec la chaleur et avant la pluie. Quand les nuages relâchent leur charge, et que les humeurs saturent alors notre corps, comme les soucis sur la rivière accompagnés de l'offrande de nourriture et de lumière, les excès de nos vies inscrits dans notre corps disparaissent au loin.
On peut aussi se lancer dans le ménage de la maison, un bon moyen de faire le ménage intérieurement; ou contempler l'eau qui coule librement, nous imprégner de sa liberté et sa pureté originelle, nous souvenir de l'eau, avant les robinets, la pollution des rivières et les bouteilles en plastique, l'eau des cascades et des torrents, et nous confier à sa beauté; ou se coucher sur la terre, voire dans la terre, et la laisser nous remodeler, nous ramener à notre forme formante, à notre moule d'origine, pour nous souvenir de notre identité.
La lenteur n'est plus un refuge quand les nuages sont dans les douleurs de l'enfantement. Il nous faut un rythme plus enlevé, un pas plus tonique, un martèlement qui s'accélère... jusqu'à ce que crèvent les nuages, tombe la pluie, se libèrent les humeurs... et que la joie pure renaisse.

mardi 27 juin 2017

Un peu d'humanité et de douceur...

Un sureau emmêlé de clématite et de bryoneLa pluie tombe enfin... Les hommes comme les plantes s'étaient raidis et desséchés, parfois jusqu'à la mort ou la folie. Certains s'en sont allés (trop) tôt, avec les graminées vite sèches et les fleurs sans fruit...
La pluie nous fait pencher la tête, amollis de cette vigueur pas encore digérée, de cette tendresse qui nous submerge mais ne nous appartient plus ou pas encore. Bienfaisante pluie.
Moi aussi, comme les fleurs du balcon, j'ai la tête penchée, trop lourde à porter. Pourtant je sens en moi un frisson délicieux, une douceur oubliée, un nuage qui gonfle et déborde, tandis que le temps se ralentit à l'andante et que, avec les odeurs revenues, je savoure l'épaisseur de chaque détail et de chaque seconde.
Précieuse vie qui s'est échappée sous le soleil et la chaleur.. montée vers le ciel. Comme les projets, les opinions, les disputes et les divisions s'inclinent sous la pluie. Rien ne l'arrête, elle tombe également sur tous, distribue partout sa vigueur, ressuscite notre passé, fait éclore notre amour, et notre compassion en coulant les émotions de l'un à l'autre. Pluie fertile...
Sous la pluie, je suis toi, présent ou absent, passé ou à venir, heureux ou accablé. Sous la pluie, tu m'es aussi cher que la vie qui anime provisoirement ce moi, tes pensées m'éclairent, ta douleur est la mienne, l'arche omniprésente du temps nous unit à jamais.

lundi 19 juin 2017

Canicule toujours...

''Nous partons, en vérité, ö mon âme, vers la pensée originelle,
 Non point seulement vers des terres et des mers, vers ta propre claire fraîcheur,
Vers la jeune maturité de la couvée et de la fleur,
Vers les royaumes où bourgeonnent les bibles.

O mon âme, sans réserve, moi avec toi et toi avec moi,
Commence la circumnavigation du monde,
La circumnavigation de l'homme, le voyage de retour de son esprit,
En route pour le premier paradis de la raison,
Retournons, retournons, au berceau de la sagesse, aux intuitions innocentes,
Revenons à la belle création.

Oh! nous ne pouvons attendre davantage,
Nous aussi nous nous embarquons, ô mon âme,
Joyeux nous aussi nous nous élançons sur les mers sans routes,
Intrépides , pour voguer vers des rivages inconnus sur des vagues d'extase,
Parmi les vents qui nous portent (tu te presses contre moi et je me presse contre toi, ö mon âme),
Chantant à pleine voix, chantant notre cantique à Dieu,
Entonnant le chant de notre exploration heureuse. '' Walt Whitman Passage to India

Les souffles s'élèvent avec la chaleur et la sécheresse prolongée... Ils peuvent nous emporter comme notre poète vers la fraîcheur de notre coeur et de notre inspiration enfin libérée. Si notre activité nous empêche de suivre l'appel de la lumière, on peut avoir besoin de se huiler la tête un peu chaque jour pour redescendre, ce qui donne force et vigueur à la chevelure, et apaise le tiraillement entre l'ici et l'ailleurs. On peut aussi huiler abondamment sa tête un dimanche, et garder l'huile toute la journée sur la tête.
Si le ventre est tout gonflé de ces souffles retenus, de cette immensité contenue, on peut consommer des graines d'ombellifères avec un peu de sucre ou de poudre de réglisse, après le repas: fenouil et anis font merveille par exemple.

vendredi 26 mai 2017

Jours de canicule...

Une petite humaine dans l'eau et la lumièreAprès avoir déroulé quelques grognons rêtifs, encore tout ensommeillés des jours frais, la chaleur monte vite et épanouit tout à présent, de notre corps qui s'épanche, aux fleurs qui s'ouvrent, aux feuilles qui s'étirent, à l'espace qui s'ouvre...
Ce n'est plus le temps de la réflexion, de la concentration, du travail qui fait taper les doigts à toute vitesse devant l'écran. Vient ce moment merveilleux où l'esprit lâche son emprise, où l'inspiration peut nous emplir en même temps que le soleil caresse notre peau, où l'extérieur peut emplir notre intérieur, nous bouleverser, nous renouveler, nous épanouir. C'est le temps des paroles dans les cafés, du bruissement des rires le soir dans les rues, de l'ondoiement des robes des jeunes filles, des insectes dans l'air, des pollens qui se balancent, Lever du soleilde la brise qui nous fait fondre d'un bonheur sans raison. de la lenteur et de la rapidité. Dans les trois règnes, humain, animal et végétal, tout aspire à communiquer, à échanger, à se fondre...
C'est l'Ascension, ce sera la Pentecôte bientôt, quelque chose nous est révélé dans le feu qui disperse notre feu, un dieu nous murmure des histoires colorées, douces et gaies...fragiles comme des pétales, immenses comme le ciel.
On peut avoir besoin de s'accrocher pour ne pas s'évanouir ou se dissoudre en arc-en-ciel. Contempler l'eau qui coule et le Paradis qui semble s'y refléter. Chanter en faisant résonner tout son corps, danser sur les rythmes effrénés de la chaleur puis langoureux de la nuit, frapper le sol des pieds, faire couler de l'eau sur nos chevilles. se plonger dans le ciel pur si rare à Paris.
Parterre de nigelle Manger une crème glacée accompagnée de gelée d'herbes pour faire un ventre plat et redescendre quelques bouffées, ou boire un mélange de yaourt et d'eau gazeuse pour un lassi picotant au cumin et au citron, boire un thé bien astringent pour résister à la chaleur, avec quelques pâtisseries onctueuses. Tamponner ses tempes avec de l'eau de rose, comme une princesse des Mille et Une Nuits. Poser des mains amies sur les bras de nos compagnons de rire. Se baigner dans l'eau fraîche puis se mettre au soleil, avant de recommencer encore. Contempler la danse des humains, des animaux et des végétaux. Cueillir des fruits charnus, les bras bien levés... et manger l'été précoce. Laisser les paroles enfouies qui remontent comme des bulles trouver leur voie d'expression et s'envoler légèrement vers la clarté, avec leur fardeau ou leurs cadeaux. Se laisser traverser...

mercredi 24 mai 2017

décompte tome 4, recettes et menus du moment

JasminAujourd'hui, et grâce à Françoise, Pernette, Jean-Michel et Philippe, nous arrivons à la somme de 3487 euros! Il ne manque plus qu'un peu plus de 2000 euros pour que le tome 4 soit publié.
Et il reste des exemplaires du tome 1...
L'AG de l'association a dû être reportée en raison d'un trop-plein d'évènements mais sera reprogrammée très bientôt.

Mai, le mois des fleurs blanches, des graminées juteuses murissant leurs grains, des parfums qui rendent amoureux, de l'exultation et de la chair.
Dans ce temps riche en saveurs, en montagnes russes et en rebondissements cette année, dans ce printemps sec et iconoclaste qui continue de voir disparaître piliers et certitudes, voici quelques plats réconfortants que j'affectionne:

Fleurs de serynga Semoule d'orge aux légumes de printemps
Quand l'appétit ronge l'estomac, que nous sommes captivés par les volutes des plantes grimpantes, que la chaleur nous rend trop légers ou trop lourds...
Ciseler trois oignons nouveaux, et deux cuillerées à soupe de chaque: aneth, coriandre, menthe. Faire revenir le tout dans une petite casserole avec 1 à 2 cuillerées de beurre clarifié. Réserver.
Passer une tasse d'orge perlée au moulin, mouture grossière, ou prendre une tasse de semoule d'orge du commerce. Couper 1/2 botte d'asperges vertes en tronçons, écosser deux poignées de petits pois, équeuter deux poignées de pois gourmands.
Faire revenir l'orge dans un peu de beurre clarifié quelques minutes à feu doux puis ajouter 4 tasses d'eau, du sel au goût, les légumes, et un peu de mélange "subtil" (cardamome, coriandre, setchuan). Cuire en remuant de temps en temps pour éviter que l'orge ne colle.
DSCN8059__600x800_.jpg Juste avant la fin de la cuisson, ajouter les herbes et l'oignon revenus. Servir éventuellement avec du fromage frais, de la burrata, de la crème...

Nouvelle recette d'orgeat
Pour les jours de chaleur brûlante, pour nourrir la tendresse et la fécondité en regardant les prairies où les graminées se balancent, et passent doucement du vert tendre et juteux à l'or du temps des moissons...
Faire tremper 1/2 tasse d'orge mondé pendant 24h dans de l'eau. Egoutter. Placer dans un bol et attendre la germination en rinçant les grains avec de l'eau.
Chèvrefeuille Quand les germes commencent à sortir, faire bouillir 3l d'eau. Mixer l'orge avec une petite quantité de cette eau bouillante. Verser le tout dans le reste d'eau. Au bout de 2h, filtrer.
Ajouter 200g d'amandes fraîches décortiquées et pilées, ou 2 c. à soupe de purée d'amandes. Redonner un bouillon. Laisser refroidir et filtrer à travers un torchon propre. Sucrer au goût (on peut aussi ajouter un peu de réglisse dans l'eau bouillante) et ajouter 1/2 c. à café d'extrait d'amandes amères ou de teinture de benjoin. On peut aussi aromatiser à la fleur d'oranger en plus. Servir à température. Garder au frais, pas plus de 24h, sauf avec la teinture de benjoin. Un dépôt se forme, ce qui est normal: il suffit d'agiter gentiment la bouteille pour que la coloration laiteuse redevienne uniforme.

Fleurs de marrronier Fraisier ou framboisier léger
Un concentré de mai...
Ingrédients: une mesure de crème liquide, une mesure de fromage blanc de bonne qualité, de belles fraises odorantes, farine, lait, crème, beurre clarifié, poudre d'amandes, levure boulangère, eau de rose, liqueur de fleurs de mai ou à défaut amaretto et eau de rose, zestes de citron, sucre, gingembre, cannelle, clou de girofle.
La veille, fouetter la crème en Chantilly, en ajoutant un peu de sucre pendant qu'elle prend. La mélanger avec le fromage blanc. Aromatiser avec la liqueur de mai ou l'amaretto et l'eau de rose. Laisser prendre au frais dans une mousseline.
Préparer la génoise en mélangeant le beurre clarifié, la crème et un peu de lait avec de la farine, du sucre et de la levure boulangère. La pâte doit avoir une consistance de crème épaisse. Laisser la pâte doubler de volume dans un endroit tiède. Ajouter la poudre d'amandes et laisser doubler à nouveau. Faire cuire dans un moule de la forme désirée pour le fraisier sur une épaisseur suffisante pour envisager de la couper en deux.
Préparer un sirop léger avec les zestes de citron, un peu de gingembre frais, de cannelle et de clou de girofle.
Sureau Couper la génoise par le milieu avec un grand couteau. Garnir la première moitié de fraises équeutées debout et étaler le Fontainebleau (le mélange fromage frais et Chantilly) à la spatule entre les fraises. Couvrir de l'autre moitié de génoise. Au pinceau, humecter la moitié supérieure de génoise avec le sirop. Verser du sirop dans le plat afin d'humecter l'autre moitié.
Laisser prendre au frigo ou/et déguster...

lundi 24 avril 2017

Statuts de l'association avant AG

Chers tous,
Les nouveaux statuts sont enfin prêts et il ne manque qu'une assemblée générale pour les valider. Vous êtes tous invités à y participer si vous partagez sans réserve l'objet de l'association, ou souhaitez participer aux futurs stages. L'assemblée aura lieu dans la deuxième quinzaine de mai, à une date à déterminer avec les volontaires, dont certains deviendront membres du conseil à l'issue d'un vote. Ecrivez-moi si vous souhaitez participer.

Quand les statuts seront validés par l'AG et publiés, le compte bancaire sera créé et les participations au tome 4 récoltées en chèque seront encaissées. En effet, comme précédemment annoncé, les prochains tomes de "Savourer le chant des saisons" seront édités au profit de l'association.
La cotisation pour être membre sera volontairement faible, afin que ce ne soit pas un obstacle.

Préambule : Le nom « Le Paradis, c'est ici » reste associé au blog démarré en 2009 et à la section Ayurveda .

Article 1 Titre
Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une association à but non lucratif régie par la loi du 1er juillet 1901, et le décret du 16 août 1901, ayant pour titre « Le Paradis, c'est ici ».

Article 2 Objet
Cette association a pour objet la préservation de la vie sauvage sous toutes ses formes et la diffusion des savoirs traditionnels, manuels en particulier, comme fondements de la recherche d'un Ayurveda « à la française », et d'une réflexion sur l'environnement et le bonheur.

Article 3 Moyens d'action
Afin de faciliter la réalisation de cet objet, l'association pourra être amenée à organiser des stages, des conférences, la venue de spécialistes... et toute autre activité qu'elle jugera utile dans le respect des lois en vigueur. Elle anime un blog dans la perspective d'un Ayurveda « à la française »: blog.leparadis7ici.org.

L'association prenant de l'ampleur, elle se divisera en cellules indépendantes, chacune spécialisée dans leur objet : Ayurveda à la française, apiculture ancienne, vannerie sauvage, charpente, arts du textile, protection des oiseaux, protection de la forêt... et éventuellement munies de leur blog. En cas de conflit, chaque cellule pourra quitter l'association avec ce qu'elle y aura éventuellement amené.

Article 4 Siège social
Le siège social est transféré au 21 rue du cardinal Lemoine 75005 Paris. Il pourra être modifié sur simple décision du conseil.

Article 5 Durée
L'association est constituée pour une durée illimitée.

Article 6 Membres
Sont membres actifs les personnes qui participent au fonctionnement de l'association ou à la réalisation de son objet.
Sont membres adhérents les personnes qui bénéficient des activités de l'association.
Sont amis de l'association les personnes qui ne souhaitent pas être membres mais souhaitent apporter leur soutien aux activités de l'association.
Sont membres d'honneur les experts qui interviennent au sein de l'association. Les membres d'honneur sont dispensés de cotisation.

Article 7 : acquisition et perte de la qualité de membre
- acquisition de la qualité de membre
L'admission des membres est soumise à l'appréciation du conseil. Un refus n'a pas à être motivé.
- perte de la qualité de membre
La qualité de membre de l'association se perd par
la démission notifiée par lettre recommandée au/à la président(e) de l'association ; cette démission ne prend effet qu'après paiement des cotisations échues et de l'année en cours ;
l'exclusion prononcée par le conseil pour tout motif grave, l'intéressé ayant été préalablement invité à présenter sa défense ;
le décès, pour les personnes physiques, ou la dissolution pour quelque cause que ce soit, pour les personnes morales.

Article 8: cotisations et ressources
1° Cotisations
Les membres de l'association contribuent à la vie matérielle de celle-ci à travers le versement d'une cotisation annuelle, dont le montant est fixé tous les deux ans par le conseil.
2° Ressources
Les ressources de l'association sont constituées :
des cotisations annuelles
des subventions publiques et aides privées que l'association peut recevoir
de toute autre ressource non interdite par les lois et les textes en vigueur.
3° Mutualisation de moyens
L'association peut être amenée à mutualiser différents moyens pour faciliter l'intervention des membres d'honneur (matériel, assurance...).

Article 9: le conseil
1° Le conseil de l'association comprend trois membres actifs et 1 membre adhérent.
2° La durée des fonctions des membres du conseil est fixée à deux années, chaque année s'entendant de la période comprise entre deux assemblées générales annuelles. Les membres du conseil sortant sont immédiatement rééligibles.
3° En cas de vacance d'un ou plusieurs postes de membre du conseil, le conseil pourra pourvoir à leur remplacement en procédant à une ou plusieurs nominations provisoires.
4° Le mandat de membre du conseil prend fin par la démission, la perte de la qualité de membre de l'association, la perte des droits civiques, ou la révocation prononcée par l'assemblée générale, ladite révocation pouvant intervenir sur incident de séance. En cas d'absences répétées sans motif valable, les membres du conseil sont réputés démissionnaires d'office.
5° Les fonctions de membres du conseil sont bénévoles.

Article 10: réunions et délibérations du conseil
1° Le conseil se réunit autant de fois que nécessaire:
sur convocation de son/sa président(e) chaque fois que celui/celle-ci le juge utile et au moins une fois par an.
si la réunion est demandée par au moins la moitié de ses membres.
2° Les décisions du conseil sont prises à la majorité simple des membres présents ou représentés. En cas de partage des voix, celle du/de la président(e) est prépondérante.

Article 11: pouvoirs du conseil
Le conseil est investi des pouvoirs les plus étendus pour administrer l'association, dans les limites de son objet et des pouvoirs attribués par l'assemblée générale. Il autorise le président à agir en justice. Il prend notamment toutes les décisions relatives à la gestion du patrimoine de l'association, et particulièrement celles relatives à l'emploi des fonds, à la location ou l'acquisition des locaux nécessaires à la réalisation de l'objet de l'association, et à la gestion du personnel.
Le conseil définit les principales orientations de l'association. Il arrête le budget et les comptes annuels de l'association.
1° Le conseil assure la gestion de l'association. Il se réunit aussi souvent que l'intérêt de l'association l'exige, sur convocation de son/sa président(e).
2° Le/la président(e) représente seul l'association dans tous les actes de la vie civile et est investi de tous les pouvoirs à cet effet. Il/elle fait établir sous sa responsabilité les comptes de l'association.
3° Le/la trésorier/ère est chargé(e) de l'appel des cotisations. Il/elle procède au paiement et à la réception de toute somme. Il/elle établit un rapport sur la situation financière de l'association et le présente à l'assemblée générale.
4° Le/la secrétaire est chargé(e) des convocations, établit ou fait établir les procès verbaux des réunions du conseil et de l'assemblée générale.
5° Les fonctions de membre du bureau ne sont pas rémunérées.

Article 12: réunions et délibérations de l'assemblée générale
1° L'assemblée générale comprend tous les membres de l'association à jour de leurs cotisations à la date de la réunion. Chaque membre peut se faire représenter par un autre membre de l'association muni d'un pouvoir, toute autre représentation étant invalide. Chaque membre présent ne peut détenir plus de trois pouvoirs au cours d'une même assemblée.
2° L'assemblée se réunit au moins une fois par an, dans les 6 mois de la clotûre de l'exercice social et à chaque fois qu'elle est convoquée par le conseil ou sur la demande d'au moins un quart des membres de l'association.
Son ordre du jour est arrêté par le conseil ou par les membres qui ont demandé la réunion. La convocation est adressée à chaque membre de l'association, par mail ou sms, au moins 15 jours avant la date de la réunion. Elle mentionne l'ordre du jour.
3° Elle se réunit au siège de l'association ou en tout autre lieu mentionné sur la convocation.
4° L'assemblée générale est présidée par le/la président(e) du conseil, le/la vice président(e), à défaut par la personne désignée par l'assemblée.
5° Il est tenu une feuille de présence qui est signée par les membres de l'assemblée lors de l'entrée en séance et certifiée par le président.
6° Réserve faite de ce qui est dit aux articles 15 et 16, l'assemblée délibère valablement quel que soit le nombre des membres présents ou représentés.
7° L'assemblée ne peut délibérer que sur les questions inscrites à l'ordre du jour. 8° Sauf celles visées aux articles 15 et 16, les délibérations de l'assemblée sont adoptées à la majorité des membres présents ou représentés.
9° Les délibérations de l'assemblée sont constatées sur des procès-verbaux inscrits sur le registre des délibérations et signés par le/la président(e) et le/la secrétaire, ou sous autre forme moderne et légale.

Article 13: pouvoirs de l'assemblée
Outre ce qui est dit aux articles 15 et 16, l'assemblée est seule compétente pour :
approuver le rapport du conseil exposant la situation de l'association et son activité au cours de l'année écoulée ainsi que les perspectives ;
approuver les comptes de l'exercice écoulé ;
approuver le rapport sur la situation financière de l'association ;
donner quitus aux membres du conseil de leur gestion ;
procéder à l'élection des membres du conseil et ratifier les nominations à titre provisoire ;
révoquer les membres du conseil, même si cette question n'est pas à l'ordre du jour ;
autoriser tous actes ou opérations excédant les pouvoirs du conseil.

Article 14: exercice social
L'exercice social commence le 1er janvier et se termine le 1er décembre de chaque année. Exceptionnellement, le premier exercice commence le lendemain de la publication au journal officiel et se termine le 31 décembre 2017.

Article 15: modification des statuts
Les statuts ne peuvent être modifiés que par l'assemblée générale, sur proposition des membres du conseil ou du quart des membres de l'association.
L'assemblée ne délibère valablement sur première convocation que si la moitié au moins des membres sont représentés. Si ce quorum n'est pas atteint, l'assemblée est convoquée avec le même ordre du jour au moins 15 jours après la première réunion. Lors de cette seconde réunion, elle délibère valablement quel que soit le nombre des membres présents ou représentés. Les modifications des statuts sont adoptées à la majorité des deux tiers des membres présents ou représentés.

Article 16: dissolution
1° L'assemblée générale est seule compétente pour prononcer la dissolution de l'association et statuer sur la dévolution des biens ainsi que la fusion avec une ou plusieurs associations. Elle délibère et adopte ces résolutions dans les conditions précisées à l'article 12 des présents statuts.
2° En cas de dissolution de l'association pour quelque cause que ce soit, l'assemblée désigne un liquidateur si besoin.

Article 17: règlement intérieur
Le conseil peut établir un ou plusieurs règlements intérieurs ayant pour objet de préciser ou de compléter les statuts de l'association. Il est seul compétent pour les modifier ou les abroger.

samedi 1 avril 2017

Autres merveilleuses moissons du moment

Pousses d'ortiesSalade de pimprenelle, pousses de menthe, d'achillée, de patience, de pariétaire; feuilles de violette; fleurs de romarin, boutons d'arbres de Judée...
Merveilleuses parce qu'à partir de maintenant, la nature est le cuisinier qui assemble et parfume les plats. A peine besoin d'inventer: il suffit de cueillir ce qui se présente, de préférence dans le jardin ou le terrain le plus proche, là où sont rassemblées exactement les plantes qu'il nous faut, pour créer les plats les plus raffinés et les plus riches en saveur, à commencer par les salades, en laissant notre main se porter toute seule vers telle ou telle verdure, moissonner plus lourdement telle ou telle plante, à consommer de préférence crue parce que notre feu digestif encore réglé sur le froid a besoin de ralentir en douceur en s'attaquant à du cru, dont la vigueur porte le printemps au plus profond de nos tissus.
Pousses de consoude au premier plan, et iris dans un petit ruisseau en Picardie Cerfeuil musquéGlycine
Les orties du printemps, encore petites et presque inoffensives, toutes poilues, sont délicieuses en soupe bien sûr, par exemple avec des pois cassés, mais aussi en poêlée, cuites dans un peu de beurre et d'eau, éventuellement associées à des racines, de bardane par exemple, ou de consoude, signalées par les pousses qui jaillissent de terre. Comme cela a été dit, la consoude est une plante magique, grande restauratrice des tissus abîmés ou blessés, une véritable maman des cellules, et doit être abordée avec respect, sous peine de dégager des alcaloïdes très repérables au goût, et toxiques! L'ortie peut aussi être consommée en pesto cru, avec un peu de citron, de purée de noisettes et de sel, ou écrasée seule et appliquée sur les têtes qui manquent de poils, à qui elles communiqueront sans doute leur pilosité abondante. Si on se pique en les cueillant, il suffit de frotter sur les piqûres une feuille de plantain, et la douleur s'estompe, ce qui vaut également pour les piqûres d'insectes, du moustique à la guêpe après extraction du dard.
Ail des oursLierre terrestreRomarin en fleur
Très nourrissante, l'ortie permet de répondre légèrement à la question éternellement posée aux végétariens: "Mais... tu ne manques pas de protéines?" (toi qui tiens apparemment debout et manges végétarien depuis 25 ans), l'ortie étant l'un des végétaux, avec la consoude, les plus riches en protéines. Son pouvoir est décuplé par la fermentation, et l'application de bière d'ortie -ou purin-, outre son pouvoir régénérant sur certains sols, peut venir à bout de certains rhumatismes tenaces, en provoquant un eczéma temporaire et dérivatif: à utiliser avec un praticien expérimenté ou à ses propres risques...
Le lierre terrestre est la première lamiée à produire son arôme fort et rafraîchissant. On l'utilise comme la menthe, à toute petit dose, ou associé à un produit lacté. Il supporte mal la cuisson...
Il est toujours important d'identifier une plante avec précision avant de la cueillir et, à plus forte raison, de la manger. Cela vaut avec le cerfeuil sauvage, très courant au printemps au bord des routes, que l'on reconnaît à son odeur fortement anisée. Son parfum délicat et légèrement sucré, et la dentelle de ses feuilles, soutiennent la richesse des salades de printemps en apportant un contrepoint de douceur. Il se révèle tout particulièrement en sorbet, réduit en purée avec un peu de citron et de sucre, et passé à la sorbetière. Ses fleurs à l'arôme suave illumineront une salade, le même sorbet, une tartine...
Cardamine des présHerbe-à-Robert
Dans les forêts, l'ail des ours éphémère colonise parfois le sous-bois, et l'atmosphère, son odeur aillée, propre à "réveiller les ours" de leur hibernation, s'échappant par bouffées sous le soleil. On consomme son bulbe et ses feuilles, avant la floraison. Proche des colchiques, des arums et du muguet, toxiques, il s'en distingue facilement à l'odeur.
La cardamine aussi est piquante, qu'elle soit "des prés", avec ses fleurs roses pâles, ou "cressonnette" en petites touffes échevelés au ras du sol, sur les tiges desquelles poussent des petites feuilles ressemblant au cresson.
Les dentelles de l'herbe-à-Robert, voisines de celles du cerfeuil, se déploient sur des tiges rouge violacé dans les sous-bois, avant qu'une petite fleur rose ne se dresse à l'embranchement des tiges quand la plante a pris de l'ampleur. On récolte les sommités fleuries. Elles font partie des traditionnelles 7 herbes de Carême dans certaines régions, et donnent une touche d'étrangeté aux salades auxquelles elles sont incorporées. Je les utilise aussi presque systématiquement avec d'autres fleurs et herbes sauvages dans mes rouleaux de printemps dont elles renforcent l'astringence.
Le romarin fleurit quand le foie est sollicité par les changements de saison et, à une époque où les plantes étaient nos compagnes quotidiennes, on utilisait surtout ses sommités, comme celles d'autres plantes aromatiques et balsamiques, dans les salades.
Quant à la glycine, son parfum ne se reconnaît absolument pas dans ses jolies fleurs, seule partie non toxique de la plante, dont le goût se rapproche plutôt de l'huître, mais elles sont une joie pour les yeux.
Angelica archangelica: l'angélique cultivée fleurit en avrilCymbalairePousses de fenouil
Sur les vieux murs, ceux que l'obsession de la "propreté" a épargnés, on trouve les touffes tombantes de la cymbalaire, aux toutes petites feuilles et fleurs. Au printemps, elle apaise le regard de ses reflets bleutés et discrets, et le ventre de sa pulpe onctueuse. On y trouve aussi parfois une autre "casseuse de pierres", la pariétaire. En Provence, on en roulait les touffes pour récurer les casseroles. Elle récure aussi les organes...
Si on a cultivé de l'angélique, ses tiges ont pris de l'ampleur à cette période, peut-être même leur fleur principale s'est-elle élevée au-dessus du large buisson de feuilles. Impressionné par sa beauté et sa majesté, on peut néanmoins en cueillir les tiges qui, émincées finement, parfument divinement toute préparation, de la salade au dessert. Avec les feuilles, très amères, très rapidement fânées (le signe des plantes particulièrement sattviques, comme la consoude), je réalise souvent du ghee à la teinte verdâtre et au parfum idéal pour magnifier un plat de légumes. Très stimulante et chauffante, elle est cependant à éviter à partir des grosses chaleurs.
Lamier maculéFeuilles de plantain lancéoléPousses d'achillée
Ce n'est pas le lamier maculé, aux fleurs rose pourpre tachetées, que l'on consomme habituellement, mais plutôt le lamier pourpre, pour ceux qui l'apprécient. Lui aussi, il fit partie des salades de Carême, mais son parfum étrange, comme celui de l'herbe-à-Robert, ne plaît pas à tous. Moi, j'aime son goût d'ailleurs, de temps anciens, rêvés ou réels, où le goût plaisant n'était pas si tristement évident.
Avec les feuilles de violette, le plantain est une base des salades de printemps, même si sa saveur est humble. Tout comme les pousses d'achillée, dont le froufroutement dans la bouche est la principale qualité culinaire. Elle réveille la texture d'une salade, même et surtout d'une laitue, mais aussi de l'explosion de saveurs et de textures d'une salade sauvage. Elle porte son léger froufrou jusque dans les intestins alourdis du printemps.

Fleurs de pêcher en Touraine
Quand j'habitais en Provence, j'avais la chance de pouvoir éclaircir les grappes de fleurs de pêcher chez un voisin. Ces fleurs à l'odeur d'amande amère, je les saupoudrais de sucre pour une nuit puis les plongeais dans l'eau bouillante, ou les faisait chauffer avec du sucre dans de l'eau fraîche, afin qu'elles lui communiquent leur parfum, dans un sirop qui soulignerait la douceur d'un Fontainebleau ou d'un riz au lait. Ou bien, je les ajoutais avec parcimonie aux salades. Parcimonie parce que la fleur, comme celle du prunellier et du cerisier, contient un acide qui rafraîchit, fluidifie et désengorge à faible dose, mais peut à forte dose provoquer des hémorragies.

vendredi 31 mars 2017

Pissenlit: l'ébouriffé

Prairie de pissenlits Droit sur sa rosette, il montre sa tête ensoleillée sur les prairies printanières, riches ou vraiment engorgées, avec la candeur d'un ado ébouriffé après une soirée arrosée. Le nom de son genre, Taraxacum, semble un éternuement ou une imprécation pour conjurer les obstacles! Souvent complice de la pâquerette, il a lui aussi des vertus amollissantes et permet d'évacuer ce qu'elle a dirigé vers les émonctoires. Remède aux raideurs, et aux désordres comme aux habitants indésirables de nos tuyaux, il nettoie de la colère qui monte avec la chaleur, et tonifie l'appétit. On consomme ses feuilles à l'amertume bienvenue, ou sa rosette au cul blanc, en salade, tant que la fleur n'est pas venue; quand la fleur est venue, ses feuilles toujours, mais blanchies et cuites au beurre; mais aussi ses boutons, marinés comme des câpres dans le vinaigre et le sel; ses fleurs en confiture ou en sirop, ou en vin; et ses racines, récoltées entre l'automne et le printemps, torréfiées pour un succédané de café, crues, ou en décoction. Sa racine s'enfonce d'ailleurs profondément dans le sol, ce qui lui donne sa résistance et la capacité de fleurir sitôt le dégel, voire de refleurir à la fin de l'été. Son nom annonce clairement ses propriétés: "pisse en lit", aussi est-il un auxiliaire de choix pour les hommes -et parfois les femmes- ventripotents et colériques, souvent généreux, dont il dégonfle la colère et résout les blocages en réanimant le "souffle du bas". "Manger les pissenlits par la racine" indique effectivement une certaine urgence de traitement... Puis, quand il a généreusement ensoleillé les jours incertains du début du printemps, il se transforme en neige blanche, avec les chatons de saule, les pétales de prunellier, de cerisier, de pommier... et va porter la bonne nouvelle là où le vent emportera ses fragiles nacelles.Avant de souffler sur ce vieux jeune homme
Vin de pissenlit
Récolter deux grosses poignées de fleurs pour une bouteille de vin blanc. Débarrasser les pétales du calice et mettre cette moisson intégralement jaune dans le vin pendant 8 jours. Ajouter éventuellement une cuillerée à soupe de miel.
La cramaillotte, ou miel de pissenlit
Récolter environ 100 fleurs pour un pot de cramaillotte. Les laver et séparer les pétales du calice. Soit, sécher préalablement les fleurs au soleil s'il y en a, soit garder quelques pétales décoratifs, et placer immédiatement le reste dans une tasse d'eau bouillante et laisser frémir quelques minutes puis macérer quelques heures. Filtrer avec précaution. Pour faire une gelée au sucre, ajouter le même poids en sucre et cuire jusqu'à la bonne consistance. Au moment de mettre en bocaux, ajouter les pétales réservés.
Sinon, sucrer au goût et gélifier en ajoutant 1/4 de c. à café d'agar-agar au liquide froid, puis amener à ébullition à nouveau quelques instants, et laisser refroidir en pots après avoir ajouté les pétales.

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